‹ Histoire de la Gaule (volume 2)Chapitre 242 sur 415 · Pline, "X.KXIV · texte numérisé non relu

Pline, "X.KXIV

d'extraction dont se tirait plus aisément un ingénieur romain'. Les argentières iront donc se multipliant dans les Gaules, et il est même possible que chaque cité ait fini par avoir la sienne - On citait, parmi les plus importantes, celles des Cévennes et en particulier du Uouergue. Ces dernières appartenaient à l'empereur, qui s'était réservé la propriété des principales exploitations minières du monde romain : le bureau central était près de Villefranche, sous la direction d'un régisseur, affranchi du prince \ Malgré cela, ne croyons pas que l'argent de Gaule ait jamais été pour TEmpire et pour le pays même l'origine de grandes fortunes. Une sorte de discrédit y frappa toujours ce genre d'exploitation, et je ne sais s'il n'a point persisté jusqu'à nos jours. Les argentières de la Gaule souffraient de voisinages trop célèbres : qui pouvait s'occuper d'elles, à côté des prestigieuses richesses de l'Espagne, de ces mines de Tartessus ou de Carthagène pour lesquelles Rome avait lutté vingt ans contre les Barcas '" ? Sans doute les mines d'argent donnaient un double bénéfice, puisque le métal y est d'ordinaire fortement amalgamé avec le plomb, et que l'industrie gallo-romaine réclamait de ce dernier métal pour de nombreux usages. Mais la malchance voulut que Claude conquit la Bretagne, où les empereurs rencontrèrent aussitôt les plus riches mines de plomb de l'Occident : et on exploita ces dernières d'une façon si intense, et sans doute à si

1. Constructioa dans le Nassau de galeries souterraines, rivi qiiœrendis i^cnis argenli {Ta.c., Ani., Xl,20; cf. p. 204, n. 4). Les difficultés n'en demeuraient pas moins très grandes, et Pline y fait allusion à propos du plomb, laboriosius erato totas per Gallias (XXXIV, ICi).

2. Totas per Gallias, dit Pline à propos du plomb (n. 1); cf. J. I, p. 76-7, t. 11, p. 303. — Je suis étonné du peu d'importance, duns les documents, des mines de plomb argentifère de Melle, si fameuses sous les Mérovingiens : il n'y a pas d" doute d'ailleurs qu'elles n'aient été exploitées sous les Romains; Annales des Mines, II- s., VII, 1830, p. 176 et s.

3. C. /. L., XIII, 1550, à La Castide-l'Évôque : la région mériterait d'être étudiée de près à cet égard. — Autres mines citées n. 1-2, p. 208, n. 3, p. 204, n. 4. t. I, p. 77, t. II, p. 303.

4. Cf. t. I, p. 79 et 198; m Hispania pulchcrrimum, dit Pline (XXXIII, 96), qui n'a pas un mot à ce sujet sur la Gaule.

bon compte, que la concurrence fut impossible aux plombs argentifères de la Gaule ^ Argentières et plombières de nos pays ne pouvaient avoir qu'un mince débit, à l'usage d'une petite clientèle municipale". Les grands entrepreneurs et les régisseurs des bâtiments pujjlics avaient tout profit à s'adresser aux mines impériales de l'île voisine '.

C'est cette île, également, qui fournit à la Gaule presque tout son étain. Si l'on en retire encore du Morbihan ou du Limousin, c'estfortpeu*, de quoi satisfaire à peine les étameurs de carrefours". A côté de l'Espagne et de l'Angleterre, exploitées maintenant à fond par les ingénieurs romains, la Gaule n'est plus qu'une terre minière de second ordre".

Ce qui la préservait d'un moindre rang, c'étaient ses mines de fer. En cette matière, il y a progrès depuis la conquête. Aux antiques mines du Berr}^^ du Périgord, du Condomois", il s'en est ajouté bien d'autres. Des inscriptions nous font maintenant connaître aussi' celles du Bigorre '° et des Corbières " dans les

1. La surproduction fut telle en Angleterre, qu'on dut la limiter par une loi; Pline, XXXIV, 164. Cl', p. 324 et 300-7.

2. Voyez le mot de Pline pour le plomb de Gaule, p. 207, n. 2. J'insiste sur le caractère municipal de toutes ces exploitations : car je crois de plus en plus à une étroite solidarité entre la production économique d'une cité et sa vie municipale (cf., pour les vins, p. lUI, n. 1 ; pour les fers, p. 209, n. 7; pour le plomb et l'argent mêmes, ici, n. 3, p. 207, n. 2).

3. P. 324, n. 5. — La seule trace d'une exploitation un peu intensive de plomb en Gaule est un lingot de 49 kilos, originaire du Forez et trouvé en Vaucluse, marqué Segusiavic{a) ; XII, 57U0, 1 : les gisements étaient peut-être du côté de Boén et de Saint-Germain-Lavol, où existent des hameaux appelés L'Argentiére et Argentière.

Page 1