Cf. p. 240, n. 4 et6; ici, n
8. Servi texlores et sarcinatores.— La confection, la préparation de vêtements tout faits, parmi lesquels choisissait le client, fut cependant beaucoup plus développée
— Mais entre tissage et confection se plaçait l'apprêt, et alors intervenait le foulon*.
C'était le foulon qui donnait à la pièce tissée sa forme marcliande et sa valeur utile. Son métier avait une telle importance, exigeait une installation si compliquée et des soins si minutieux, que, sauf de très grands domaines, aucune maison ne pouvait posséder son foulon à elle seule, comme elle avait ses tisserands et ses tailleurs -; presque tout le monde des producteurs devait s'adresser, pour apprêter les draps, à des artisans professionnels, gardant leurs usages et leur indépendance \
Les foulons devinrent donc, dans un certain sens, les maîtres de la draperie*, tels que furent les tisserands au Moyen Age- Un quartier leur était réservé dans les bourgades, près de quelque ruisseau limpide, avec les eaux, les cuves, les éten-
qu'on ne croit. Dans les villes, des boutiques vendaient des capoules ou des vestes toutes prêtes (Esp.,,n'' 2781 ; Sulpice Sévère, Dial., Il, 8. cf. p. 240, n. 4 et 6) : il est vrai que c'était la pièce du vestiaire qui exigeait le moins de mesures préalables. Marchand de tuniques? n° 2780. Les marchands drapiers vendaient, le plus souvent, les pièces de drap (Esp., n" i:}42, 37S5, 404-3, 5170: pannarii, p. 240, n. 1), dont on faisait confectionner les habits, soit chez soi, soit chez un lailleur de boutique (p. 240, n. 4 et 6). — Mais d'autre part, les inscriptions mentionnent si souvent des commissionnaires en vêtements (vestiarii, sagarii, p. 240, n. 1), qu'on se demande s'ils n'exportaient pas en nombre des habits tout faits, préparés, soit dans de grands ateliers de coupe, soit dans des lingeries familiales {servi sarcinatores). Toutefois, il est bon de ne pas se fier absolument, dans les choses de métier, au sens apparent des titres (p. 234, n. 2, p. 250, n. 1).
1. Il faut sans doute comprendre, sous le nom de foulons, également les laineurs ou pareurs, chargés de brosser le drap sorti de la cuve (cf. p. 243, n. ~j), et les tondeurs ou coupeurs, chargés d'égaliser le tissu (cf. ici, n. 4, p. 241, n. 1), peutêtre aussi les teinturiers (cf. p. 243, n. 6-8). Cf., sur ces procédés au Moyen Age (qui doivent rappeler les temps anciens), en dernier lieu Geneviève .\clocque, Les Corporations à Chartres, 1917, p. 115-116.
2. Quelques-unes en avaient cependant {servi fullones ; Dig., XI Y, 4, 1, 1 ; XXXIV, 5, 28) : mais il s'agit de domaines qui devaient comporter de véritables explotalions industrielles; cf. p. 241, n. 8.
3. Cf. Varron, Res r., I, 16, 4, où l'opposition entre les deux systèmes est très nette : Potius anniversarios liaient vicinos, fullones, etc., quani in villa suos habeant.
4. Des métiers de la draperie, les représentations de foulons paraissent parmi les plus nombreuses (Espérandieu, n°' 2768, 4136). A Évreux, qui n'est qu'une petite ville, il y a une société de fullones (^C. I. L., XIII, 3202, concession d'une piscina à leur usage). Magister artis fulloniœ à Cologne (XIII, 8345). — Le foulon était sans doute aussi chargé de la tonte du drap-, opération assez souvent figurée dans ces bas-reliefs.
doirs, les calandres et les presses nécessaires*. A la campagne même, un atelier de foulon formait un petit hameau, auquel il laissera parfois son nom -. De la ferme ou du château voisin on venait lui confier l'étoffe de laine, et elle s'en retournait ensuite, prête à se transformer en vêtement, soit dans les logis familiaux \ soit dans les ateliers des commissionnaires \ Le foulon fut pour le drap ce que le meunier fut pour le grain.
Tout ainsi qu'à l'époque gauloise, les matières premières de la draperie étaient la laine, le lin et le chanvre. La laine gardait, plus que jamais, la préséance ^ On en tirait les vêtements de dessus'', des tapis \ des couvertures % des rideaux % des réticules '*\ l'enveloppe et l'intérieur des matelas " et des coussins '- : n'oublions pas les larges cravates ou les cache-nez, dont les Gaulois frileux s'enveloppaient volontiers
1. Cf., par exemp\e, Sainte-Marie de Fullonibus, Notre-Dame de Fouilhous dans Montmaur, Aude {Histoire générale de Languedoc, n. éd., V. c. 1577); locum Fullonichas,Jliiviuni Fullonicas. Saint-Martin-de-Fenouilla près du Boulou {id., II, Preuves, c. 380, 348).
3. Cf. Varron, Hes r., I. 16, 4; cf. p. 241, n. 8, p. 242, n. 3.
4. P. 241, n. 8. En repassant sans doute souvent par le domaine qui le vendait eut apprêté : esclaves chargés de la vente des draps dans les grands domaines,
servi vcnaliciarii (Dig., XIV, 4, 1, 1).
5. Les lanarii de Narbonne (XII, 4480-1) sont peut-être des cardeurs de laine, brosseurs ou laineurs (p. 242, n. 1), ou encore des matelassiers, plutôt que des tisserands, tailleurs ou confectionneurs. De même, le coactiliarius de Luxeuil (XIII, 5444) peut être un matelassier (Luxeuil est voisin des Lingons, célèbres par leurs matelas; cf. t. Il, p. 325, et Pline, VIII, 191-2); mais on interprète d'ordinaire l'expression ou celle de lanarius coactiliarius par feutrier (cf. p. 240, n. 9).
7. Tapis de planchers (p. 237, n. 7), de tables (Esp., n" 1547?, bordé de lambrequins), tapisseries pour tentures ou ornements (cf. p. 238, n. 1).
8. Couvertures de lils ou lodices (C. I. L., XIII, 5708; je ne crois pas qu'on doive traduire le mot par draps de lits).