Cf. Décheletle, I, p
fabrique '. Ce modèle formait une sorte de poinçon en relief, d'ailleurs en terre cuite -. — Puis, on préparait, toujours avec de l'argile, le moule du vase à faire, ou du moins le moule de ses parois extérieures^; et sur ce moule, à l'aide des poinçons sculptés dont nous venons de parler, on imprimait, on estampait en creux les images à reproduire. — La forme ainsi prête, on l'appliquait sur la terre molle qui devait constituer le contour du vase ^ : et le vase sortait enfin de cette empreinte, avec ses parois achevées et ses dessins en relief. — 11 avait donc fallu, pour le faire, une triple opération, compliquée encore par la cuisson de la terre; et à chaque stade du travail, l'image perdait de sa finesse initiale. Mais ce que cette poterie perdait en valeur artistique, elle le gagnait en pouvoir commercial.
On voulut en fabriquer partout. Ainsi que dans les beaux temps de la faïencerie française, il se constitua entre le Rhin et les Pyrénées de véritables provinces ou écoles céramiques, ayant chacune ses formes et ses procédés préférés ^ Les trois plus importantes de la Gaule Chevelue se trouvaient groupées autour
1. Je crois d'ailleurs qu'il se bornait à copier des sujets de l'imagerie courante. L'elTort d'invention paraît très rare. — Les signatures qui, dans la fabrication des vases moulés, accompagnaient les poinçons (XIII, lOOli, 1-25), et qui par suite se retrouvent sur les moules estampés {id., 26-139) et ensuite sur les reliefs des vases {id., 140 et s.), ces signatures paraissent la plupart du temps des signatures commerciales, c'est-à-dire celles du fabricant du vase et non du modeleur de l'image. Mais il y a encore bien des problèmes à résoudre au sujet de ces signatures (Corpus, XIII, III, p. 433). — Dans les vases à reliefs d'applique (p. 272, n. 1), au contraire, l'artiste signait parfois son œuvre, soit à la pointe sur les moules d'argile (en Auvergne; Déchelette, II, p. 173; C, XIII, 10014), soit en relief sur la maquette de cire (dans la vallée du Rhône, Allobroges?, cera d'un tel, Déchelette, II, p. 243; XII, oG87).
2. Ou en cire pour les reliefs d'applique de la vallée du Rhône (n. 1).
3. Ou, dans le cas des reliefs d'applique (p. 272, n. 1), la plaque de terre destinée à mouler le relief.
4. Ou, en cas de relief d'applique (p. 272, n. 1), on moulait ce relief avant de le fixer sur un vase.
5. J'ai déjà dit (p. 207-268) que la comparaison des marques, formes, vernis, que l'étude de la zone d'extension des produits, permettront de retrouver le lieu d'origine dei différents potiers, et les caractéristiques de leurs spécialités. Par exeinple, Bordeaux fut la cliente de C. C. O. =: Caius Cornélius 0... (XIII, 10010, 043), Fam. (881), Nepos (1416), aux produits très faciles à distinguer : si les fabriques ne sont pas locales, elles sont de Montans (p. 274, n. 3).
du massif Central : l'école des Arvernes montrait ses anciennes fabriques dcLezoux, datant du temps j^aulois, mais curieuses de toutes nouveautés, sachant s'adapter aux goûts du moment', et qui avaient fait du village la plus grande bourgade céramique de la Gaule ^; l'école des Rutènes au Rouergue. où travaillaient les manufactures de Montans ^ et de F.a GraufesenqueS celles-là héritières de vieilles maisons celtiques, celles-ci actives et entreprenantes comme pas une dans le monde entier; l'école des Gabales au Gévaudan, un instant célèbre par ses vases de Banassac^ En Narbonnaise, les Allobroges avaient su créer autant de poteries avec l'argile de leurs vallons que de bons crus avec les vignobles de leurs coteaux ". Sur les bords du
1. Lezoux {Ledosus) a fabriqué dès l'époque celtique des vases peints à engobe blanche ou autre (p. 200, n. 1) : le travail romain n'a donc fait qu'y continuer une tradition indigène. Et ceci est une remarque très importante. — C'est Lezoux qui, dans la Gaule Chevelue, a la principale spécialité des grands produits de vases moulés, puis des vases à reliefs d.'applique (p. 272, n. 1), mais on y fabriqua aussi des vases uni^, barbotinés, incisés, et bien d'autres choses en argile cuite (p. 290, n. 1). Le plus important et le plus distingué des nombreux céramistes de Lezoux esl Liberlus, qui parait contemporain de Trajan. Après lui, en date et en importance, vient Paternus. — Voyez les travaux de Plicque (fouilles et écrits de 1879 à 1894); cf. Déchelette, Vases, I, p. 138 et s., II, p. 10!) et s.
2. Plicque releva les substruclions de 160 fours (Congrès arch. de 1885, Montbrison, p. 283). D'autres fours ont été retrouvés depuis.
3. Près de Gaillac dans le Tarn, cité des Rutènes d'Albi. Là encore (cf. n. 1) la fabrication des faux arrétins a succédé à une industrie indigène (cruches à couverte blanche avec dessins géométriques noirs et rouges). — Montans était sans doute le grand fournisseur de vaisselle de table en Aquitaine. Je crois que les ateliers du Sud-Ouest (p. 273, n. 5) se sont inspirés de lui. — Fouilles et travaux de Rossignol {Baltelin monumental, 1859, 1861, 1802); cf. Déchelette, I, p. 129 et s.
4. Près de Millau, à 2 k. à l'est, dans la cité des Rutènes de Rodez; peut-être le Condatomajus des itinéraires. C'est là qu'a travaillé le polier Momnio, le plus actif du pays et peut-être de la Gaule, dont nous retrouvons le nom dans des bordereaux de vente ou de fabrication : sur un de ces bordereaux (Déchelette, I, p. 87) il est inscrit pour 9000 pièces ; il fabriquait surtout des catilii et des parasidi (p. 270, n. 3). — Fouilles et travaux de Gérés (cf. Vialettes, Mémoires de la Soc. des Lettres de l'Aveyron, 1894-99, XV); cf. Déchelette, I, p. 64 et s.
5. La fabrication et surtout le relief sont ici plus médiocre:!. Mais la spécialité de Ranassac est dans de très grands bols (p 271, n. 7) ornés d'inscriptions en relief, saluts à des habitants de cités (Lingonis, Remis, Seqiianis, Gabalibus, à des groupes de buveurs, cervesariis, etc., féliciter), appels aux buveurs {bibe, féliciter, etc.); XIII, 10012 J'hésite à placer la plupart de ces vases avant le second siècle (contra, Déchelette, I, p. 124).
6. Outre les vases noirs (p. 278), sans doute les vases rouges à reliefs d'applique (p. 272, n. 1, p. 273, n. 1 et 2). Ces derniers sont sans nom de fabricant, souvent
Rhin, il n'y eut aucune céramique plus populaire que celle de Rheinzabern près de Spire, pourvoyeuse de la Gaule en fait de grands bols à reliefs \ — Mais n'insistons pas sur ce rapprochement avec la faïencerie du dix-huitième siècle. Cette dernière garda un caractère aristocratique qui manqua aux ateliers d'Auvergne ou de Germanie. Une maison de faïence, à Moustiers ou à Saint-Jean-du-Désert, était un asile de travail artistique, passionné et silencieux ^ On ne trouvait rien de pareil dans ces immenses officines de Lezoux ou de La Graufesenque, où tout était sacrifié à la quantité et à la vente : et nous aurons bien mieux l'image des fabriques gauloises en regardant près de Marseille les villages céramiques de L'Estaque et de Saint- Henry, qui entassent tout ensemble leurs dépôts de glaise, leurs fours fumeux, leurs murailles de briques rouges, leurs multitudes d'ouvriers bruyants et indociles ^
avec le nom du mouleur en cire (p. 273, n. 1), et à inscriptions explicatives (par exemple, XII, 5087, 4, image d'Hercule avec la devise virtus nusquain terreri potest).
1. Tabernse chez les Némètes; cf. C. I. L., XIII, II, p. 16i. Cerialis, Cobnertas [nom gaulois], Comitlalis, parmi les principaux potiers. Voyez Ludowici, quatre recueils parus sous diiïérents titres, Stempel-Namen, Stempct-Bilder, Urncn-Gruber, Rœin. Zicgel-Griiber, Munich, de 1901 à 1912; aussi Gûnther Rnubel, Rœm. Tôpfer in Rheinzabern, Spire, 1912. — Les rapports entre la céramique des vases moulés de Rheinzabern et celle des produits similaires de Lezoux sont assez nets, et il peut se faire que les fabriques némètes doivent leur origine à des potiers arvernes. — Dans la dépendance de Rheinzabern peuvent être les potiers triboques d'Alsace (Heiligenberg-Dinsheim et Ittenweiler); Forrer, rne Rœm. Terrasigillata-Tôpfereien... im Ëlsass, Stuttgart, 1911. — M"" Fœlzer {Die Bilderschiisseln der Ostgallischen Sigillata-Manufakturen, Bonn, 1913) a étudié les fabriques de la Moselle : Luxeuil, La Madeleine (dans Laneuveville près de Saint-Nicolas-du-Port ou de Nancy), Lavoye (Meuse; cf. Meunier, Bail, arch., 1903 et 1908), et surtout Trêves; mais il reste bien des incertitudes. — Sur l'atelier du Pont-des-Rêmes, ici, n. 3. — Au m' siècle, on a fabriqué des vases à reliefs d'applique, avec inscriptions descriptives, a Cologne et à Trêves (XIII, 10013, 1-3, dans le style de ceux du Rhûne).
2. Cf. Requin, Hist. de la faïence de Moustieis, I, 1903, p. 219 et s.; Arnaud d'Agnel, La Faïence el la Porcelaine de Marseille, [1911], p. 453 et s. L'organisation et la filiation respectives des faieni'eries offrent d'ailleurs des problèmes et des faits que nous retrouvons dans les poleries gallo-romaines.
3. L'organisation de ces ateliers céramiques est encore très mystérieuse. J'ai peine à croire que Mommo et les autres potiers dont les noms figurent sur les bordereaux (p. 274, n. 4), fussent des patrons : je crois plutût à des esclaves, affranchis ou employés d'une grande maison dont la raison sociale nous échappe, absolument comme le Mascuricus allobroge est un esclave de la gens Verria (p. 278, n. 4), le Xanlhus des poteries arrétines est un affranchi des Cn. Ateii (10009, 317
27fi LA FABRICATION.
li'liistoirc (le l'arréliii rou^^e soulève un dernier problème, plus difficile encore que les autres, celui de sa ra[)ide disparition. Après s'être montrée subitement, au lendemain de la conquête, après s'être im[)Osée pendant deux siècles à toute la Gaule, cette poterie vernissée et moulée se fit oublier en quelques années \ ne laissant derrière elle que les déchets innombrables de ses produits et quelques survivances industrielles, vestiges à peine sensibles d'une industrie qui avait gouverné le monde durant la paix des Césars et des Antonins -. A ce fait, je ne connais aucune explication suffi-
et 54), chacun de ces signataires, Momnio par exemple ou Xantiuis, devant être regardé comme un chef d'atelier ayant la signature commerciale, tout ainsi que les directeurs des verreries de Fronlin (p. 295, n. o). — Il y a trace, d'autre part, de dynasties de potiers : Arvernas, puis Belsa, Arverni fdius, 10010, 175 et 287. — Trace aussi de potiers associés (XIII, III, p. 120). — 11 y avait des Jiglinœ faisant partie des biens d'une commune (t. IV, p. 357, n. 2). — Il a pu y avoir des potiers libres réunis en corporation : magister figulorum sur le terroir de Mmègue, XIII, 8729. — Tous les genres d'organisation ont pu se rencontrer : mais je crois cependant à la prédominance de l'organisation familiale, domaniale, esclaves et affranchis pour le compte d'un chef de maison, genre des Cn. Ateii déjà nommés. — On a (p. 273. n. l)émis l'hypothèse de fabricants de moules, et môme de poinçons, distincts des fabricants de vases, et encore l'hypothèse de potiers ambulants transportant avec eux leurs moules et façonnant des vases sur place. Les dernières recherches me paraissent, au contraire, montrer la solidarité de fabrication des poinçons, des moules et des vases, la concentration du travail dans quelques grands centres (au moins pour les vases vernissés, car il devait se fabriquer partout de la vaisselle commune mate). Il est même de plus en plus vraisemblable qu'il n'y a pas eu un très grand nombre de potiers homonymes. Et la multiplicité extraordinaire des débris signés d'un même nom s'explique en dernière analyse par l'incroyable intensité de production d'un même atelier dans un espace de temps assez limité (voyez les 9000 pièces de Moinmo, p. 274, n. 4). On peut presque dire qu'une seule génération de potiers suffit à recouvrir la Gaule de faux arrétins. Tout cela a été bien mis en lumière par Déclielette, Vases, I, p. 75, 105-7, etc. — La plus grosse difficulté provient de la présence, dans des ateliers céramiques très éloignés, de marques du même potier : par exemple l'atelier du Pont-des-Rèmes à Florent (.Marne) a livré plus de 40 vases de Censorinus, d'où l'on doit conclure qu'il y a travaillé; et ce même Censorinus est signalé à Lezoux, à Hheinzabern, et ailleurs (Chenet, L'Atelier... duPontdcs Reines, Re\ms, 1913; M"" Fœlzer, ail contraire, croit à quatre ou cinq homonymes, p. OG-7). On a supposé (ju'il avait quitté Lezoux pour porter successivement son métier en Champagne et sur le Rhin. Mais d'autre part, ce môme atelier de Florent a livré des produits de potiers de lezoux et de La Graufesenque tout ensemble : je ne me représente pas les fabricants de ces deux endroits allant travailler ensemble, ou envoyer leurs chefs d'ateliers travailler ensemble au Pont-des-Rèmes. Il y a dans celte histoire de la poterie « parlante » une série d'énigmes que je ne m'explique pas.
1. Après le temps de Marc-Aurèle et de Commode? cf. t. IV, p. 479, n. 1.
2. Étant donné que les éléments constitutifs du faux arrétin ou de la terra
TERRE CUITE : VASES ET VAISSELLE. 2ll
santé. Supposera-t-on que l'État, dans le désir de protéger le commerce italien, aura prononcé contre les fabriques de la Gaule le môme interdit que contre ses vignobles? C'est fort douteux * : les poteries d'importation ne sont pas plus nombreuses au troisième siècle, tout au contraire. D'ailleurs, en Italie aussi, la fabrication des arrétins s'est également terminée". Je croirais plutôt à quelque changement dans le goût du jour, à une préférence plus forte pour la verrerie ou pour les vases polychromes^; et je croirais aussi à quelque lassitude industrielle, qui fit renoncer les fabricants aux multiples opérations exigées par le façonnage des vases moulés ^.
sigillala, comme on dit, sont, 1" le vernis rouge, 2° l'emploi du poinçon modelé pour les moules et du moule pour les reliefs d'ornement, 3° la signature du potier, voici les survivances ou les disparitions que je constate pour ce genre de poteries : 1° la signature disparaît la première, et, à ma connaissance, avant le 111° siècle; 2° l'usage du relief se maintient, avec poinçon et moule, mais au vase moulé par ensemble se substitue le relief appliqué par la barbotine (p. 272, n. 1); 3° mais en même temps se développe l'usage de façonner sur le .vase le basrelief, sans poinçon ni moule, par un modelage de barbotine à la main; 4° l'usage du poinçon (avec lettres ou images) subsiste, et jusqu'à l'époque barbare, mais pour imprimer en creux sur les vases mêmes. Comme on le voit, il y a persistance mais décomposition des divers éléments de l'arrétin. — Les vases à reliefs barbotinés sont répandus surtout en Belgique et en Germanie Supérieure. Voyez notamment les vases gris ou jaunes à scènes de chasses ou de combats, dits de « Castor •> (localité du comté de Nortliampton), autrefois Durobrivœ en Bretagne, où l'on croit qu'était le centre de fabrication : ils me paraissent du m" siècle. — Les vases à décors imprimés directement sont plus grossiers. Ils représentent, je crois, des céramiques locales, fabriquées et utilisées sur place. Us ont commencé au moins à la fin du second siècle, et par tout l'Empire [surtout encore en terre rouge), pour se continuer jusqu'à l'époque mérovingienne (surtout en terre noire et grise). Voyez en dernier lieu Haverfield, Archseologia Cambrcnsis, 1916, p. 228 et s.; il faut écarter à leur sujet les conclusions de Déchelette, II, p. 327 et s.
1. Toutefois, il ne faudrait pas nier la possibilité d'une politi(|ue industrielle des empereurs. Outre les mesures contre la vigne (p. 188-9), voyez celles pour limiter la production des mines (p. 208, n. 1), peut-être pour assurer le monopole du papyrus (p. 300). — II est en outre possible que, sous les Sévères, il y ait eu des règlements sur les marques de fabri(iues qui aient gêné l'industrie gauloise : la législation de ces marques est d'ailleurs ce que nous ignorons le plus dans l'histoire de l'industrie romaine (cf. t. IV, p. 479;.