‹ Histoire de la Gaule (volume 2)Chapitre 316 sur 415 · XIII, I00I · texte numérisé non relu

XIII, I00I

2. XIII, 10015, 85 : Hexlagenos SuUias. Ce dernier mot désigne peut-être le [ad] SuUin de la Table de Peutin^er, (jui est une localité deâ Vénètes (Castennec) : Salis devait être un sanctuaire de la grande divinité féminine des Celtes (dont on a fait une Minerve, t. VI, ch. I), et il serait posyble que ce sanctuaire ait eu des potiers attachés à lui, fournissant de figurines le public dévot. Tout indique un des plus anciens ateliers de la Gaule, la signature en celtique {avvol = » fecit »), le type de la Vénus, avec ornements inspirés de la symboli(jue gauloise : c'est, je crois, le principal effort fait par ce genre d'artistes pour adapler la plastique de l'argile à la religion indigène : voyez la figurine du Musée de Rouen (^ Saint- Germain, n° 17402; Bianchet, Et., pi. 1, 3), qui paraît appartenir à cet atelier, figurine où la Déesse Mère est représentée avec une taille surhumaine, flanquée d'un couple humain plus petit, et d'un enfant plus petit encore, ce qui n'est pas sans analogie avec les figures du chaudron de Gundestrup. Mais il ne semble pas que Patelier ait eu la vie très longue.

3. XIII, 10015, 38 : Sacrillos Carali (seruds?). Il y a eu à Toulon (comme ailleurs pour le faux arrétin, p. 27.Ï) un véritable village de potiers en figurine blanche : la moitié des moules signés en proviennent. — Une autre localité à fabriques de ce genre était, près de là, Saint-Pourçain-sur-Besbre. — L'une et l'autre localités étaient chez les Arvernes, mais à la frontière des Éduens; voyez la carte de Bruel, Mélanges historiques, IV.

4. XllI, 10315, 84 et 34 : tous les moules signés de ce nom ont été trouvés à Autun. Toutefois, on a objecté que la terre n'est pas du pays : est-ce bien certain ?

L'exemple, de Pistillus et des imagiers ses confrères nous montre à nouveau ce penchant des industriels romains pour les besognes spéciales. Un potier qui fabri<juait des lampes s'interdisait de mouler des statuettes. 11 ne s'est point créé, ni en Gaule ni ailleurs, d'immenses entreprises céramiques satisfaisant à toutes les tâches. Un tel effort fut impossible aux hommes de ce temps, qui voulaient le travail facile et rémunérateur, et qui le trouvaient dans l'exploitation à outrance d'une spécialité.

On vit cependant, à cet égard, une tentative curieuse, celle du maître potier arverne Nattus, qui voulut fabriquer des lampes comme Fortis de Modène, de la vaisselle comme les Toscans d'Arezzo, des figurines comme l'Éduen Pistillus '. Il était installé au centre de la Gaule, en Auvergne -, sur ce sol le plus riche en glaise de toute la contrée celtique, chez ce peuple industrieux et entreprenant qui essaya sous l'Empire romain de compenser par la gloire du travail la perte de son principat politique ^ — Mais la fabrique' de Nattus ne dura pas, attaquée en même temps par la concurrence des potiers spécialistes de la Gaule et par l'importation des marchandises italiennes ^.

6° Une place à part doit être faite, à côté des figurines, aux antéfixes et aux médaillons.

Les antéfixes sont, à proprement parler, des tuiles faîtières, destinées à couronner le sommet ou les angles, les frontons ou les façades des édifices. S'agissait-il d'un riche monument, on le surmontait de sculptures sur pierre ou sur marbre, faites

1. Nallus Arvcnms; C. I. L., XIll, 10001, 226; 10010, 1414; 10015, 32 et 82.

2. Peutùtre à Saint-Pourçain-sur-Besbre chez les Arvernes, aux frontières des pays arverne et éduen, p. 287, n. '■].

■3. Cf. p. 274, et t. VI, ch. VI.

4. De môme (Déchelette, 1, p. 41 el s.), il faut constater le peu de durée (sous les premiers empereurs) de la fabrique de Saint Rémy (également chez les Arvernes), qui produisait des figurines, des vases, des médaillons. Sextus (10015, 43) a signé des Vénus, des bustes, des « boucliers » ou médaillons avec scènes mythologiques : on a supposé (Déchelette, I, p. 44) que c'était un modeleur vendant ses dessins aux fabricants de Toulon, Saint-Rémy et Saint-Pourçain : mais il est possible que ces trois fabriques aient dépendu d'un seul grand manufacturier arverne.

exprès pour lui. Visait-on à l'économie, on recourait à des tuiles toutes prêtes, fabriquées au moule par les maîtres briquetiers, et dont les reliefs reproduisaient les modèles consacrés en décoration monumentale, sphinx, mascarons ou palmettes *.

C'étaient également des pièces de décoration que les médaillons en terre cuite qu'on suspendait aux murailles ou qu'on exposait dans les salons'. Par ces médaillons, le bas-relief à son tour entrait dans la céramique, comme la sculpture y était entrée par les figurines. On représentait^ de cette manière des scènes de mythologie, des combats, des chasses, des sujets pareils à ceux qu'on voyait sur les vases ou les potiches, et aussi quelques scènes historiques, telles que la fondation de Lyon^ ou les triomphes de Trajan% C'étaient au reste les mêmes images qui revenaient, et que, le moule aidant, on tirait à des centaines d'exemplaires. Rappelons-nous les graveurs sur pierre ou sur cuivre qui ont popularisé chez nous, pendant près d'un siècle, les guerres de l'Empire ou les épisodes de Paul et Viryinie, et (sujets mis à part) nous comprendrons le rôle du médaillon en terre cuite.

Cette terre cuite était donc l'auxiliaire ou, plutôt, la remplaçante de tous les arts et de toutes les industries : la brique

1. C. I. L., XII, p. 690; en parliculier la fabrique du Viennois Secundus RuH filins (XII, 5680). Sur ce sujet, en dernier lieu Blaiichet, Décoration, p. 18-20.

2. XIII, 10013 (où on a mêlé, semble-t-il, les « boucliers » et les reliefs d'applique). Et d'ailleurs la différence entre les uns et les autres ip. 272, n. 1) est assez faible.

3. Pour les sujets de clipei aussi bien que de reliefs d'applique, cf. Déchelette, II, p. 167 et s.

4. Déchelette, II. p. 270 et s.; XIII, 10013, 17 (reliefs d'applique). Je ne serais pas étonné que ces fameux reliefs, avec l'inscription Genio arnantissimo coloniœ habeas propitium Cœsarem, fussent vendus en souvenir des fêtes et sacrifices anniversaires de la fondation de Lyon, peut-être de fêtes à l'occasion de son second centenaire vers 157. Cf. t. IV, p. 43, n. 1, p. 514, n. 4.

5. Déchelette, II, p. 215-7; XIII, 10013, 19 (reliefs d'applique). Cette importance particulière de Trajan dans ces bas-reliefs de céramique s'explique peutêtre par des fêtes données en l'honneur de ses victoires ou, lors du vova"-e d'Hadrien en Gaule, en l'honneur des événements de son régne et de son apothéose. Je rappelle que ce genre de relief, pour vase ou médaillon, devait, comme l'a indiqué Déchelette (cf. p. 272, n. 1), être ve ndu en souvenir de fêtes et de jeux ainsi que, par exemple, les médailles commémoratives de nos concours d'orphéons.

290 LA PABRIHATIÛN.

suppléait à la pierre et à la charpente, la figurine et le médaillon à la sculpture et au bas-relief de bronze ou de marbre, la vaisselle arrétine à la poterie de bois et de métal '. Tous ces produits du potier, ce fut l'argile mettant à la portée du plus grand nombre les images de l'art et les modèles de l'industrie. De son premier à son dernier jour, la céramique galloromaine fît œuvre de vulgarisation. L'abus du moule tua en elle l'originalité. Ils sont infiniment rares, les objets d'argile qui ne sont point des copies, dont le dessin n'a été fait que pour eux, dont l'auteur a eu pour seul souci de laisser une belle œuvre. C'est en Gaule que nous apercevons le mieux la triste agonie du potier grec, la faillite morale de ses héritiers, tout à la fois enrichis et avilis par l'industrie romaine.

Page 1