‹ Histoire de la Gaule (volume 2)Chapitre 333 sur 415 · Cf. t. II, p · texte numérisé non relu

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7. Trésor de Mercure Caneionnensis, autrement dit de Berthouville(p. 302, n.2) chez les Lexoviens, non loin de leur frontière avec les Yéliocasses'et les Éburoviques; trésor de Nolre-Dame-d'AUengon (Andes ou Angevins), près la frontière des Pictons

302 LA FAIHUCATION.

fabriquer en (iaule, sans grande originalité dans la forme et les dessins, sans progrès très nets dans le tour de main'. Quand les riches voulaient se payer de belles choses, des images bien finies, ils les demandaient aux gens d'Alexandrie. Rien n'est plus caractéristique, à cet égard, que le trésor de Mercure en son temple normand de Berthouville^ : il renferme près de cent objets, de divers temps et de divers pays, mais tous également apportés là en offrande dans les deux premiers siècles de l'ère impériale. De ces pièces, quelques-unes sont admirables, parmi les plus belles qu'aient produites des argentiers antiques, telles ces deux aiguières où apparaissent les images de héros de la guerre de Troie : ce sont les œuvres d'artistes grecs qui eurent leur jour de célébrité, et Mercure les a reçues d'un riche Gallo-Romain, dévot à son culte ^ Et voici, à côté d'elles, des statuettes médiocres, qui décèlent la main d'un artiste du pays, présent fait au dieu par quelque pèlerin de Gaule*. — Mais quelle étrange force d'attraction chez ce Mercure gaulois, hier encore inconnu du monde, et qui aujourd'hui attire dans un de ses sanctuaires, perdu sous les brumes de la Normandie, les derniers chefs-d'œuvre de l'art hellénique!

En matière de bijouterie courante, le marché gaulois ne fut point trop envahi par les étrangers. La vaisselle ordinaire d'argent devait sortir de quelques ateliers de grandes villes ^ et il

(XIII, 3100); trésor de Limoges, aujourd'hui détruit (XIII, 10026, 19). Cf. Tliédennt et Héi"on de Yillefosse, Les Trésors de vaisselle d'argent trouves en Gaule (Gaz. arch., IX-X, 188i-oj. Voyez l'abondance d'inscriptions que nous possédons sur de la vaisselle d'argent, C. /. L., XUI, 10026, 15 et s.

.1. P. 301, n. 7, ici, n. .5. Le travail au repoussé (cf. p. 301, n. 3) est peut-être plus fréquent que la ciselure chez les artistes indigènes.

2. Cf. p. 301, n. 7, et, pour ce qui suit, la grande publication de Babelon, Le Trésor d'argenterie de Berthouville, 1916 (capitale pour l'argenterie en Gaule).

3. Il est difficile qu'elles soient postérieures à Auguste. Données à Mercure par Q. Domitius Tutus, qui est le donateur des principales belles pièces (XIII, 3183, 10-lC).

4. C'est aussi le cas des pièces de Notre-Dame-d'AUençon (p. 301, n. 7).

5. P. 301, n. 3; trésor de Trêves, consistant en 228 livres de vases d'argent,

en était certainement de même des anneaux d'or, d'un usage fort répandu chez les Gallo-Romains, assez finement travaillés, et suivant un modèle consacré par les halùtudes indigènes'.

Les bronziers- eurent aussi fort à faire dans cette lutte pour la vie. Mais ils tinrent bon, fidèles à leur gloire d'antan". Comme cette industrie, plus que nulle autre, se spécialisa très vite pour produire davantage et à meilleur compte, une sorte ' d'entente, tacite ou organisée, se fit entre les différents fabricants". La chaudronnerie, autrement dit le bronze de cuisine, fut laissée pendant longtemps, du moins dans la zone des armées, aux importateurs italiens, en particulier à ce grand manufacturier de Campanie, Polybe, qui ouvrit toutes les terres

XIII, 10026, 40-2. — On n'arrive pas à savoir ce qu'est Venchiridium argenteum oITert à l'Esculape de Riez (XII. 3.54) : on a supposé un instrument de chirurgie, mais ce peut être un objet importé.

1. Parmi les plus travaillés : C. I. L., XIII, 10024, 37, 55, 63, 94 (= Henkel, n° 93), 198 (= H., n° 92), 202 : je ne mentionne que ceux dont le type parait gallo-romain, ce sont des bagues dont le chaton est accompagné d'une tablette présentant des ornements en métal ajouré. — Il y a aussi des anneaux d'argent. — Anularius près de Mayence, XIII, 7249. — Sur les anneaux, voyez l'ouvrage, à la fois trop restreint comme zone d'étude et trop étendu comme documentation, de Henkel, Die Rœni. Fingerringe der Rheinlande, 1913.

2. Mov\-at, Marques de bronziers, Bull, épigr., III et IV, 1883-4; et l'important travail de Bequet, La Bijouterie chez les Belges, Soc. de Namur. XXIV, 1900-4. — L'expression de faber xrarius. œrarius, est assez rare (XII, 3333, Nîmes: 4473, Narbonne; œrarii, collège à Entrains. XIII, 2901; etc.). Mais les bronziers ou chaudronniers sont évidemment compris sous l'appellation de fabri, faber, employé isolément (t. IV, p. 399). Et jusqu'à quel pointées appellations de métiers peuvent être trompeuses, c'est ce que montre le cas de cet Arlésien (Xll, 722) qui est inscrit parmi les fabri tignuarii et qui est surtout un fabricant de tuyaux de bronze ou d'orgues hydrauliques : eut summa fait fabricas studium, organa qui nosset facere aquaruin aut ducere cursum.

3. L'argenture sur bronze, imaginée par les Celtes (t. II, p. 311). se continua. Je doute cependant que la cassolette argentée trouvée à Bois-et-Borsu (Cumont, Belgique, p. 58) ne soit pas d'importation. La dorure sur bronze fut également pratiquée, même pour des travaux industriels (tegulœ senex auratœ, Xll, 1904; aurea tecta, Sidoine, Carm., 22. 146-7). — Il faut encore noter la découverte du laiton (cuivre et zinc, cuivre jaune, dinanderie) chez les Tongres ou près de chez eux (p. 20G. n. 6); ornements en laiton, p. 304. n. 3. — L'importance des Tongres et des Nerviens dans les industries du cuivre est une chose très remarquable, qui fait prévoir l'activité du pays au Moyen Age, comme du reste lensemble de leurs travaux de fabrique (p. 297, n. 2-3, p. 30i, n. 4. p. "107, n. 2).

4. Sans l'accepter encore, je ne puis cependant exclure l'hypothèse dune intervention éventuelle de l'État romain, dont nous connaissons si mal la politique économique. Cf. p. 277, n. I.

304 LA FAUIUGATION.

du Nord à ses poêles et à ses casseroles'. Mais les Gaulois restèrent les maîtres dans les petits bronzes de vestiaire-, d'équipement % d'ameublement^, ce que nous appellerions l'article de Paris ^ : quelques bonnes maisons du pays suffirent d'ailleurs à accaparer les marchés, telles que celle d'Aucissa le Belge pour les fibules ou épingles à crochet ^ ou celle de Gémellianus l'Helvète pour les fourreaux d'épées de gladiateurs \ Si, pour les belles statues ou figurines d'airain, pour les meubles ou les vases d'ornement, on continuait à s'adresser aux grandes villes

1. P. Cipius Polybus, XIII, 10027, 17 (il apparlient à une vieille famille de bronziers de Capoue). Ses produits allèrent jusque sur la Baltique (10030, 37, 50, 74; Willers, Die Rœm. Bronzeeimer von Heininoor, 1901, p. 214-5). Mais il est à remarquer que l'on n'en trouve pas en Gaule en dehors des provinces rhénanes. Peut-être lui réservait-on la zone des armées. — Il est d'ailleurs probable que la concurrence gauloise arrêta au second siècle, même dans ces régions, la chaudronnerie campanienne, et l'écarta peut-être bien avant dans les Trois Gaules et en Narbonnaise (voyez par exemple les marmites de Draccius, XUl, 10027, 22; XII, 5C98, 5, et de Carugenun, XIII, 10027, 14, qui sont certainement gaulois); cf. Willers, Neue Unters., p. 79 et s., qui du reste constate avec raison que les bronziers galloromains ne firent qy'imiter les casseroles campaniennes.

2. Par exemple les fibules (cf. n. 6). La Gaule est le pays de l'Empire, semblet-il, qui a livré le plus de fibules, et la presque totalité des noms de bronziers sont celtiques; ils appartiennent d'ailleurs, sauf exceptions, au i" siècle ; cf. XIII, III, p. 699 et s.

3. Par exemple les petits disques en bronze, sans doute pièces de harnachement, fabriqués par Banna (XUl, 10027, 190), et qui s'exportaient même en Italie (X, 8072, 11; XV, 7100) et dans les régions du Danube (III, 6017, 8). Voyez aussi les ornements, curieux et variés, en cuir incrusté de fils de laiton, pour souliers de femmes ou d'enfants; Reims, Musée Habert, n°* 2633-50.

4. Par exemple poignées de coffrets ou de commodes, fabriquées au moule, sans doute à Bavai ou dans le pays nervien (Reinach, Bronzes, p. 334-5; Cumont, p. 75); pas avant Marc-.\urèle?

5. Il est possible, en revanche, qu'on fît venir de l'étranger (Italie surtout) les instruments de chirurgie (Saint-Germain, Cat., p. 200 et 129, la trousse de Reims; cf. Rjv. arch., 1882, I) et certains accessoires de toilette, par exemple les strigiles de bain, pour lesquels je ne trouve aucun nom celtique de fabricant (XIII, 10027, 171-187); le charmant strigile de Ficcius, trouvé à Bibracte (Saint-Germain, n° 16231), doit venir d'Italie. Les balances (G. /. L., XIII, 10031) sont peut-être également importées. Les instruments de musique (t. VI) doivent l'être également en partie, mais il y avait en Gaule des fabricants d'orgues hydrauliques (à Arles, XII, 722; cf. p. 303, n. 2). — Je laisse do côté bien d'autres objets de moindre importance, comme les fameux dodécaèdres perlés, qui sont certainement des instruments de jeu.

6. Ses produits (milieu ou première partie du i"' siècle) se sont trouvés un peu partout en Italie, en Angleterre, dans les pays danubiens, en Asie Mineure, jusqu'au Caucase, où on en a découvert deux exemplaires (10027, 107; Haverfield, The Arch. Journal, LX, 1903. p. 236 et s., LXII, 1903, p. 263 et s.). Ici, p. 297, n. 2.

7. Sa fabrique était en Suisse, à Baden, Aqux Helvelicœ (10027, 204).

d'Italie ou d'Orient', la Gaule était depuis longtemps trop riche en ateliers indigènes, modeleurs, mouleurs et fondeurs compris-, pour ne pas répondre à toutes les demandes courantes, qu'il s'agît de dieux romains ou de divinités nationales : dans les trésors de temples, tels que celui de Xeuvy chez les Carnutes, on distingue à première vue nombre de pièces fabriquées dans le pays, dont la rudesse naïve contraste avec l'élégance d'allure des images importées^ Mais chez les unes et les autres le bronze est de même qualité : ce qui pèche encore dans les Gaules, c'est l'éducation de l'artiste, et non pas l'expérience de l'industriel. L'État lui-même reconnaissait cette maîtrise technique des bronziers gaulois, plusieurs fois séculaire, lorsqu'il installait çà et là dans les villes ou les campagnes des fabriques d'armes pour les fournitures des troupes de Germanie ^

Tous ces produits de bronze- étaient objets portatifs, et connus en Gaule de temps immémorial. Rome révéla en outre aux artistes et aux manufacturiers du pays l'art d'employer le vieil alliage à des œuvres plus grandioses, de le faire servir aux constructions mêmes. On fit avec lui des toitures brillantes pour

1. Reinach, Bronzes figurés de la Gaule romaine, [1894] : le Jupiter d'Évreux (p. 29 = Esp., n°3064), l'Apollon d'Évreux (Esp., n^SOGS), le Bacchus de Vertault (n° 3371), la tète de centaure du Musée de Spire (Reinach, p. 115), l'Hermaphrodite de la montagne de Sion au Musée d'Épinal (p. 117 = Esp., n° 3862), le laraire de Mandeure (R., p. 134, Musée de Montbéliard), l'aiguière de Naix (R., p. 323, Musée de Bar-le-Duc), le lampadaire de la rue Gay-Lussac (R., p. 350-1, au Brilish Muséum), celui de Saint-Paul-Trois-Chàteaux (Musée de Saint-Germain, Cat. sommaire, p. 202), le vase des philosophes trouvé à Héristal (Gumont, p. 92), etc. — On a supposé que sur des vases de bronze plus communs, originaires du pays, les parties ornées (anses ou manches) avaient été fondues à l'aide de moules importés, ou directement importées elles-mêmes de l'étranger (Reinach, Br., p. 307).

2. T. II, p. 30o-ll; t. I, p. 170-1; Déchelette, Manuel, II, p. 1344 et s.

3. Reinach, Bronzes, p. 241 et s. — L'origine gallo-romaine de quelques-uns de nos bons bronzes religieux (l'Apollon de Troyes, par exemple, Esp., n" 3215) ne me parait pas encore prouvée. — Voyez le mélange de statuettes de bronze importées et indigènes dans le laraire d'Avenches {Pro Aventico, n° 13, 1917). — Sont évidemment de facture gauloise les innombrables ex-voto de bronze trouvés dans les sanctuaires (yeux par exemple).

4. Peut-être pas avant les Sévères; à Brèves chez les Éduens, près de Glamecy, XIII, 2828 {opifices loricari; cf. p. 313, n. 6); toutefois, les restes que l'on constate aujourd'hui à Brèves (au lieu Sardy-les-Forges) sont ceux d'exploitation de fer.

les édifices publics et pour les villas des riches' ; on le fondit en statues colossales d'hommes et de dieux ^ : aucun effort ne fut inutile avec lui, et, sous l'impulsion des mœurs romaines, il paracheva dans les Gaules ses succès deux fois millénaires'. A la différence du bronze, le plomb, dans la Gaule latine, fut à demi une nouveauté. C'est la conquête qui en vulgarisa l'usage industriel, en provoquant partout thermes et aqueducs, auxquels le lourd métal fournit toutes les conduites nécessaires*. Comme moindres objets, il livra des sarcophages ^ des tablettes à écri^e^ des médaillons \ des jetons, des marques de sceaux ^ Mais cette fabrication empruntait trop de matière première à

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