Supposé pour la Gaule
4. Librarius in tabulario inajori (employé d'un service public), âgé de 15 ans, XIII, 1823. Je suis du reste frappé de l'extrême jeunesse de quelques-uns des ouvriers ou industriels mentionnés en épigrapliie (lintiarius de 2U ans, XIII, 1994; ferrariusde 19 ans, 2036; etcl : il s'agit, soit d'apprentis, soit plutôt de fils d'industriels destinés à continuer le métier du père, ce qui se produisait, je crois, souvent dans l'Anti(iuité (cf. XIII, 5154).
l'école professionnelle, même la meilleure, est un peu une expatriation, un renoncement à l'ambiance qui forme plus encore que la parole. L'apprenti, près de l'ouvrier à la besogne, remuant le mortier pendant que le maçon ajuste la pierre ou cimente la murailles regardant faire, comprenant par la vue et par quelques conseils donnés au bon moment, associé plus tard à l'œuvre de l'aîné et signant parfois avec lui ^ : voilà sans doute le spectacle qu'olTraient les fabriques d'autrefois, où l'on faisait produits si durables, et où une tradition se continuait.
En face de ces entreprises privées se dressaient les manufactures des cités ^ et celles de l'État, que nous sommes souvent tentés d'oublier. Celles-ci se rattachaient presque toutes à la vie militaire, qu'il s'agît de carrières, de briqueteries ou de métallurgies^ : les ouvriers y étaient, soit des soldats détachés de leurs corps ^ soit des civils sous les ordres de contre-maîtres officiers ^ et les produits en étaient destinés aux camps ^ Les fabriques municipales servaient, les unes à approvisionner les services
i. D'après un bas-relief, Espérandieu, n° 2767.
2. Mosaïque de Lillebonne (XIII, 3225) : T. Sen. Félix, c{ivis) Putcolanus, fec{il), et Amor c. K. discipulus [Kaletus'? dans ce cas, apprenti recruté sur place, ou Karthaginiensis'?].
3. Beaucoup plus nombreuses qu'on ne cruit : figlinœ (p. 275, n. 3;, plumbariœ (p. 208, n. 3), ferrariœ (p. 209, n. 4).
4. Outre les ateliers de bronze dont nous allons parler (n. C). les mines de fer (p. 209, n. 3), d'argent (p. 207, n. 3), les tuileries militaires (p. .283), les carrières (p. 215, n. 2). — Je n'ai pas à parler des ouvriers qui travaillaient dans les camps.
5. Dans les carrières et les tuileries. Les raines sont organisées en exploitations serviles sous la direction des intendants du prince.
6. Nous connaissons très peu ce genre d'organisation pour la période antérieure au iV siècle, et peut-être parce que le système de manufacture d'État était encore assez restreint. Les deux mentions capitales sont dans le pays éduen et aux abords : œrari sub cura Leonis el Marciani à Entrains dans la cité d'Auxerre (le caractère militaire est plutôt probable que certain; XIII, 2901); monument, trouvé à -Monceaux-le-Comte, élevé à un centurion par les opiftces lorkari de Briva Sugnutia (Brèves chez les Éduens; cf. p. 305, n. 4), qui sont sub cura ejus (XIII, 2828). Ces deux monuments ne sont pas antérieurs aux Sévères. — Aucun renseignement sur les fabriques de vêtements militaires (cf. p. 240, n. 5 et G, p. 241, n. 5, p. 244, n. 2, p. 245, n. 7) avant le iv" siècle,
7. Et sans doute aussi aux édifices publics dont le prince voulait faire les frais; voyez les voyages d'Hadrien (t. IV, p. 471), qui nous révèlent également l'existence d'équipes d'ouvriers à la suite de l'empereur.
314 LA FAimiCATION.
publics en objets nécessaires, les autres à accroître les revenus de la commune par des ventes au dehors. Si ces fabriques officielles ont donné lieu à des inquiétudes de la part des commerçants libres, c'est ce que nous ij^^norons.
Les fabriques d'Etat se bâtirent d'abord en dehors des villes'. De même, de grands usiniers tenaient à s'installera la campagne, loin des chertés et des dangers de la vie citadine. Leurs fabriques" finissaient par créer de vrais villages, et si tant de bourgades françaises s'appellent aujourd'hui « Félines », c'est qu'elles doivent souvent leur naissance à des poteries, Ihjlinœ, de l'époque romaine-, (^ela n'empêche qu'il y avait un certain nombre de constructions industrielles dans les faubourgs des grandes cités ^ et, dans les ruelles de l'intérieur, beaucoup d'ateliers ou d'échoppes où retentissait l'enclume du forgeron*, où grinçait le tour du potier ^ Somme toute, la vue du monde actuel nous aidera à comprendre celui de ce temps.
Je dis la vue, je ne dis pas la loi. Au point de vue législatif, il me semble qu'il y a opposition absolue entre les deux époques. La nôtre a l'habitude, presque la manie, de légiférer en matière industrielle ; elle enregistre les modèles, protège les marques, fixe les appellations, surveille l'origine, et, s'il y a lieu, vérifie les prix et les produits. L'Etat romain laissa faire le plus souvent, du moins dans les trois premiers siècles de l'Empire : il est vrai que nulle concurrence de produits étrangers ne pouvait gêner les manufactures de ses habitants.
Il semble bien que les industriels gallo-romains marquaient leurs produits, et de façon aies faire aussitôt reconnaître \ Cette
1. Au moins avant les invasions du m' siècle (cf. p. 313, n. 6). Car, au iv% les choses ont cliangé, et je crois, par exemple, que les loricarii de Brèves (p. 313, n. G) ont été transférés à Autun {Not. dign., Occ, U, 33).