‹ Histoire de la Gaule (volume 2)Chapitre 358 sur 415 · Cf. t. II. p · texte numérisé non relu

Cf. t. II. p

13. P. 239 et s., p. 247, n. 4. — De cette exportation des manteaux celtiques est inséparable celle des fibules de bronze de style gaulois, et notamment de celles d'Aucissa{p. 304), répandues à Rome et en Toscane (Xlll, 10027, 107: cf. p. 304,n.0j.

résulte de la richesse de ses cultures et de la splendeur de son bétail. C'est donc surtout comme pays agricole qu'elle servit à l'Empire, et c'est par le travail de sa terre qu'elle draina vers elle l'or et l'argent monnayés de Rome et de l'Italie ^

Je ne puis me décider à attribuer, dans le commerce extérieur de la Gaule, un rôle considérable à ses manufactures, verreries, poteries ou ferronneries : je ne parle en ce moment que des exportations du côté de l'Italie. Leurs produits se heurtaient, au delà des Alpes, à trop de produits similaires, meilleurs ou à meilleur compte, et connus de longue date. Que l'on trouve çàet là, àPompéi et ailleurs, des débris de vaisselle rutène ou gabale, ce peut être le résultat de quelque fait accidentel, des marins d'Arles, ou de Xarbonne troquant leur vaisselle de bord, un essai fait par le commerce transalpin ou un lot de poteries utilisé comme fret de retour. J'hésite à "croire à des envois réguliers faits sur les marchés d'Italie par les potiers et les quincailliers de la Gaule-. De Rodez à Ostie ou à Pouzzoles, ce qu'ils pouvaient adresser aurait coûté gros en frais de transport et de transbordement : la lutte n'était point possible avec les marchandises similaires fabriquées et embarquées tout à la fois sur les côtes d'Espagne ou de Campanie ^

1. Cf. Josèphe, De h. J., II, 16, 4 : ToT; àyaOoï; <t/£5ov o>.r,v è-'.z/.-j^ovtî; -r,'j o'f/cov- ;j.£vr.v (les Gaulois). .

2. Sauf le cas des fibules (p. 328, n. 1.5, p. 304, n. G) et de certains petits bronzes (p. 304, n. 3) accompagnant peut-être des exportations de harnais et de chevau.x.

3. Nous nous séparons sur ce point, non sans hésitation, de Déchelette (Céram., I, p. 94-116), qui attribue une grande importance aux découvertes, à Rome et à Pompéi, de. vases de potiers gaulois (presque exclusivement rutènes, et notamment de .1/ommo de La Graufesenque; NI. SO.5.3. 27: XV,.o355: p. 274. n.4).Ce qui m'a empêché de regarder ces faits d'exportation autrement que comme épisodiques, c'est, cuire les raisons économiques exposées ici, la constatation que les potiers arvernes n'ont rien laissé au delà des Alpes, et que Pline, Martial et Juvénal, qui parlent si nettement et si souvent des poteries d'Arezzo et de Sagonte. sont muets sur celks des Gaules. Il a pu y avoir simplement un mouvement d'affaires occasionnel. via Narbonne, entre La Graufesenque et Oslie ou Pouzzoles. — Les mêmes poteries rutènes se sont rencontrées sur la cote orientale d'Espagne (Déchelette, id., p. 111) et en particulier d'Ampurias (Cazurro, Ainiari de VInstitut d'Estudis Catalans, 1909-10). Mais, si difficile qu'il soit de connaître les vases de Sagonte (voyez les remarques de Cazurro), je doute que ceux du Rouergue aient pu venir leur faire concurrence en Espagne même (cf. Pline, XXXY, 160-1). — La manufacture

Les choses se présentaient autrement, pour les industriels gaulois, au delà de la Manche en Bretagne, au delà du Uhin en Germanie, dans ces marchés de Barbares que les victoires ou la crainte de Rome ouvraient aux négociants provinciaux. Là, le manufacturier de Gaule, j'entends le potier ou le quincaillier qui produisait et vendait à la grosse, n'était gêné par aucune concurrence '. Il avait, sur ses rivaux italiens, l'avantage d'être le plus près, d'arriA'er toujours le premier, de connaître la langue et les habitudes des indigènes. Ce qu'il apportait, bijoux de pacotille, fibules, vaisselle, pouvait être méprisé du Romain ou du Grec : pour un Barbare, Belge dç Bretagne ou Suève de Germanie, c'était objet nouveau et objet utile, et l'homme n'avait pas encore besoin de produits rares et d'œuvres d'art. Les Gaulois firent donc en Bretagne'^ et surtout en Germanie ce que les Européens font de nos jours dans leurs colonies d'Afrique : ils y expédièrent sans répit des cargaisons de leurs marchandises les plus vulgaires.

Dès que nous approchons du Rhin, nous apercevons en nombre des commissionnaires et des exportateurs, installés sur la frontière comme à des postes de combat. Voici, près de

gabale de Banassac n'est représentée hors de Gaule que par un vase conservé à Naples et qu'on dit venir de Pompé! (l)échelette, 1, p. 128). — Jusqu'à nouvel ordre, les arguments archéologiques ne peuvent prévaloir contre les textes et la nature des choses, d'aulaat plus que Pline tient à parler ici des produits qui s'exportent en grand, hœc quoque per maria terras ultro cilro porlantur. — Et il n'y a pas à objecter que les exportations de Gaule ont pu se produire après le i" siècle, puisqu'on allègue surtout des objets trouvés à Pompéi.

1. Sauf, en Bretagne, dans la mesure où se fondèrent, pour concurrencer la Gaule, des entreprises de bronze ou de céramique (ce qu'il importerait d'étudier); voyez par exemple la céramique de Castor, qui s'importa en Belgique, mais sans doute après Septime Sévère (cf. p. 276, n. 2, p. 325, n. 7).

2. Nous manquons trop de renseignements précis sur la Bretagne pour pouvoir y évaluer l'importance du commerce gaulois. Toutefois, Déchelette a eu raison d'y noter l'importation régulière des poteries de La Graufesenque et de Lezoux (Cérairi., I, p. 112-3); voyez en dernier lieu le Catalogue of the Roman pottery du Brilish Muséum, 1908: on a aussi noté celle des poteries de Rheinzabern. On doit y joindre celle des (ibules de bronze d'.4i(cissa (XIII, 10027, 107). 11 est bien difficile de ne pas supposer aussi une forte importation de vins. — Les textes mentionnent mcrcalores Gallicani en Bretagne (Pan. Conslantio = Pan. Lai., V[VI1I], 12), copia negoliatorum à Londres (Tac, Ann., XIV, 33).

Cologne, un entrepositaire de draps pour l'exportation'; à Cologne, un trafiquant en droguerie"; à Bonn, un négociant en vins ^; près de Mayence, un marchand d'objets en argent ^; en Zélande, à Cologne, à Wiesbaden, en Souabe, sur toute la ligne des camps et des armées, des négociants en terre cuite, arrivés là, par terre ou par eau, avec leurs caisses pleines de figurines ou de vaisselle "'. Si nous passons la frontière, nous trouvons, en plein pays barbare, les poteries, les fibules, les casseroles, la verroterie de Gaule qui circulent sur les pistes commerciales". De bonne heure elles ont gagné l'arrière de l'Europe. Les vases du Rouergue ne se sont arrêtés qu'à la Baltique et à la Vistule '; et les fibules de bronze du belge

1. Negotiator vestiarius imporlator [en Germanie?], à Slockum dans le pays de Neuss {XIII, 8568).

Page 1