LA TRAITE
Ceux de ces commerçants qui faisaient les meilleures affaires étaient les entrepreneurs de gladiature'. Les combats de ce genre, dont la Gaule entière raffola dès le début de l'Empire, exigeaient un personnel nombreux; comme les taureaux des courses espagnoles, il se renouvelait sans cesse par la mort; et le public, d'autre part, n'aimait pas à avoir toujours sous les yeux des combattants de même espèce. Il en exigeait de tout pays. A Nîmes, déjà passionnée pour les spectacles sanglanls. on eut des « murmillons » venus du pays éduen, des «rétiaires» fournis par les Allobroges, des Espagnols, des Arabes et des Egyptiens -. Ces hommes ne formaient pas de petites bandes, comme le serait une troupe de comédiens : on les comptait par dizaines et centaines, puisqu'une fois les gladiateurs de la ville d'Autun tinrent tète à une armée romaine ^ Les entrepreneurs qui les vendaient ou les louaient étaient donc des personnages d'importance, intelligents, habiles et redoutés entre tous les trafiquants de l'Empire.
C'est d'ailleurs la condition de la plupart de ces marchands d'esclaves. Il n'y a pas de négoce qui exige plus de relations dans les diverses provinces et des aptitudes plus variées. Ils ont à s'informer de tout et à répondre sur tout; ils sont agents de recrutement, placiers en domestiques et en ouvriers, fournisseurs de troupes de spectacles et pourvoyeurs de lupanars; ils pratic^uent toutes les formes du courtage en hommes^ et c'est à travers le monde entier qu'ils échangent les êtres humains. Vilenie du métier mise à part, ce fut le plus grandiose des trafics antiques.
gregarius, marchand d'esclaves en gros; mais la lecture est certaine et l'inscription est bien rédigée et bien gravée (Mazauric).
{. Negotialor familix gladialoriœ k Arles; XII, 727. Pour les empereurs, t. IV, p. 424, n. 4. Il n'importe, pour ce que nous disons ici, que les gladiateurs fussent des esclaves ou des engagés volontaires, nés libres ou affranchis.