‹ Histoire de la Gaule (volume 2)Chapitre 388 sur 415 · T. II, p. 287 et s · texte numérisé non relu

T. II, p. 287 et s

3. Testament du Lingon (XIII, 5708) : Volo autem omne inslruinentum meum, quod ad venanduin et aticupandum paravi, mecum cremari ..., et slellas oinnes ex cornibus alcinis; ici, p. 202, n. 1, p. 201, n. 3.

la fortune, du moins dans la manière de s'en servir. Le Gaulois est aussi fier que Trimalchion ^ du nombre d'hôtes, de clients, de convives, d'amis, de parasites, d'esclaves et d'affranchis qui l'entourent à sa table, paradent dans sa maison, s'occupent sur ses champs ou dans ses ateliers, l'escortent dans la rue et l'accompagnent dans ses voyages ". Pourvu qu'il y ait beaucoup d'hommes qui dépendent de lui, à travailler ou à ne rien faire, il est content. Ses faits et gestes, son départ, son retour donnent lieu à des prières, à des fêtes, à des sacrifices, même à des consécrations d'autels éternels ^ On dirait le passage d'un Dioscure, salué par les vœux et les acclamations de cent fidèles.

Certes, les seigneurs gaulois avaient été des êtres orgueilleux et puissants, férus de leur gloire, forcenés dans leur besoin d'agir, de commander et de paraître. Mais leur individualisme exorbitant n'atteignit jamais à cette vanité à moitié démente que les Trimalchions de toute espèce imposèrent à la Gaule et à l'univers. Enlevé au champ de bataille et aux ambitions politiques, fixé sur les parcs de son domaine et dans les marbres de son palais, le riche transforma l'expression de son orgueil et l'allure de sa vie; au lieu d'opprimer les hommes par la force de sa volonté, il leur imposa l'obsession de son nom, et il accabla la terre sous le poids des bâtisses qui exaltaient sa mémoire. Je songe maintenant au luxe des tombeaux, inconnu de l'ancienne Gaule \ et que l'aristocratie de la nouvelle emprunta aux habitudes de la Rome impériale : luxe qui est la forme la plus banale et la plus insupportable de l'orgueil humain et de son désir d'éternité.

Page 1