‹ Histoire de la Gaule (volume 2)Chapitre 390 sur 415 · Cf. p. 76, 39. T. VI, ch. III · texte numérisé non relu

Cf. p. 76, 39. T. VI, ch. III

suivant le plan que j'ai donné. Qu'il y ait une grande loge où l'on placera ma statue, assise, haute au moins de cinq pieds, en marbre d'outre-mer ou en bronze, mais l'un ou l'autre du meilleur. Sous la loge, qu'on dispose un lit d'apparat, et, de chaque côté, de longs bancs, le tout en marbre d'outre-mer; et que tout cela, les jours où le monument sera ouvert pour la commémoration de mon souvenir, soit recouvert de tapis, de coussins, de couvertures '. » Et alors, du haut de son siège, le mort en statue présidera au banquet de ses amis, ainsi qu'en sa vie faisait Trimalchion dans sa salle de festin.

Ne disons pas que ces monuments et ces repas funéraires étaient affaire de religion, de piété domestique. La religion explique le tombeau et le banquet, mais elle n'est pour rien dans la façon de l'un et de l'autre, dans les marbres et la statue, dans les folles dépenses qu'exige le maître disparu.

Ce n'est que par orgueil de sa richesse qu'il a dicté de telles volontés, qu'il s'est fait bâtir de tels édifices. Jamais, après les empereurs du troisième siècle, pareils mausolées ne s'élèveront sur notre sol. Ni les ducs de Bourgogne ni les rois de France ne songeront à des bâtisses de ce genre, immobilisant pour toujours des arpents de terre, abritant sous une masse de pierre et de marbre les cendres d'un seul homme. Qui veut trouver quelque chose de semblable, doit remonter bien au delà du temps des Romains, jusqu'à celui des dolmens et des collines funéraires-. Encore la sépulture mégalithique était-elle anonyme et devenait vite mystérieuse. Celle du Gallo-Romain était faite pour perpétuer son image et son nom aux yeux et dans le souvenir de tous^ A aucune époque de notre histoire, la présence d'un riche n'a été plus encombrante pour les hommes et pour le sol.

1. C. /. L., XIII. 5708. Cf. le testament de Trimalchion; Pétrone, Sal., 71.

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