III.— GRANDE ET PETITE PROPRIÉTÉ
C'est à propos de ces riches de la Gaule romaine qu'il faut poser à nouveau' la question de l'état de la propriété, de la proportion entre les grands et les petits domaines, des tyrannies ou des servitudes rurales, qui est une des questions capitales à résoudre pour comprendre la vie de tous les peuples et la vie de tous les temps.
Que la grande propriété, dominante au temps de l'indépendance-, ait survécu sans grand changement à la conquête latine, c'est ce qu'on peut d'abord admettre. Rome, nulle part dans le monde, n'aima à bouleverser les conditions sociales chez les peuples qu'elle avait vaincus. César confisqua à ses adversaires de très gros domaines ; mais ce fut pour les donner à ses amis% et, comme il eut de chauds partisans parmi les plus riches d'entre les Gaulois \ la classe des grands propriétaires put conserver son prestige. Nous en connaissons quelques-uns du temps de Tibère : les historiens nous les montrent entourés de leur troupe de clients et de débiteurs, les armant au besoin contre Rome, et ils nous parlent d'eux dans les mêmes termes que Jules César avait parlé d'Orgétorix l'Helvète ou de Vercingétorix l'Arverne ^
Il va sans dire que l'administration romaine imposa à ces hommes des manières plus calmes, plus juridiques ^ Mais elle ne toucha pas à l'essentiel de leur puissance, qui était la terre.
1. Nous avons déjà eu à nous en occuper, au point de vue strictement administratif et politique, t. IV, p. 381 et s.