‹ Histoire de la Gaule (volume 3)Chapitre 161 sur 473 · Cf. p · texte numérisé non relu

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3. Le port et le village de Condat (Condatis = « confluent » ; à Libourne) sert à Ausone pour aller à sa villa de Lucaniacus (Epist., 5, 32 et s.; 22, 1; 22, 2, 40-43; Paulin, Carm., 10, 256 et s.), qu'il faut chercher, non pas à Lugaignac sur la rive gauche, mais assez près de Libourne sur les premières hauteurs du Saint-Émilionnais. Rien n'empêche de supposer que le port de Condat fût le port particulier de la villa d'Ausone (portus oppidi, Ep., 22, 2, 41; cf. p. 131, n. 3). Le lieudit actuel de Condat est au voisinage, mais en dehors de Libourne: mais on sait que ces noms anciens sont sujets à des déplacements. Ce bien de Lucaniacus lui venait certainement de sa femme, fille d' Attusius Lucanus Talisius, qui appartenait à l'une des plus vieilles familles du Rordelais (Parent., 10; ici, p. 129, n. 4).

4. Près du marché rural de Rauranuni [var. Raraunum], qui est Rom, dans le pagus Noverus ou Novarus (qui est peut-être le pagus de Rom), dans le Poitou, mais au voisinage immédiat de Saintes et de la Saintonge, peut-être même sur un terrain disputé entre les deux cités, et à portée d'une église chrétienne de village très fréquentée; Paulin, Carmina, 10, 249 et s.; Ausone, Epist., 8; 12, 5; H, 23; 25, 90 et s. Il est possible que cette villa ait été entre Aulnay et Rom, plus près de la première localité, sur la grande route de Saintes à Poitiers (cf. t. VI, p. 405, n. 1 et 3; Rom est la première station après Aulnay, Jtin. Ant., p. 459, W.). — II est cependant possible, si l'on doit renoncer à concilier tous les textes au profit d'un seul domaine d'Ausone, que le poète eut à la fois une terre près de Rom en Poitou, et une (celle du pagus Noverus) en Saintonge, entre Saintes et Aulnay. Mais j'en doute.

des thermes célèbres qui annoncent déjà les bains de l'avenir pyrénéeai '. 11 conserve d'ailleurs sa maison de Bordeaux'2, assez vaste, je pense, pour y entretenir un nombreux domestique. Son fils est en train de compléter cette belle fortune en y ajoutant des terres dans de lointaines provinces, à Marseille 3 et même en Orient, où il va comme haut fonctionnaire4; et dans quelques années le petit-fils du rhéteur Ausone pourra passer pour un des hommes les plus riches de l'Occident5.

Mélanie la jeune 6, parente de Paulin7, fille et petite-fille de sénateur8, est, elle aussi, une des plus grandes propriétaires d'Aquitaine. Mais elle a également des domaines partout en Occident, en Gaule, en Italie, en Espagne, et même en Sicile et en Afrique9. Plus de vingt mille esclaves étaient à ses ordres

1. Marojalicis thermis; Paulin, Carm., 10, 242 et s.; Ausone, Epist., Il, 26. Je n'ai pas trouvé jusqu'ici en Bigarre de Maruéjols, Marvejols ou Mariéjol, qui serait l'héritier de ce lieu de Marojalum.

•2. Paulin, Carm., 10,240-1 ; Ausone, Epist., 23, 130-1. Il ne serait peut-èlre pas impossible de retrouver l'emplacement approximatif de la maison d'Ausone d'après cette lettre : Paulin débarque au fond du port intérieur, vers la place du Parlement (p. 223, n. 0), gagne et dépasse sa maison (sua prœteriens), qui est à Puy- Paulin (p. 130, n. 6), d'où, en suivant la rue Porïe-Dijeaux (laquelle est une rue primitive), il arrive devant la maison d'Ausone (tua limina puisai), c'est-à-dire vers les rues de Grassi ou du Temple.

3. Lui ou son fils; Paulin de Pella, Eucharisticos, 520 et s.

4. Paulin de Pella, Eucharisticos, 26 et s., 273 et s., 414 et s. II s'agit, je crois, de Hesperius, qui dut aller en Macédoine comme vicarius prœfecli pnvturin. La thèse de Seerk, que Paulin fut Mis, non de Hesperius le liis d'Au-one, mais d'une fille du poète et de son gendre Tludasmis (éd. de Symmaque, 1883. p. Ut XVII et s.), a été surabondamment réfutée (surtout par Brandes, édir. de VEucharistioM, 1888, p. 270 et s.). — Hesperius eut, sans doute à la suite de son mariage, des terres en Grèce et en Kpire (voir n. 5).

5. Voyez l' Eucharisticos dudit pelil-lils. Paulin de Pella. Il a des biens dans le Bordelais (vers 43, 502 et s.), dans le Ba/adais (332 et s.), à Marseille (520 et s.), en Orient (272 et s.), biens qui lui viennent les uns par son aïeul, les autres par sa nirre, ces derniers sparsa per oonpktret urbrs de Grèce et d'É pire (414 et s. .

6. Voyez Bampolla, Santa MeUrnia Ginniore, Borne, 1003, où se trouvent tous les documents relatifs àlasainte; 6, Goyau, Sainte Mélanie (coll. LcsSainls), 9" éd., 1021.

7. Sa grand'mère Mélanie l'ancienne était parente de Paulin: Epist., 20, § 5, /'. t., BX#, c 315.

S. En réalité, en trouve des sénateurs dans sa famille aussi loin qu'on peut remonter, par exemple, du côté de l'ancienne Melanie, jusqu'à l'aïeule de cette dernière: Paulin, A'/.o:/., 2.1. g 8. c. 316.

0. Je suis le texte pn-r de Vllisloria Lnusiaca de Palladius (p. 156, éd. Butler; p. 80, Rampolla), reproduit par le texte latin (Paradisus Heraclidù, § 40, P. L.,

dans les innombrables villas qu'elle possédait sur terre latine1. Ses revenus, disait-on, atteignaient cent vingt mille sous d'or2, et encore n'évaluait-on dans ce chiffre que les espèces encaissées par son intendant3.

On pourrait multiplier ces exemples, citer Rufin, d'Eauze en Gascogne, qui sera le maître de l'Empire comme préfet du prétoire4; Sulpice Sévère, lui aussi clarissime d'Aquitaine5, dont les donations splendides vont faire la richesse de tant d'églises chrétiennes6; les ancêtres de Sidoine Apollinaire, le

LXXIV, c. 333) : on y lit 'AxuTotvia val Ea/A-ou;, ce qui vise les deux diocèses de Gaule et des VII Provinces (p. 20, n. 1). La Vie grecque (§ 11, p. 48, Hampolla) et la Vie latine (§ 16, p. 9) omettent l'Aquitaine, ce qu'il est impossible d'accepter, et ajoutent la Mauretanie et la Bretagne.

1. Ceci est approximatif, et calculé d*après le chifïre de 8000 qu'elle affranchit; Hist. Lausiaca, ibidem. Une de ses possession)1* était un assemblage de 00 villas ou fermes, renfermant 400 esclaves agriculteurs (Vie latine, s 18, p. 13).

2. La Vie latine (§ 15, p. 11, Hampolla) donne certtum viginti mitlia pour animales reditus, sans dire s'il s'agit de sous ou de livres; la Vie grecque (§ 1o, p. 51) donne le même chiffre, mais également sans préciser sur la monnaie, et, du reste, non comme revenu deMélanie, mais de son mari. Or, 120 000 sous feraient I million 870 800 francs, 120 000 livres feraient 135 millions 345 G00. J'aurai peine à accepter ce dernier chill're, d'autant plus que Mélanie ne parlait que de ses propres biens, et encore que du revenu de ses terres. — Sur les discussions provoquées par le texte, Rampolla, p. 181 et s.; Goyau, p. 12 et s. — Il y eut des fortunes bien plus considérables : certains revenus de clarissimes étaient évalués à 40 centaines de litres d'or, soit 288 000 sous d'or; Olympiodore apud Photius, BibliotU., I, p. 63, 15ekker = Pair. Gr., GUI, c. 280 (cf., sur ce texte, Godefroy, III, p. 209).

3. On évaluait au tiers des revenus en espèces ceux en nature (Olympiodore, ibid.). Ce qui fait, pour Mélanie, un revenu total de 100 000 sous d'or, et, pour les plus riches (n. 2), près de 400 000. On pourra évaluer le sou d'or à une valeur absolue de lo francs 665.

4. Claudien, In Hufinum, I, 137 et s. 11 dut arriver à la cour vers 384, peut-être à la suite de l'usurpation de Maxime (cf. t. VU, p. 293, n. 2). On ne sait rien d'ailleurs sur ses biens et leur origine. Mais il est bien évident qu'ils devinrent énormes, et furent acquis par tout l'Empire, congestx cumulantur opes orbisque ruinas ace ipil una domus (ib., 103-4).

5. Aquitanicœ promneve [ce qui exclut la Novempopulanie], vir génère et litteris nobilis (Gennadius. 19). Et il entra par son mariage dans une famille consulaire (Paulin, Ep , 5, § 5).

6. Gennadius, 19; Paulin, Epist., 5, surtout §5.-11 est plus jeune que Paulin (Paulin, id., § 4 et 5;, par conséquent né après 353 (p. 130, n. 2). — Je lui suppose des domaines, provenant soit de ses biens propres, soit de ceux de sa femme (Paulin, Ep., 5, § 5) : 1° dans le voisinage d'Elusone (à l'ablatif; Paulin, Ep., 1, § 11 ; cf. 5, 22), qui est sans doute Font d'Alzonne en Narbonnaise à 29 milles de Toulouse sur la route de Narbonne (Itin. de Jérus., p. 551; W.; cf. t. III, p. 99, n. 4; mais on peut aussi à la rigueur songer à Alzonne près de Carcassonne et môme

futur évêque d'Auvergne * ; et les Magnus Félix de Narbonne % et les Ennodius de La Gayole en Provence 3, et les Afranius Syagrius4, et les Tonances Ferréols5, et dix autres de ce genre, qui, au temps où l'empereur Théodose régnait sur l'Empire, étaient, eux, les vrais rois sur la terre de Gaule6.

à Éauze); 2° dans le Bigorre, où il dut posséder deux villas (l'une dans la localité appelée Sexciacus), distantes de 20 milles l'une de l'autre (Grégoire de Tours, Ingl. confess., 49 : il n'est pas absolument certain qu'il s'agisse de Sulpice) : l'une de ces villas, avec tombe de saint Justin, l'autre, avec celle de Sulpice lui-même [Saint-Sever-de-Rustan près de Rabastens??]; 3° très probablement dans le Berry (un des interlocuteurs des Dialogues est de Sancerre, Gurdonicus, I, 27, 2 [cf. t. III, p. 433, n. 4], et sans doute la scène se passe-t-elle en Berry); 4° une propriété à Toulouse (Epist., 3, 3); 5° je crois également à une propriété dans le Bordelais, au voisinage de celles de Paulin et d'Ausone, sans quoi on ne comprendrait peutêtre pas l'intimité de Sulpice avec le premier, et l'appellation d'Aquitain qu'on lui a donnée (p. 135, n. 5). — Dans laquelle de ces cinq régions faut-il placer le fameux Primuliacus et les deux célèbres basiliques qu'y éleva Sulpice (Paulin, Epist., 31, § 1, c. 325; 32, § 7, c. 334 : écrites en 403 ou 402)? Aucun indice dans les textes ne permet de solution vraisemblable (on en a fait des dizaines, quelques-unes vraiment extravagantes). Je me demande même, vu l'épithète de nostra que Paulin donne à la villa de Primuliacus, si ce domaine n'appartient pas à ce dernier, et non à Sulpice, si la basilique élevée par celui-ci ne l'est pas pour le compte de son ami. A tout le moins, l'expression de nostra semble indiquer que Primuliacus avoisinait les grands domaines de Paulin. En ce cas, Primuliac pourrait être près de Langon, soit sur la rive gauche (par exemple à Preiguac, 'Primiacus, par substitution de radical??), soit, sur l'autre rive, à Sainte-Croix-du-Mont (qu'on aurait ainsi nommé à la suite de l'envoi de reliques de la vraie croix fait par Paulin; Epist., 31, § 1 et 2, c. 325; Sainte-Croix est un centre chrétien très ancien, Corp., XIII, 912). i. Epist., I, 3, 1; III, 12, 5. Originaires de Lyon? Les noms patronymiques paraissent avoir été Sollius Apollinaris. Le grand-père de Sidoine a été préfet du prétoire en Gaule, sans doute en 408 (Sidoine, Epist., III, 12, 5).

2. Magnus Félix, préfet du prétoire en Gaule, puis consul en 460 (Sidoine, Carm., 24, 90-91; etc.; ici, p. 187, n. 5); sans doute de Narbonne; cf. u. suiv.

3. Les ancêtres ou plutôt les alliés de celui de la tombe du Corp. inscr., XII, 338, Ennodius Magnus Félix, fils du Magnus consul en 400 (n. préc. ; Albanès, Deux inscr. métriques, 1886, Marseille). L'évêque de même nom appartient certainement à la même lignée; il était sans aucun doute d'Arles (Ennodius, Epist., VII, 8), sur le territoire de laquelle était La Gayole. — On peut rattacher cette famille ou en tout cas le domaine de La Gayole (ou plutôt de Saint-Julien) à un riche Gallo-Romain du temps des Sévères (t. IV, p. 509-510; Revue des El. anc, 1910, p. 19).

4. Originaires de Lyon? ou plutôt, installés dans la ville avec le princeps generis, qui est le Syagrius consul en 3S2 et peut-être préfet en Gaule en 381 (t. VII, p. 278, u. 1). Cf. Seeck, éd. de Symmaque, p. cix-cxi; Coville, FI. Afranius Syagrius, 1903 (Mélanges Ch. Appleton, dans les Annales de V Université, Lyon).

5. Alliés aux Syagrius (le Ferréol préfet du prétoire eu 433 est lils de la fille <lu connU de :(*2, unie 4) et aux Sidoines (n. 1); cf. Sidoine, Epist., I, 7, 4; VII, 12, 1. Leur principal domaine était à Saiut-Laureut-de-Trèves eu Gévaudan (Sidoine, Carm., 24, 32 et s.; cf. p. 187, n. 5).

6. Ils le devinrent même par délégation impériale, lorsque, au siècle suivant, on choisit volontiers parmi eux les préfets du prétoire de Gaule (n. 1, 2, 5).

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