Ici, p
5. Le principe, dans son application aux clercs chrétiens, est marqué dès Constantin; Code Théod., XVI, 2, 3 et 6; XII, 1, 49. Voir ensuite et surtout la loi de Valentinien en 364 et la loi de 383; Code Théod., XII, 1,59 et 104. Sur la législation en cette affaire, cf. Godefroy, IV, p. 358. — La loi ne parle que de propriétaires curiales; j'ignore ce qu'on décida pour les propriétés de clarissimes : mais nous savons qu'on prit des mesures contre les transferts ou diminutions de leurs patrimoines (C. Th., VI, 2,18, loi de 397); et c'est en vertu de ces mesures que lorsque Mélanie voulut vendre ses biens de Rome, le préfet de la Ville chercha ù les faire confisquer par le sénat, xupÔTat tô> ô^ot;*.) (Vie grecque, p. 54, Itampolla). — Il est à remarquer que Paulin, même après le soi-disant abandon de ses biens aux pauvres ou aux Eglises (cf. p. 337), semble avoir conservé sur les principales de ses terres un droit de contrôle ou de disposition (p. 153, n. 3, p. 163, n. 1) : il est donc possible qu'il en soit resté propriétaire légal et ait dû se borner à des mesures •d'affectation ou à des concessions d'usufruit (cf. Epist., 12, § 12; 5, § 22).
frapper les biens d'Église, et les sénateurs chrétiens à respecter les règlements d'Etat.
En fait, et dès l'origine, la dotation d'une Eglise ne ressemble en rien à celle d'un temple. Les revenus de Mars ou de Mercure servent à enrichir son sanctuaire, à embellir les cérémonies de son culte, à faire vivre grassement ses prêtres : c'est bénéfice pour particuliers, et non service social. Les revenus d'une basilique chrétienne, au contraire, doivent être des bienfaits pour tous, aller aux malheureux de la communauté, faire vivre les pauvres, les infirmes, les naufragés, les malades, les veuves et les orphelins. Ces pauvres, disait-on, sont les vrais propriétaires des richesses de Dieu1; et quand Sulpice Sévère ou Mélanie donnaient leurs terres aux misérables2, c'était, j'imagine, sous la forme de dons ou de fidéicommis aux Eglises ou à leurs prêtres. Le patrimoine ecclésiastique qui se forme et s'accroît, est ou doit être le bien commun de tous les déshérités. De ceux-ci le monde classique n'avait eu ni l'amour ni le souci ni le respect. Bien peu de pauvres vivaient à l'ombre des temples, bien peu de malades y étaient secourus3. On disait même que le seul moyen imaginé par un empereur pour se débarrasser des mendiants d'une grande ville, avait été de les faire embarquer sur un navire et précipiter en pleine mer\ Voici maintenant que les vagabonds ont pour leur part terres et revenus, et que sous les espèces du domaine divin et de la propriété collective, ils prennent enfin leur place dans les cadres de la société humaine.
1. Pauperes divitiis ecclesiarum sustentari; loi de Constantin, C. Théod., XVI, 2, 6. Possessio Ecclesia' sumptus est egenorum; Ambroise, Epist., 18, § 16, P. L., XVI, c. 1177. De même, les richesses foncières des moines (en Orient) ont été constituées izpoyàzv. toO jteTaSiSévon nivrwv t::m/o:ç (Zos., V, 23,8). Cf. t. VII, p. 137-138.
3. Cf. t. VI. p. 291. C'est ce que faisait remarquer Ambroise (ibid.) : IS'umerent quos redemerint templa captivos, quse contulerint alimenta pauperibus, quibus exsulibus subsidia ministraverint.
4. Lactance attribue le fait à Galère; De m. p., 23; cf. ici, p. 174-5.
Mais le principe était trop beau pour être toujours appliqué.. Déjà bien des évêques affectaient les ressources du diocèse à l'entretien de leur propre maison \ oubliant qu'ils n'étaient que les dépositaires et les gérants de la richesse des pauvres. Et l'on pouvait redouter qu'en faisant main basse sur la fortune des temples païens, l'Église ne fût atteinte de l'esprit dont étaient imprégnées leurs pierres 2.
Domaines d'églises, de décurions, de sénateurs, de cités ou d'empereurs se ressemblent tous en leur structure territoriale, leur mode d'exploitation et leur population de travailleurs3. En passant d'un maître à l'autre, une villa gardait aux mêmes places sa résidence seigneuriale, ses bâtiments pour les services communs et ses cabanes de paysans, toutes demeures presque aussi immuables que les sources de ses coteaux, que la glèbe de ses champs ou les bois de son horizon. Elle restait une unité de l'espace et une unité sociale, l'organisme encore iné-