VIII. — LE CHRISTIANISME ET L'ESCLAVAGE
Revient-il une part au Christianisme dans cette transformation de l'esclavage, passant du service de l'homme au service de la terre?
Il ne l'a certes pas imaginée. Elle s'est faite peu à peu, elle est résultée des nécessités de la culture, de la difficulté qu'avait le régisseur d'un grand domaine à garder en main des centaines d'esclaves, à surveiller leur travail et à contrôler leurs apports : la tenure servile, l'exploitation parcellaire, avait des avantages semblables à ceux qu'offrent de nos jours le fermage et le métayage; elle dispensait des comptes, des ennuis et des incertitudes de la gestion directe; et dans les temps difficiles que la propriété traversa au troisième siècle, elle assura une moyenne de revenus sous un minimum de surveillance. La religion nouvelle ne fut pour rien dans ces changements apportés à la vie des hommes et à la vie du sol. Mais les plus intelligents et les meilleurs d'entre les Chrétiens n'ont pu méconnaître le bénéfice qui en résulterait pour la dignité humaine et le relèvement du misérable; et je crois qu'ils ont aidé à l'œuvre de l'avenir en
1. Hier» ne prouve qu'on doive rattacher la pratique de la tenure servile dans la Gaule romaine à l'usage similaire que Tacite signale chez les Germains {Germ., J3: p. 158, n. 0). On peut toujours admettre que pareille institution existât cbea les Gaulois et «liez les Romains eux-mêmes; cf. p. ICI, n. 1, p. ICO, n. 2. Il est seulement possible qu'elle se soit développée à partir de Constance Chlore comme modalité d'emploi de la main-d'œuvre barbare (cf. t. VII. p. C4 et s.).