XIII. — LES GENS SANS AVEU
Mais il restait toujours, dans les villes aussi bien que dans les campagnes, des gens qui savaient vivre en dehors de tous les cadres, des hommes sans aveu, sans feu ni lieu. Il faut bien que l'historien les mentionne, presque au même titre que les clarissimes et les décurions : car leur nombre est déjà très grand2, et il ne cessera de croître au cours des malheurs où sombrera l'Empire3, et ces misérables joueront leur rôle dans ces malheurs et dans cette chute. Assurément, les grandes villes de la Gaule, pas même Trêves, Arles ou Vienne, n'avaient une populace comparable à celle de Rome, de Constantinople ou d'Alexandrie, toujours prête à l'émeute, uniquement occupée à s'enivrer dans les tavernes, à dormir sur les gradins des théâtres, à se quereller en jouant aux dés, à discuter sans fin sur les mérites des couleurs du cirque; et cette populace était si ignoble et si inutile*, qu'on se prend parfois à croire le récit répandu par les