Pour les marbres, p
3. Voyez ce que dit Sidoine Apollinaire à propos de sa villa d'Avitacus, qui parait avoir été construite bien après 300 (Epist., VIII, 2. 7-8: cf. p. 185, u. 3) : habent tuguria mea civicum frigus. ce qui veut dire, je suppose, que la bâtisse de la villa est faite avec de la pierre froide du pays [Barret traduit, dans un sens tout dilférent, « la fraîcheur naturelle du pays »]; et il ajoute qu'on y voit columnœ quas purpuras nuncupavere : il doit s'agir du porphyre d'Auvergne [à
horizon et localisé sa vie. Dans les villes et les villages, ce sont boutiques de potiers ou de forgerons pour l'usage de la plèbe du pays1; et dans les villas de la campagne, ce sont ateliers de même genre pour les services du seigneur du lieu2. '
Le commerce a, lui aussi, réduit ses ambitions. C'est lui, évidemment, qui souffre le plus de l'insécurité des routes et de leur médiocre entretien. Car durant tout ce siècle, depuis l'arrivée de Maximien jusqu'à. la mort de Théodose, on vit rarement un empereur s'appliquer avec suite à la réfection des voies publiques : Constance Chlore et Valentinien se sont intéressés au chemin militaire qui va de Paris à Autun par la rive gauche de la Seine3, Constantin s'est occupé de la route qui traverse les Cévennes, de la Loire arverne au Rhône du Vivarais4; et il a dû y avoir, surtout sous les règnes du premier
moins qu'on ne voie là, comme on l'a dit, une simple métaphore, les colonnes comparées aux bandes de pourpre des vêtements]. — L'examen des pierres tombales du ve et du vi" siècle permettrait sans doute de relrouver les carrières de pierre encore exploitées.
1. Il y eut dans les campagnes et surtout sur les grands domaines des fîguli et des f abri, coloni vel rustieani, travaillant pour le compte du voisinage, qui manu victuin rimantur (Gode Théod., XIII, 1, 10). Sur les ouvriers des villes, Code Th., XIII, 4, 2.
2. Sur les ouvriers des riches propriétaires, cf. t. V, p. 267, n. 4, p. 310, n. 3; voyez à ce sujet le texte si net de Paulin de Pella, qui possède dans sa villa artifices, diverses artis cito jussa explere parati (Euch., 210-211).
3. Corp. inscr., XIII, 8974 (cf. t. VI, p. 416, n. 1, t. VII, p. 91, n. 2); Revue des Et. anc, 1919, p. 150 et 145. 11 y a peut-être un lien entre la réfection de cette route et l'établissement de Sarmates sur sa ligne (p. 85, n. 2). — Les deux routes, rive gauche et rive droite, devaient se réunir peut-être dès Montereau, en tout cas à Sens.
4. Milliaire du pont de la Baume, XII, 5584 : également (cf. n. 3) en relation possible avec l'établissement de Sarmates (p. 85, n. 2; cf. t. VII, p. 66, n. 8). — C'est Constantin qui, de tous les empereurs de ce siècle, s'est le plus occupé de réparer les routes, en particulier celles du Midi : mais cela, peut-être surtout dans les premières années du règne, ce qui me fait croire qu'il n'a souvent fait que continuer des décisions de son père.
Constance et de son fils, bien d'autres efforts sérieux de grande voirie '. Mais comme cela fut peu de chose au regard de l'œuvre des temps antérieurs 2 ! Dans ces cent dix ans de paix relative, nous trouvons sur les voies impériales de la Gaule dix fois moins de bornes milliaires que dans le siècle précédent, qui vit une si longue succession de malheurs 3. La poste d'Etat, pourtant, fonctionnait bien : mais je me demande si elle passait ailleurs que sur quelques routes bien choisies4, entretenues avec soin, abondamment pourvues de forteresses5, d'auberges et de relais6,
1. Cf. la note précédente. — Julien paraît avoir eu également un particulier souci de la réfection des routes (G. Th., XV, 3, 2; cf. Epist., 27= 98, p. 155, B. et C), et c'est sans doute à lui que nous devons le dallage supérieur de la rue Saint-Jacques à Paris (cf. t. VII, p. 21, n. 3).
2. Il faudrait pouvoir examiner si la nature de ces nouvelles constructions est la même que sous le Haut Empire (t. V, p. 108 et s.). J'en doute : ce que nous voyons des grandes rues du iv° siècle dans les villes (à Paris et Autun) paraît un pavage d'un travail bien médiocre et rapidement fait; cf. t. VII, p. 21, n. 3.
3. Cf. t. IV, p. 556, n. 3. Remarquez en particulier la rareté des bornes de ce temps dans les Très Galliœ et même sur le Rhin.
4. Vise militares, célèbres; p. 181, n. 2 et 5, p. 55, n. 2. — Des cols des Alpes, il semble que celui des Alpes Grées (Petit Saint-Bernard) ait été peu à peu abandonné : Zosime ne signale que les Alpes Pennines (Grand Saint-Bernard), les Alpes Cottiennes(mont Genèvre) et les Alpes Maritimes ou passage par la Corniche (Zosime, VI, 2, 12). Mais c'est le Genèvre qui est de beaucoup le plus fréquenté, avec arrivée sur Valence par le col de Cabre (t. VII, p. 183, n. 5, et renvois; Itinéraire de Jérusalem, p. 554-5, W.); et voyez la description d'Ammien (XV, 10, 2 et s.). De là, la multiplicité de bornes milliaires de Gap à Valence, en particulier autour de Saillans (Darentiaca; Corp., XII, 5502-0) : c'est là le seul point des routes de la Gaule où les efforts des empereurs ont été constants au iv' siècle. Le Grand Saint-Bernard paraît négligé après Constantin, qui s'en est occupé (t. VII, p. 90, n. 11, p. 54). — Plus loin, la route du Splugen, t. VII, p. 320, n. 5, p. 73, n. 7. —Aux Pyrénées, le Pertus demeure prépondérant (t. VII, p. 89, n. 4. p. 151, p. 150, n. 3).
5. Il y avait sans doute également des postes aux endroits dangereux des forêts (Rutilius, I, 41 ; cf. p. 206, n. 2).
6. Cf. p. 52-54. — C'est peut-être ce qui explique la rapidité persistante de certains trajets : de sept à huit jours d'Eluso (Font d'Alzonne, t. III, p. 99, n. 4) à Barcelone par le Pertus (Paulin à Sulpice, en 394, Ep., 1, §11, c. 159), do 41) à 50 k i I . par jour, sans doute à pied (il s'agit d'un voyage fait par un esclave, courrier de Sulpice Sévère; cf. p. 209, n. 2). — Maximin,en Orient, peut faire, à cheval, eu 313, 160 milles en moins de 36 heures (Lactance, De m. p., 47). — De Milan à Cologne parle Genèvre (1000 kil.), aller et retour en 28 jours; t. VII, p. 167, n. 8. — De Marseille en Berry [?] en 10 jours: Sulpice, Dial., I, 1,3 [car je crois de plus en plus que les Dialogues se passent en Berry, et peut-être même allourges]. — En revanche, il y a des retards extraordinaires : Paulin (à Barcelone) reçoit en même temps trois lettres des quatre que lui a envoyées successivement Ausone (de Bordeaux) en quatre ans; une s'est égarée ou retardée (Carmina, 10,1 et s.; autres combinaisons au sujet de ces lettres chez le- éruditS, p. 213, n. 3). Sulpice Sévère et Paulin
sillonnées d'agents et d'inspecteurs '. Et quant aux chemins d'à côté, qui ne servaient qu'aux particuliers, tout y était laissé à l'abandon, à l'horreur des ornières et à l'effroi des solitudes2. C'est ainsi que sous les Bourbons le superbe « pavé du roi » faisait contraste avec la misère des chemins vicinaux.
Le commerce se sentait plus libre sur les voies fluviales. C'est par eau que s'approvisionnent les châteaux riverains du Tarn, de la Dordogne et de la Garonne*. Dès qu'on le peut, on quitte la route pour la rivière : si l'on va de Dax à Bordeaux, on aime à prendre un bateau à Langon4; de Bordeaux à Saintes, on descend la Garonne jusqu'à Blaye5; de Trêves à Arles, on rejoint la Saône à Chalon, et l'on s'y embarque6. Chalon n'a pris son importance municipale que parce qu'il est tète de ligne sur la plus longue voie fluviale de l'Occident7. Et c'est aussi pour cela qu'Arles n'a rien perdu de son mouvement et de sa richesse, qu'elle est devenue le grand entrepôt de la Gaule8, qu'elle a enfin dépassé Narbonne
se bornent, à cause des difficultés des routes, à échanger une lettre par an (vias duras: Paulin, Ep., 28, § 1, P. L., LXI, c. 308).