De Pachtere, p
3. Cf. t. III, p. 447-448. Le mur romain a dû reprendre sur ce point la place et le tracé de l'enceinte gauloise. Et c'est, constaté une fois de plus (t. VU, p. 26-7; ici, p. 222), le retour à l'état d'avant la conquête.
4. Ou 9 mètres : c'est la mesure donnée par Grégoire de Tours pour les murs de Dijon (Hist., III, 19). Cf. Blanchet, Enceintes, p. 257.
5. Soit 4 mètres ou davantage; Inscr. rom. de Bordeaux, II, p. 286. Quinze pieds à Dijon (Grégoire, ib.). Cf. Blanchet, p. 257-259.
6. A Bordeaux, 46 tours (Drouyn, p. 104) pour 2350 mètres; à Dijon, 33 tours (Grégoire de Tours, Hist., III, 19) pour 1500 mètres. Blanchet (p. 266) trouve, comme intervalles, suivant les villes, de 25 ou 30 mètres (Senlis et Dax) à 104 mètres (Sens) : ce qui semblerait indiquer que les tours étaient d'autant plus rapprochées que le périmètre était moins étendu. Mais il peut y avoir des exceptions : à Strasbourg (1800 mètres), on parle maintenant (Forrer) d'un intervalle seulement de 22 à 25 mètres.
7. Turribus altis ardua, dit Ausone de la muraille de Bordeaux (Urbes, 140-141). On croit (et cela est confirmé par les tigurations des remparts de Londres, Trêves et Mayence, p. 201, n. 1) que les tours devaient dépasser les remparts d'une hauteur égale au moins à la moitié de la hauteur de ces remparts; voyez à
nature, renflées en demi-cercle à l'extérieur1. Elle ne s'entr 'ouvrait que pour laisser passer les grandes routes, par quelques portes étroites, basses et tristes, presque toujours sans ornement : Paris n'en avait que deux, à l'extrémité de ses deux ponts2; Dijon, petite bourgade de carrefour, en avait quatre3; on allait peut-être à davantage dans les villes où se rencontraient des chemins d'Empire1. Mais c'était à peine de quoi circuler, de quoi respirer l'air du dehors.
La ville, vraiment, étouffait là-dedans. Il n'y avait place ni pour belles avenues, ni pour vastes marchés, ni pour grands monuments. Les rues principales de l'origine avaient dû perdre de leur largeur sous l'empiétement des maisons riveraines5. Ceux des anciens temples qui n'avaient pas été transformés en églises, disparaissaient peu à peu sous une végétation parasite d'échoppes ou de masures, qui montaient à l'assaut de
Senlis (Congrès archéologique de 1866, p. 30 et s.; de 1877, p. 436 et s.). Elles devaient être, d'après ces mêmes figurations, couronnées de hautes couvertures coniques, sans doute terminées par quelque « épi >• plus ou moins arrondi (p. 201, n. 1). — 11 n'y a pas à parler ici des tours de la Forte Noire à Trêves : tours et portes sont complètement suivant le dispositif classique (cela est reconnu même par Grenier, Congrès arch., LXXXV, Rhénanie, 1922, paru en 1924, p. 26-27; cf. ici, t. VI, p. 227), et complètement étrangères à l'architecture militaire d'après Dioclétien; il faut donc les placer au plus tard sous les empereurs gaulois (cf. t. IV, p. 579, n. 6).
1. Le plus souvent; mais parfois carrées : je ne parle que de l'extérieur. A l'intérieur (par exemple à Senlis, à Garcassonne), saillantes en carré. Les tours d'angle, en trois quarts de cercle.
2. De Pachtere, p. 145, d'après Grégoire de Tours, Hisl., VIII, 33.
3. Qualtuor porlx a quattuor ptagis inundi; Grégoire, Hist., III, 19: sans parler des deux portes par où passait la rivière du Suzon. — Dijon n'est pas oivitas, mais vicus fortifié de la cité de Langres, et le plus important. Périphérie, 1500 mètres; surface, M hectares.
4. On en a signalé 14 à Hordeaux (Drouyn, p. 6); je doute maintenant (comme Blanchet, p. 267) qu'elles soient toutes contemporaines et primitives. Mais il est possihle qu'il y en ait eu à l'origine 9, deux par chaque côté du rectangle, et en plus la porte du port (p. 22.'i, n. 6) : le vers dWusone (Urbes, 144), respondenles directa in cOtApltà portas, s'expliquerait mal s'il n'y avait eu qu'une porte parente.
5. Ausone, dans ses r>/«\s (142 et s.), marque le type schématique des rues et places de Bordeaux : Ùistinétas interne vins inirere, domorUtti dlspOsitUtfi, et latat nomen servare plateas [ici place! plutôt que rue principale? t. V, p. 56, n. 2|; mais il décrit iM réalité dans Une lettre (Epist., 10): Angustas fervere via* et cottgrege vulgo nomen perdere plateas. Gf. t. V, p. 52-55.
leurs terrasses ou de leurs portiques1. De misérables logements s'étaient incrustés dans les ruines des thermes ou les recoins des théâtres 2. Les remparts mêmes étaient encombrés à leur base de maisonnettes ou d'appentis en bois3; et si un ennemi metait le feu aux portes, une partie de la ville risquait de brûler4. Sous la ceinture de cette muraille, dans ces rues où le soleil ne pénètre que timidement, à travers ce fouillis de bâtisses enchevêtrées, on a l'impression d'un peuple qui a peur, qui s'entasse et se serre et se replie. Rien ne fait place à l'air libre, n'ouvre au regard quelque lointaine vision de clarté ou de mouvement. Paris ne voit plus la Seine que par les échappées de ses deux portes5. Bordeaux ne connaît plus la Garonne que par l'estey de la Devèse, qui lui apporte les eaux de la marée montante 6.
Car à Bordeaux, et sans doute dans d'autres villes fluviales, le port n'est pas aux berges de la rivière, il est à l'intérieur même de la cité; la Garonne sert à transporter les barques et les
1. Cf. n. suiv., et G. Th., XV, 1, 25 (pour Constantinople) : Turpe est publici splendoris ornatum privatarum œdium adjeetione conrumpi. Ces édifices parasites étaient ceux que l'on appelait parapetasia (n. 3).
2. Voyez le texte si important d'Orose, VII, 22, 8 : In magnarum urbium ruinis parvx et pauperes sedes; cf. t. IV, p. 600, n, 3.
3. Le mal sévissait môme à Home (C. 77»., XV, 1, 39) : œdijîcia, quae vulgi more
parapetasia nuncupantur, vcl si qua alla opéra publicis mœniis cohxrent, ut ex his
angustentur spatia platearum vel minuatur porticibus latitudo. Le mal ne fera que s'accroître sous les rois francs, et explique comment les rues de l'époque romaine ont si vite perdu leur largeur et régularité originelles.
4. Voyez à Suse lors du siège de 312 (Paneg., X, 21; t. Vil, p. 108) : cum portarum inflammatio ignetn laie distulisset. La chose est du reste indiquée par le Code Théodosien (ex his incendiwn; XV, 1, 39).