T. VI, p. 287, n. 1; ici, p. 229, n
8. Cf. p. 304 et 324. Même peut-être à Sion en Valais, en admettant qu'il soit encore civitas (ici, p. 229, n. 5).
Elle a aussi son cimetière, et là encore le Christianisme a fait pénétrer ses joies ou ses rêves. Ce cimetière s'étend, comme autrefois, en dehors des remparts et dans le voisinage d'une grande route. Mais il s'est rapproché des demeures et des vivants, il ne s'allonge plus sur les bords des chemins, il ramasse ses tombes ' en groupes alignés, formant le faubourg des sépultures ou la ville des morts presque à la porte de la cité des vivants2 : telles, la nécropole de Saint-Marcel à Paris, près de la route d'Italie^, celle de Saint- Victor à Marseille, face à l'entrée du port4, celle de Saint-Seurin à Bordeaux, sur le chemin de la campagne !i, et, bientôt plus célèbre que toutes,
1. L'abandon général de l'incinération (Macrobe, VII, 7, 5), et par suite la généralisation des sarcophages, qui exigent beaucoup plus d'espace, ont dû amener le développement des cimetières.
2. Au point de vue topographique, j'entrevois trois éléments au pourtour immédiat des enceintes municipales : 1° le pomerium, dont il est encore question à la fin du ive siècle (loi de 400, C. Th., X, 3, 5); 2° les vici ou quartiers suburbains : par exemple, à Toulouse, les quatre urbes (dans le sens de vici) formées des éléments de l'ancienne enceinte non compris dans la nouvelle enceinte réduite (cf. t. VI, p. 357, n. 1), et, de même, les vici de Sens, de Clermont, de Tours et de Paris mentionnés plus loin (p. 236, n. 1) : il est possible que quelques-uns de ces vici aient porté spécialement, et de très bonne heure, le nom de la civitas [l'expression étant prise dans le sens de capitale] : victis Parisiorum (p. 236, n. 1), à rapprocher de vikani Agiedincenses {Corp., XIII, 2949), qui peut se rapporter à un faubourg (VAgedincum ou Sens; 3° les cimetières, plus ou moins mêlés aux vici, mais sans doute en dehors du pomerium. Ce n'est qu*au delà que commençait le terroir rural. L'étude des limites des plus anciennes paroisses municipales permettrait peut-être de retrouver des traces de ces zones dans certaines villes. — Il faut enfin faire place, dans cette région suburbaine, aux Champs de Mars (t. VII, p. 223 et 225, p. 239), toujours conservés comme lieux de rassemblements militaires et sans doute rendez-\ous des grandes foires à bétail, et peut-être aussi comme centres d'assemblées populaires (cf. t. V, p. 55).
3. De Pachtere, p. 137 et s. Il a dû prolonger et remplacer le cimetière païen de la rue Pierre-Nicole, situé presque à la même hauteur sur la route d'Orléans. Des fouilles seraient intéressantes à faire entre ces deux roules sur les terrains de l'hôpital du Val-de-Grâce.
4. A Marseille, le cimetière .chrétien parait continuer sur place h; cimetière païen (cf. t. VI, p. 315, n. 7) : inscriptions païennes et chrétiennes se sont rencontrées aux mêmes endroits (bassin de Carénage; Corp., XII, p. 59-64): niais il est possible que les tombes chrétiennes aient tendu à remonter vers Saint-Victor, du côté du rocher où l'on enterra le martyr.
5. Inscr. rom. de Hordeaux, II, p. 19; Courleault, Revue des Et. anc, 1910, p. 67. Nous sommes là au contact d'un chemin rural (vers Saiut-Médard-cn-Jalle); et il est possible que ce cimetière chrétien ait été le prolongement (avec rapprochement du côté de la ville) du cimetière païen de Terre-Nègre (celui-ci, au voisinage de la grande voie du Médoc; cf. Inscr. rom. de Bordeaux, I, p. 419).
celle des Champs Élysées d'Arles, aux abords de la vieille voie marseillaise1. Là, très peu et peut-être point de mausolées grandioses 2, à la façon de ceux qui se dressaient autrefois aux approches des villes ou aux lisières des villas 3 : toutes les tombes se ressemblent, ce sont de vastes sarcophages de pierre où le riche défunt ne se signale que par le luxe du marbre, par l'élégance des sculptures ou par l'orgueil d'une inscription4; mais dans ce milieu de morts chrétiens qui vont rejoindre leur Dieu, son corps n'occupe pas plus de place que celui du dernier des misérables. Le tombeau encombrant et dominateur, qui a pesé si
1. A Arles comme à Marseille (p. 232, n. 4), inscriptions et tombes païennes et chrétiennes se mêlent; mais il a dû y avoir de très bonne heure une localisation des sépultures de fidèles autour de la tombe d'un évèque (tombe de Concordius sous Valentinien? XII, 942; d'Héros, le disciple de Martin? XII, 946 [texte très suspect]; surtout d'Hilaire, mort en 449; XII, 949% Toutefois, la topographie de ce cimetière reste à faire. 11 a dû certainement sa vogue au rôle politique d'Arles (t. VII, p. 117, 159-160). Remarquez qu'il n'a point gardé le nom d'un saint. Le nom d'Aliscamps viendrait, dit-on, de Campi Elysii, mais je ne suis pas sur qu'il soit antique : les Chrétiens ont pu le donner, l'expression ne répugnant pas à leur langue funéraire (cf. nemus sElysium à Vienne; Corp., XII, 2124). Et il peut y avoir une étymologie banale, un simple nom d'homme. Nous sommes là sur la route de Marseille (t. V, p. 94, n. 3; Constans, p. 361 et s.; Corpus, XII, 5494). — Ajoutez, comme cimetières célèbres, les « polyandres >• d'Autan, surtout celui de Saint-Pierre-FÉtrier [strata], sur la route de Besançon; Grégoire de Tours, Gloria confessorum, 72 ; cf. de Fontenay, p. 233 et s. Sans doute aussi celui de Saint-Irénée à Lyon, où on a découvert la plus ancienne inscription chrétienne datée de la Gaule (de 334; Corpus, XIII, 2351; cf. Allmer, Musée, IV, p. 9 et s.), et qui certainement était au contact de l'ancien cimetière païen de la porle Saint-Just et de ses routes (cf. t. VI, p. 518, n. 3). Celui de Valcabrère aux abords immédiats de Saint-Bertrand (Lugdunum Convenarum), lui aussi ancien cimetière païen (épitaphe d'un presbyter chrétien, datée de 347, la plus ancienne inscription de Gaule avec le chrisme; Corp., XIII, 299). — Et il a pu s'en former d'aussi populaires, d'aussi encombrés de tombes, dans les sanctuaires ruraux fondés par les évéques évangélisateurs de la fin du iv" siècle (t. VII, p. 278, n. 3, p. 273, n. 3). Dans ce cas, le cimetière, devenu lieu de pèlerinage chrétien, remplacera ou rétablira les assemblées des sanctuaires et foires des temps païens (t. V, p. 46 et 152; cf. t. VII, p. 16, t. VIII, p. 213). Il faudrait étudier à cet égard les extraordinaires champs de tombes qu'on rencontre dans certaines localités rurales de France; voyez à Civaux en Poitou (Maximin Deloche, L'Énigme de Civaux, 1924). — Sur les martyria, p. 317, n. 8.
2. Je n'en connais pas pour le ive siècle. Tout au plus construisait-on une petite chambre au-dessus de la tombe d'un saint ou d'un évoque, parvula basilica, oniluriiim, ou plutôt cellula, par exemple sur la tombe de saint Martin (Grégoire, Hisl., X, 31, p. 444, cf. p. 448) ou de Crescentia (p. 320, n. 8).