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souvent sur le sol de la terre depuis l'époque des mégalithes1, a cessé pour quelque temps d'imposer sa masse et sa hauteur aux regards des hommes.
Mais la tombe, elle, la demeure du mort, s'impose plus que jamais par sa sainteté. Parmi ces sarcophages, il en est qui attirent les pieuses passions des fidèles, et auxquels ces hommes apportent leurs souvenirs, leurs prières, leurs espoirs : ce sont les sépulcres où, croit-on, reposent les corps des héros de l'Eglise, martyrs du temps des combats, évêques du temps des triomphes. C'est pour les voir et les toucher que des multitudes accourent aux nécropoles. A leur contact des miracles se produisent dans ces troupes d'exaltés, une vie intense s'agite sur le sol du cimetière, et les vivants n'aspirent plus qu'à venir un jour reposer auprès de ces morts bienheureux, à revivre pour ainsi dire avec eux, associés dans le rêve céleste du Chrétien2. Bientôt, un oratoire surgira à côté ou au-dessus de la tombe du saint le plus illustre3 : il sera le centre de l'Eglise des morts et comme le lieu de leur assemblée ; et le saint donnera son nom à toute la cité des défunts réunis autour de lui, l'évêque Seurin à la nécropole de Bordeaux ou le martyr Victor au grand cimetière des Marseillais4.
Dans quelques années même, ce sera une activité encore plus forte et plus continue qui se développera aux alentours de ces tombes. Jamais le monde n'aura perçu avec une clarté plus grande que la mort peut engendrer la vie, que le sépulcre peut
1. Cf. t. I, p. 153, t. VI, p. 206. Il est à remarquer que la modestie de la tombe, qui est une des caractéristiques du Christianisme originel, se retrouve cependant à l'époque proprement celtique (cf. t. II, p. 172), ce qui ne peut s'expliquer que par des analogies de mentalité religieuse. Cf. p. 346, n. 2.
2. Les épitaphes disent socius sanctorum, socialus sanctis; Corp. inscr., XII, 944, 2115; etc.