L'INTELLECTUALISME DE LA NOBLESSE
où s'abritaient les croyances et les illusions du monde antique près de finir.
Qu'on ne se trompe pas en lisant les œuvres du plus fameux l poète de ce siècle, le Bordelais Ausone2 : ce sont les passetemps d'un grand seigneur et non pas les tâches régulières d'un écrivain de profession. Ausone est évidemment un poète impénitent, et il a dû versifier dès sa plus tendre jeunesse, à l'Université où il a été tour à tour étudiant et maître : mais, devenu très riche, grand propriétaire, clarissime, haut fonctionnaire et consul, il versifie plus que jamais, et avec une telle ardeur, qu'il semble faire de la poésie l'obligation de sa qualité de sénateur. C'est en vers qu'il correspond avec ses amis8; et c'est dans son milieu d'aristocrates que le Christianisme de Gaule recrutera son plus grand poète, Paulin, et son plus grand historien, Sulpice Sévère*. Si parmi les évêques nous en trouvons qui
1. Les preuves abondent en faveur de sa renommée: lettre de Théodose, en tête des œuvres d'Ausone, avec le mot admiratio ingenii et la demande d'un exemplaire de ses ouvrages (ne fraudari me scriptorum tuorum lectione patiaris)\ Symmaque le compare à Virgile et à Cicéron (Epist., I, 14 [8]; 31 [25]; voyez du reste tonte la correspondance de Symmaque avec Ausone, Symmaque, Epitt., I, 13-43, Seeck, laquelle parait s'élendre de 370 à 379); Paulin de Noie, Carm., 11, 38 (vix T allias et Maro tecuin sustineant xquale jugum).
2. Né vers 310, mort sans doute peu après 39:i; voyez, sur la discussion des dates, l'édit. Schenkl, p. vi et s. — Édition Schenkl, 1883, dans les Monumenta Germanise historica; édit. Peiper, 1886, dans la collection Teubner. La grande édition ancienne de Vinet (Bordeaux, 1580), est encore fort précieuse par son commentaire. Sur l'établissement du texte, voir surtout de La Ville de Mirmont, Le Manuscrit de Vile Barbe, in-4, Bordeaux, 1917-9. On trouvera la bibliographie relative à Ausone, outre les livres généraux (p. 242, n. 1), dans les deux éditions allemandes, et à l'article Ausonius, de Marx, dans la Real-Encyclopxdie, II, 1896; en dernier lieu, Martino, Ausone et les Commencements du Christianisme en Gaule, Alger, 1906 ; Éd. Bourciez, Autour d'Ausone, dans la Revue Méridionale du 15 décembre 1923; autres, n. 3.
3. L'exemple peut-être le plus saisissant de l'importance intellectuelle et morale des lettres et en particulier de la poésie, se trouve dans la correspondance en vers d'Ausone et de son élève le Chrétien Paulin (Ausone, Epist., 19-25 [écrites en 390-3]; Paulin de Noie, Carmina, 10 et 11 [écrits en 393]). Sur le caractère et la chronologie de ces lettres (cf. ici, p. 204, n. 6, et p. 273) : Puech, De Paulini Nolani Ausoniique epistularum commercio et communibus studiis, Paris, 1887; Villani, Osservazioni intorno aile epistole scambiate fra Ausonio e Paulino, Verceil, 11)1)2; de Labriolle, La Correspondance d'Ausone el de Paulin de Noie, 1910. C'est un des épisodes les plus touchants de la vie intime de la Gaule en ce temps-là : Ausone avait plus de quatre-vingts ans.