Ici, d'abord p. 130-135, puis p
méprisent la littérature, comme Martin de Tours1, soyons sûrs qu'il sort d'un petit monde 2, et que Paulin son disciple ou Hilaire son maître trouveraient sans doute exagéré son dédain des belles-lettres et du beau langage. Lorsque le pieux petitfils d'Ausone, octogénaire et prêt à paraître devant son Dieu, voulut faire la confession publique de sa longue vie, c'est sous forme de poème qu'il l'écrivit3. Le seul livre de science que nous ayons de l'époque, un traité Des médicaments, est l'œuvre d'un très grand personnage, le Gaulois Marcellus, maître des Offices au palais de Théodose4.
Car une fois réglés les soucis de la terre et du pouvoir, Je sénateur ne vit plus qu'avec ses Muses. Vraiment, elles sont pour lui autre chose qu'un nom ou une figure, elles sont de vraies déesses, et il respire par elles presque autant que le Chrétien par son Dieu. Les grandes villas de Gaule ressemblaient à des temples qui leur seraient consacrés. On en décrivait en de petits poèmes les salles et les décors, les jardins et les fontaines5; des dédicaces en vers, composées par le maître, y ornaient les socles des statues6; des scènes y étaient amé-
1. Il semble bien qu'on lui en ait fait un reproche; Sulpice Sévère, V. Mart., 25, 7 (Sulpice a peur, quand il vante la science et l'éloquence de Martin, de rencontrer multos ad hanc parlera incredulos).
2. 11 est fils de soldat ou d'officier; cf. t. VII, p. 255, n. 4.
3. Paulin de Pella, Eucharisticos, 12 et s. (il écrit en 459, après ses quatrevingt-trois ans révolus). Cf. p. 279, n. 3.
4. Le recueil De medicamentis est précédé d'une lettre préface portant Marcellus vir inlusler ex magislro officiorum Theodosii sen(ioris) filiis suis salutem d(at). Il a été magister officiorum en 395; Code Théod., VI, 29, 8; XVI, 5, 29. Sa qualité de Gaulois résulte de ceci, qu'il appelle dans sa préface Siburius, Eutropius atque Ausonius [il s'agit du père d'Ausone, qui était médecin; ici, p. 169, n. 4], cives ac majores nostri. On a supposé, par suite, qu'il était Bordelais ou Bazadais comme Ausone le médecin : cela n'est point prouvé, civis pouvant parfaitement s'entendre de la Gaule (cf. p. 383, n. 4). Il n'y a aucune raison de lui donner le surnom de Empiricus. — Éditions Helmreich, 188!) (collection Teubner), et surtout Niedermann, 1916 (collection du Corpus medicorum Latinorum- rendra de 1res grands services). Cf. p. 280 et 285.
5. Cf. Ausone, De hcrediolo, saluant son domaine familial à son retour de la Cour.
6. Ausone, Eplgr., 30 : Mixobarbaron Liberi Patris signo marmoreo in villa nostra [Lucaniacus; cf. p. 133, n. 3] omnium deorum argumenta habenti. Je conserve mixobarbaron, tout en ne voyant pas exactement ce que cela signifie; peut-être une