L'INTELLECTUALISME DE LA NOBLESSE
nagées, et l'on y jouait des pièces de théâtre, œuvres toujours applaudies du sénateur ou de l'un de ses amis '.
Les empereurs donnaient l'exemple, et il resta toujours un peu de l'âme de Marc-Aurèle dans le palais des Augustes. Aucun d'eux n'a été indifférent à la vie littéraire de l'Empire. Tous ont regardé comme leur devoir de chef de savoir bien parler et de goûter la poésie 2. Les intérêts de l'école passionnèrent Constance Chlore3 ou Gratien*. Julien exagérait sans doute en exigeant des gouverneurs de provinces qu'ils fussent d'abord de bons orateurs5. Mais Théodose, qui fît tant de sottises, était dans la note romaine lorsque de sa propre main il écrivit à Ausone pour le féliciter de ses vers et lui en demander un exemplaire6.
Ceux-là même des maîtres de l'heure qui n'appartenaient pas à la vieille société romaine, je songeaux rois ou aux chefs des Francs, s'empressaient de sacrifier aux Muses dominatrices. Ils savaient que pour arriver au consulat7 il fallait passer par Cicéron, et que le renom de lettré était indispensable à qui voulait gouverner le monde. Ces Francs se faisaient donc instruire aux lettres latines, ils savaient s'entretenir avec les rhéteurs en vogue8,
allusion à Vars barbaricaria (p. 198, n. 2); Dezeimeris avait conjecturé in ûno- PaQpov (Soc. arch. de Bordeaux, III, 1876, p. 28); faut-il supposer mystobathron, « base mystique »?
1. C'est du moins ce que je suppose, d'après ce qu'Ausone dit du Delirus (VExtravagant) de son ami Axius [cf. Epist., 12, 2 J Paulus; Epist., 11; cf. p. 283. 11 est en tout cas certain que les grands seigneurs continuaient, comme au temps de Valérius Asiaticus (t. VI, p. 156), à avoir des histrions ou des mimes à leurs gages, souvent à titre d'esclaves ou d'affranchis (Digeste, XXXI I. 73, § 3; XXXVIII, 1, 25; 1,27); voyez Cardamas, le mime de Paulin (p. 282, n. 4, p. 296, n. 1).
2. Voyez les Panégyriques, en particulier IV, 8 (Constance Chlore), et XII, 44 (Théodose; cf. ici, p. 243, n. 1): Ammien Marcellin, XXI, 16, 4 (Constance II); XXX, 9, 4 (Valentinien). Pour Constantin, t. VII, p. 100; pour Julien* id., p. 207; pour Gratien, id., p. 276-7.