‹ Histoire de la Gaule (volume 3)Chapitre 323 sur 473 · PROPAGATION OU LATIN · texte numérisé non relu

PROPAGATION OU LATIN

son tour apporter à ce latin un appui considérable. Sa foi ne se propage que par un livre, et ce livre est dans la langue de Rome1. Martin, qui s'en va évangéliser les paysans de la Touraine, du Berry ou de la Bourgogne, ne prêchera certainement pas en gaulois: il est né près du Danube, il n'a jamais été que soldat et prêtre, et il n'y a pas de raison pour qu'il sache le celtique*. Son ami Victrice part de son côté pour convertir les populations de la Flandre, moitié belges et moitié germaines, où beaucoup d'immigrants saxons se mêlent aux bûcherons, aux pêcheurs ou aux sauniers d'origine nervienne ou ménape 3 : comment se ferat-il comprendre de tout ce monde, s'il n'annonce pas en latin l'Evangile du Christ? Nous avons de Victrice un sermon prononcé devant ses fidèles de Rouen : il est en excellent latin*. C'est en cette langue que sont les prières devant les autels, les exorcismes contre les démons5, les hymnes composés par Hilaire 6. La religion nouvelle, qui s'adressait à tous, ne pouvait s'exprimer que dans la langue de tous; un seul langage convenait à l'Eglise Universelle; et la conversion des Gaules au Christianisme acheva de les convertir à la parole de Rome.

Il n'empêche que le gaulois vit toujours, à la fois insinuant et tenace7. Je ne suis pas certain que les colons francs n'en aient point mêlé quelques mots à leur jargon latin, à la manière dont les Italiens de Marseille brouillent etbredouillentensemble le français et le provençal. En apprenant la langue du maître,

1. Car il est bien évident, comme le montre en particulier le sermon de Victrice (p. 333, n. 6), que l'on se servait d'une des nombreuses traductions de la Bible qui circulaient alors (voyez, dans l'édit. Sauvage et Tougard, les nombreuses variantes d'avec la Vulgate). Et c'est évidemment en latin que Martin faisait recopier les Écritures dans son séminaire (t. VII, p. 258).

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