Miracula obœdientiœ magna; Sulpice, Dial., I
3. Lucem, quam vis sophorum callida arsque rhetorum et figmenta vatum nubilant; Paulin à Ausone, Carm., 10, 36-38. Dans l'ensemble, pourtant, les écrivains de Gaule paraissent faire effort pour établir des métaphores cohérentes.
4. Remarquez ce que dit Jérôme d'Hilaire : Longis interdum periodis involvitur et a lectione simpliciorum fratrum procul est (Ep„ 58, § 10, ad Paulinum, P. £,., XXII, c. 585; cf. p. 257, n. 2).
5. Au sujet des rhéteurs de la Gaule, Sidoine {Epist., I, 2, 6) note abundantiam Gallicanam. Cela est possible, et le mot peut bien avoir été une expression consa-
rée, puisqu'on trouve quelque chose d'analogue chez Jérôme (Epist., 125, § 6, XXII, c. 1075, ut ubertatetn Gallici nitoremque sermonis gravitas Romana condiret). Mais cela me parait un peu formules de convention, comme tant de jugements exprimés par la littérature de ce temps; et les autres jugements de Sidoine (p. 2G3, n. 1, p. 262, n. 3) sont suspects : naltribue-t-il pas à Ausone une extrême sévérité de style, Magni [Ausone] rigor (Ep., V, 10,3)?
travailleurs s'attache à des respects traditionnels et à une discipline immuable *. Ausone connaît si bien Virgile qu'il ne sait plus s'exprimer par lui-même ; il croit trouver une locution étrange et inédite, c'est un vers de son poète qu'il a disloqué. Lui qui sentait si bien le charme des tendresses humaines et des paysages de la Gaule, il n'a pu les traduire que par des mots d'emprunt. Son œuvre tout entière est un centon où des impressions profondes se dissimulent en des pastiches d'écolier4. Les Chrétiens euxmêmes ne se sont point débarrassés des influences classiques : Sulpice Sévère s'inspire de Cicéron pour écrire ses Dialogues sur les miracles de Martin; Virgile reparaît même dans les pamphlets contre les persécuteurs3; et Paulin, quand il bafoue les dieux païens, se sert des images qu'ils avaient suscitées4.
1. C'est évidemment l'influence des pratiques scolaires qui développe chez les écrivains chrétiens de ce temps l'habitude de citer sans cesse des phrases ou des expressions de la Bible, ou plutôt d'écrire avec les termes mêmes des Livres Saints ; Paulin de Noie, à cet égard, est le type achevé du genre : « il exprime sans cesse sa propre pensée par des expressions tirées de l'Écriture » (Battut, Rev. Whist, et de litt. relig., 1910, p. 129). Mais Paulin ne procède pas avec l'Ecriture autrement qu'Ausone avec Virgile : c'est la tradition générale de l'école qui veut cela.
2. Voyez les rapprochements indiqués par l'édition Schenkl. Ausone, par exemple, veut-il montrer la marée pénétrant dans le port intérieur de Bordeaux (p. 225, n. 6), il prendra, avec une certaine ingéniosité, le vers de Virgile, lequel est fait pour la Méditerranée, totumque adlabi classibus œquor (Enéide, X, 269). Il a composé, uniquement à l'aide de vers ou d'hémistiches de Virgile, la description d'une journée et d'une nuit de noces, en 137 vers, le Cento nuptialis : c'est d'ailleurs un exercice très médiocre. Mais toute son œuvre est un centon inconscient.
3. Lactance, De m. p., 16, à propos des martyres de Dioclétien, cite les trois vers de Virgile (En., VI, 625-7), non mihisi linguœ, etc. — Jusqu'à quel point les poètes chrétiens, ni plus ni moins qu'Ausone, sont imprégnés de Virgile, c'est ce que montrent : 1° VAletkia, imitation en vers de la Genèse, du rhéteur marseillais Claudius Marius Viclor, qui écrivit entre 425 et 450 (cf. Gennadius, 61; édit. Schenkl dans le Corpus de Vienne, XVI, I, 1888; ici, p. 264, n. 5); 2° le curieux dialogue sur les mœurs du temps, connu sous le titre de s. Pauiini epigramma (même édit.), qui paraît avoir été écrit dans le Midi de la Gaule, vers 418, par l'évoque Paulin de Béziers : c'est de Béziers ou de Narbonne et de leur terroir qu'il semble bien être question, et, à la lin, d'une retraite [ad] Tecum ou Tetum (le Tech plutôt que la Têt, cf. t. I, p. 27, n. 1), sans doute à EIne; 3° et plus encore, le Cento Probx (môme édit.), composé par une clarissime, Proba, vers 351, au temps de la guerre de Constance contre Magnence (t. VII, p. 153-6), et où des épisodes de la Genèse et des Évangiles sont développés uniquement à l'aide de vers ou d'hémistiches de Virgile : c'est l'équivalent chrétien (et, remarquons-le, écrit antérieurement) du Cento nuptialis d'Ausone (ici, n. 2). Cf. p. 280, n. 2.
4. Voyez Paulin, Carm.,iO(adAusonium), \ers22 ets.(negantCamœnis, etc.). « Sa prose se pare de toutes les fleurs de la rhétorique », dit justement de Labriolle, p. 438.
A tout prendre, cependant, ce fut en ce quatrième siècle, dans la Gaule comme dans tout l'Empire, un éclat imprévu de la vie littéraire; et si le retour à la paix et les aspirations nouvelles du Christianisme ont fortement contribué à ce renouveau, il résulta d'abord de la place que les empereurs ont faite aux énergies provinciales et de l'appel qu'ils ont adressé à l'élite intellectuelle pour réveiller le culte de la tradition romaine; et quand Maximien, le premier des Augustes de cette lignée, s'installait à Trêves et y mandait un rhéteur gaulois pour prononcer son panégyrique en belle langue latine1, il n'accomplissait pas seulement un geste coutumier de prince, il indiquait la formule d'un programme de gouvernement.
Le résultat fut que ce siècle est riche en œuvres de tout genre. On peut regretter que ces œuvres soient rarement de longue haleine2, et que même les auteurs les plus entraînés par le plaisir d'écrire aient reculé devant le travail des vastes ouvrages, à la façon de Y Enéide ou des Histoires de Tite-Live. Mais rappelons-nous que ces hommes ont vu dans les belleslettres l'ornement et non pas la profession de leur vie. Aucun d'eux ne fut, comme Virgile ou Tite-Live, auteur par métier. Ausone ou Eumène furent tantôt professeurs et tantôt fonctionnaires3; Rutilius Namatianus fut préfet de Rome4, Hilaire, évêque K, Sulpice, prêtre 6 ; et tous étaient nés hommes de condi-