‹ Histoire de la Gaule (volume 3)Chapitre 352 sur 473 · POSSIBILITES D UN ART NOUVEAU · texte numérisé non relu

POSSIBILITES D UN ART NOUVEAU

même avec le Christ et ses apôtres. Eux aussi travaillent trop sur des figures de convention. Lorsqu'ils représentent, dans les basreliefs des tombeaux, le Sauveur au milieu de ses disciples, Moïse ou les prophètes, ils ne savent s'inspirer ni de l'humanité vivante qui les entoure, ni des scènes pittoresques de l'Orient palestinien, et ils se bornent à copier les attitudes consacrées et les personnages traditionnels du bas-relief gallo-romain', et surtout le sénateur clarissime ou le rhéteur d'école avec son rouleau de parchemin ou de papyrus2. Les architectes chrétiens avaient de leur côté à bâtir de vastes édifices d'espèce nouvelle, ces églises qui auraient à contenir tout le peuple d'une cité3 : quand ils ne les installèrent pas clans des temples désaffectés*, ils ne firent qu'adapter à l'usage religieux l'ordonnance des immenses basiliques où s'était jadis concentrée la vie publique d'un municipe5, et ils leur empruntèrent, pour les sanctuaires du culte, et la nef et les absides et les colonnades6 et le

1. Évidemment, les influences purement helléniques indiquées par le sarcophage de La Gayole (t. IV, p. 509-310) se sont perdues, pour faire place à des scènes conventionnelles empruntées à l'art historique ou au bas-relief à scènes, plus proprement romain (t. VI, p. 189 et s.). Kn admettant, ce qui est possible, que les artistes qui ont sculpté ces scènes soient d'origine grecque, les influences dominantes demeurent romaines. — Même remarque pour les mosaïques (Van Berchem et Clouzot [p. 335, n. 4], p. xlviii) : « Alors que les vêtements ecclésiastiques et laïques évolueront sous les influences étrangères et suivant les modes de l'époque, ceux du Christ, des apôtres, des anges et des personnages sacrés demeureront fidèles, à travers les siècles, à la tradition classique. » — Même remarque pour les sculptures en ivoire et toutes les modalités de l'art chrétien. — Remarquez, dans le trésor de Traprain Law (p. 197, n. 6), la Vierge tenant l'Enfant Jésus, assise dans un haut fauteuil d'osier (Curie, p. 15-16), qui fait songer aux représentations, traditionnelles en Gaule, des Déesses-Mères ou des images funéraires de matrones (cf. t. V, p. 235-6); voyez cependant p. 291, n. 1.

2. Le Blant, le volume sur Arles (p. 288, n. 4), et Les Sarcophages chrétiens de la Gaule, 1886. Voyez, entre cent exemples, le sarcophage de Toulouse (pi. 41 et p. 127-8), où le Christ et les apôtres sont en réalité en costume et attitude de rhéteurs, avec le volumen et la boîte à rouleaux de livres, et comparez aux statues de personnages des temps païens, par exemple à Bordeaux (Espérandieu, n°' 1094-5, etc.).

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