‹ Histoire de la Gaule (volume 3)Chapitre 368 sur 473 · V. — LA SUPRÉMATIE DE L'ÉVEQUE DE ROME i · texte numérisé non relu

V. — LA SUPRÉMATIE DE L'ÉVEQUE DE ROME i

Il était impossible, dans les conditions de vie et les tendances d'esprit que prenait l'Eglise Catholique, qu'elle ne fit pas à l'évêque de Rome une place prépondérante. Rome était la ville métropole de l'Empire, comme Trêves était la ville métropole de la Belgique; elle donnait son nom aux chefs de l'Etat, au peuple et à la patrie. A sa souveraineté politique et à sa gloire historique s'ajoutait le rôle primordial qu'elle avait joué dans la vie de l'Eglise : son premier évêque avait été, disait-on, l'héritier préféré de Jésus, la parole de Dieu le Fils l'avait désigné comme la pierre angulaire de l'Eglise, et il avait inauguré à Rome même la sainte lignée des martyrs2. Enfin, beaucoup d'évêques de ce temps se rendaient bien compte que pour

étant donné le rôle essentiel et impérieux delà transmission apostolique (p. 297). — C'est cet argument sur lequel le pape Zosime s'appuie pour étendre en 417 les droits d'Arles : Metropolitanse Arelatensium urbi vêtus privilegium minime derogandum est, ad quam primum ex hac urbe [Rome ; Je doute que Zosime le sût de source certaine; d'ailleurs, il ne s'agit peut-être ici que de la mission du m" siècle, et non encore d'un envoi aux temps apostoliques; cf. t. IV, p. 558-9] Trophimus summus antistes, ex cujus fonte totx Gallise fidei rivulos acceperunt, directus est (Zosime, Epist., 1, § 3, Patr. Lat., XX, c. 645). — En réalité, le point de départ des prétentions métropolitaines d'Arles ne peut être que dans la prépondérance de sa situation politique au début du v9 siècle (t. VII, p. 320, n. 3) ; et elles furent alors appuyées par la cour de Rome pour créer en outre, au-dessus des provinces et de leurs métropolitains et au profit d'Arles, une sorte de vicariat apostolique. Et c'eût été la conséquence logique de l'adaptation du système ecclésiastique au système provincial politique (p. 301, 305-6), le ressort préfectoral d'Arles appelant la primatie de son évèque. Voyez Zosime, Epist., 1, § 1, c. 643 et s. ; 7, § 1, c. 668.

1. En dernier lieu, Turmel, Histoire du dogme de le papauté, 1908, et Pierre Batiffol, Le Siège Apostolique, 1924, en particulier p. 107 et s.

2. Cf. Irénée apud Eusèbe, V, 6; Lactance, De m. p., 2. — La primauté apostolique du siège de Rome fut solennellemen! affirmée par Gratien (loi de 380, C. Th., XVI, 1, 2), au moins pour l'Occident; et c'est également Gratien qui, en 378, a posé nettement le principe de la prééminence hiérarchique et judiciaire du siège de Rome, du moins en Occident : lettre à Aquilinus, ici, p. 306, n. 2, et plus loin dans cette lettre, ad Romanum episcopum liceat provocare. Tout cela a été bien vu par Batiffol, p. 45 et s., et il ne me paraît plus douteux que l'expression de sedes apostolica n'ait été dès lors consacrée pour Rome, et sans doute nettement formulée au moins dès Damase (366-384).

sauver l'Eglise de l'anarchie, il ne suffisait pas d'avoir un livre, il fallait encore avoir un chef. L'état de l'âme humaine, depuis un demi-siècle qu'on obéissait à Home, était de chercher un maître et de l'adorer1. Si je m'étonne d'une chose à propos de la suprématie du pontife romain, ce n'est pas qu'elle se soit affirmée, c'est qu'on ait si longtemps tardé à la reconnaître : en quoi il nous faut voir les derniers vestiges, la survivance des patriotismes municipaux ou nationaux résistant à la mainmise de la cité romaine.

C'est peut-être en Gaule que le prestige de l'évêque de Rome a été le plus tôt accepté : en dépit de l'individualisme traditionnel des Gaulois2, les hommes de ce pays, en lutte plus suivie avec les Barbares, dédaigneux des subtilités de la théologie et des jeux de la controverse, désireux surtout d'actions et de réalités, sentirent les premiers, je pense, qu'il leur fallait une règle et un guide. Au surplus, aucune ville de la Gaule ne pouvait prétendre faire concurrence à Rome, comme le firent Milan en Italie, Alexandrie en Egypte ou Carthage en Afrique : ses plus « nobles » cités, Lyon, Arles, Vienne, Narbonne et Trêves, n'étaient que des colonies, et c'est de Rome qu'elles avaient reçu leur titre et leur rang 3.

Dès le temps des Sévères, Irénée, évoque de Lyon, avait compris la nécessité de s'en remettre à l'arbitrage du pontife

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