VI. — L'ATTACHE AU SOL : L'AUTEL ET LA TOMBE
L'Église subissait une attraction plus forte encore que celle du régime politique et de la société publique : c'était celle du sol, de sa vie propre ou de ses habitudes humaines; car il y avait là une énergie foncière qui datait des plus anciens temps de l'humanité, et qui, après s'être imposée aux dieux de la Gaule libre et à ceux de la Gaule romaine2, soumettait à son empire les fidèles du Christ.
Jamais, au cours des siècles de passion, ils n'avaient songé à associer à leur culte les choses de la terre : Blandine, Irénée, Saturnin, n'avaient compris que les sentiments de l'âme et les joies de la fraternité3, et c'est à peine si le Chrétien abaisse ses regards et ses prières vers le sol baigné par le sang des martyrs et sanctifié par leurs tombes4. Il n'a même pas toujours un foyer religieux qui soit certain et durable : il prie dans la maison qu'on ouvre à ses assemblées5, et il se borne à
1. Lettre du pape Innocenta Victrice, le 15 février 404 (Pair. Lat., XX, c. 46!) et s.) : Romance ecclesiœ normam atque auctoritatem magnopere postulasti; et le premier paragraphe de cette réponse rappelle les liens qui unissent Rome au Christ adjuvante Petro. — Victrice était allé à Home en 403-404 pour se justifier de certaines accusations (Paulin de Noie, Epist., 37, P. L., LXI, c. 353 et s.).
2. T. 1, p. 135-143; t. II, p. 129 et s., p. 134 et s. ; t. VI, p. 53-04.
3. Cf. t. IV, p. 493-7, 504-512, 561-3. On a dit que la première mention d'un autel, et, par suite, d'un lieu sacré, serait chez Irénée; mais celui-ci dit, est ergo tltare in csslis et templuni, ce qui exclut toute localisation terrestre (Adv. hmr., IV, 18,0, Pair. Gr., Vil, c. 1029).
4. Pour les martyrs de Lyon, t. IV, p. 497 ; encore n'avons-nous rien de précis cl de certain à ce sujet pour l'époque primitive. — Sur les premiers vestiges du culte des corps des martyrs : Vacaodard, Études de critique, III* série, 1912, p. 62 et s.; Delehaye, L«* Origine» du cultedes martyrs, 1912 (pour la (iaule, p. 3SS et s.).
5. A BonrgSS, Leucadius (cf. t. IV, p. 562, n. 3) domum suam fecit ecclesiam (Grégoire, llisl., I, 31). — A Tours, encore sous Lidoire, le prédécesseur de Martin, ex domo cujusdam senatoris basilica facta est (Grégoire, X,31, p. 443, Arndl). L'opinion de Longnon {Géographie, p. 245-0) était qu'il s'agissait d'une basilique