‹ Histoire de la Gaule (volume 3)Chapitre 375 sur 473 · Cf. le texte d'IIilaire, p. 311, n · texte numérisé non relu

Cf. le texte d'IIilaire, p. 311, n

5. Je crois qu'il faut en principe distinguer, dans un centre chrétien du iv" siècle : 1° d'une part, le lieu de réunion des fidèles à l'intérieur de la ville, ecclesia, devenu l'église cathédrale, sedes (eu écartant la question du rendez-vous originel qu'on peut supposer dans un vicus suburbain, p. 230, n. 1), et qui par suite est le sanctuaire en quelque sorte de la collectivité, et 2" les sanctuaires élevés hors des murs auprès des tombes saintes, ceux-ci appelés plus proprement basiliques, et représentant pour ainsi dire des sanctuaires topiques, portant le nom d'un saint (cf. p. 234); ajoutez, mais plus tard, 3° les basiliques urbaines ou suburbaines provoquées par l'arrivée de reliques (p. 319-320). La distinction apparaîtrait nettement à Tours, où, au temps de l'évoque Lidoire (337 ou 340 à 371 ou 372), on construisit à la fois la prima ecclesia infra urbem et la prima basilica (s'il n'y a pas erreur chez Grégoire; cf. p. 310, n. 5). — Les églises cathédrales, à la différence des basiliques, ne portent pas en principe le nom d'un saint, mais celui do leur civitas (ecclesia Parisiensis) ; ou si on songeait à leur donner un vocable, on devait dire templum Dei (cf. sacras œdt>s et dicata Numini Summo

d'un apôtre, d'un martyr ou d'un saint. Je ne dis pas que cette église lui fût consacrée, comme le Capitole l'était à Jupiter \ Mais enfin, en élevant pour saint Etienne une basilique suburbaine de Marseille2 ou en plaçant un sanctuaire de Tours sous l'invocation des saints Gervais et Protais3, on ne faisait que reprendre la tradition du paganisme classique, qui voulait un nom divin pour chacun de ses temples et des domiciles d'hommes pour chacun de ses dieux. Descendues sur la terre le jour où Teutatès et Mercure occupèrent le puy de Dôme4, les souverainetés divines ne pouvaient plus se détacher d'elle.

C'était le plus souvent aux mêmes endroits qu'elles habitaient, et les dévots du Christ priaient là où avaient prié leurs aïeux ignorants du Sauveur. Il doit y avoir peu de cathédrales de Gaule qui ne se dressent sur des fondements de temples païens". Quand les empereurs donnèrent aux Églises les biens des dieux 6,

délabra; Paneg., XIF, 21); de même, altaria Christi, sans doute pour l'autel de la cathédrale (Victrice, § 6; Paulin, Euchar., 476). Toutes ces distinctions s'atténueront après 400.

1. Saint Augustin va au-devant de cette accusation lorsque, parlant de la mensa Cypriani (p. 312, n. 3), il dit : Non aram constituimus, tanqaam Deo, Cypriano, sed Deo vero aram fecimus Cyprianam (Sermones inediti, 14, § 5, jP. L., XLVI, c. 86")). Même pensée chez Jérôme, répondant à l'accusation d'idolâtrie formulée par le Gaulois Vigilantius [de Calagurris dans le Comminges; cf. t. I, p. 265, n. 1, t. III, p. 116, n. 6] : Honoramus reliquias martyrum, ut eum, cujus sunl martyres, adoremus(Epist., 109, P. L., XXII, c. 907), et ce furent expressions solennelles.

2. Grégoire de Tours, Hist., VI, H. On pense d'ordinaire qu'il s'agit de Saint- Étienne-du-Mont (sur la route d'Italie); mais Duprat la rapproche avec raison (proxima urbi) de la vieille cité de Marseille et la place vers les Augustins, près de la porte Romaine (cf. t. VI, p. 319, n. 2). — Les églises consacrées à saint Etienne sont parmi les plus anciennes, en dehors et proche des cités, au voisinage de cimetières. Mais elles ne doivent pas être antérieures à 415, date de l'invention des reliques du saint.

3. Martin a transporté à Tours des reliques de Gervais et Protais en 386, mais la construction de la basilique à leur nom (à l'intérieur de la ville) est postérieure (//. Fr., X, 31, p. 444, Arndt). Cf. p. 320, en particulier n. 5.

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