‹ Histoire de la Gaule (volume 3)Chapitre 377 sur 473 · Voir, n. 4, le texte de Sulpice · texte numérisé non relu

Voir, n. 4, le texte de Sulpice

Les pierres et les édifices ne suffisaient pas cependant à fixer en ces endroits les habitudes de la dévotion, car c'était choses récentes que Rome surtout avait bâties1. Cette dévotion, et en cela résidait son charme et sa force, était venue de la présence d'un être éternel de la nature, une fontaine, un lac, un sommet, un bois ou un bosquet, un gué de rivière ou un col de montagne. A côté du lieu sacré de Nanterre, qui deviendra une des paroisses favorites du terroir parisien, il y a la cime dominatrice du mont Yalérien2; si le Génie du Labourd, dans le Pays Basque, est adoré à Hasparren, c'est parce que la terre y a conduit une source abondante et féconde3. En adoptant pour ses églises les sanctuaires des dieux gaulois, le Christianisme ne pouvait manquer de reconnaître plus qu'à moitié le rôle de la source ou de la colline qui avaient engendré ces dieux. Qu'au lieu et place de l'esprit divin de la fontaine de Brioude* ou de celui du lac du Gévaudan5 on adore Dieu le Père ou on honore saint Julien ou saint Hilaire, il n'empêche que les traditions humaines seront un jour les plus puissantes, et qu'on associera le culte de la source au souvenir de saint

i. Cf. t. VI, p. 81.

2. Et peut-être aussi, à Nanterre môme, un puits, un bois et des sources sacrés. Nanterre, Nemetodurum = « vicus sanctus » ou « vicus loci sancti ». Cf. Vila Genovefse, § 5, Kûnstle.

3. Inscription d'Hasparren, Genio pagi (XIII, 412). Ce Génie me parait être une des sources d'Hasparren, et cette dernière localité, le centre religieux du Labourd (Lapurdum). Bayonne a dû être primitivement seulement le port; p. 220, n. 2.

4. In loco quo beatus martyr percussus est fons habetur splcndidus, lenis, dulcibus aquis uberrimus, in quo et a percussoribus caput amputalum ublutum est, de quibus aquis multee sanitates tribuuntur infirma; Grégoire de Tours. De inirac. s. Juliani, lî; cf. 25. C'est aujourd'bui la fontaine Saint-Ferréol-les-Minimes, à 2 kil. de Brioude. — Compares à ce texte là manière dont Ausone célèbre !a source divine, Divona, de Bordeaux, fons sacer, alun-, perennis, medico potabilis haustu (Urbes, 157-9). — Entre mille exemples de sources passant du culte païen à des saints chrétiens, le plus notoire est peut-être la source mithriaque de Saint-Andéol (cf. t. IV, p. 511), n. 1, t. VI, p. 337, q. 7); cf. le début du livre! d'Henri Courteault, Le Bourg Saint-Andéol, 1 '.)<)'.).

5. Grégoire de Tours, In gl. conf., 2 : Mons erat in Gabalitano territorio cognomento Hetarius [préférable à la vulgale Ilelunus; à moins qu'on ne veuille supposer Melanius, à cause des eaux noires du lac?], lacum habens magnum.... Tune basilicam in honore beati Iiilarii, etc. Peut-être a-t-on choisi Hilaire à cause de la similitude de nom. LoQgnoQ (Géogr., p. 531) accepte le lac de Saint-Andéol.

Julien et les superstitions du lac à l'honneur de saint Hilaire; et les siècles de la piété nouvelle rejoindront sans rupture les millénaires des croyances ancestrales.

L'appel du sol se faisait de plus en plus entendre des fidèles chrétiens. Cette religion du ciel apportait à la terre des séductions imprévues. La vénération des martyrs et des saints multiplia les lieux sacrés : il suffisait que ces bienheureux eussent, vivants ou morts, touché un endroit de l'espace, pour qu'il devînt fameux entre tous et que les prières des hommes s'y donnassent rendez-vous1. Autour des tombes de saint Seurin de Bordeaux2, de saint Martin de Tours11, de saint Victor de Marseille4, la dévotion fut encore plus intense qu'elle avait pu être jadis au sommet du puy de Dôme5 ou aux sources d'Alésia6; l'histoire humaine de l'Eglise sanctifiait plus de points sur la terre que n'avaient fait dans les temps oubliés les forces ou les bienfaits de la nature elle-même. Les morts glorieux prenaient possession du sol en un triomphe qui ne s'arrêtait point7. De toutes parts, les dévots allaient à la découverte des vieilles tombes qui abriteraient des corps de martyrs, et, quand ils s'imaginaient les avoir trouvées, c'étaient alors les divagations des enthousiasmes populaires, les pèlerinages qui se groupent, les multitudes qui accourent, les prières qui montent vers le ciel, les miracles qui se préparent sur la terre8.

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