‹ Histoire de la Gaule (volume 3)Chapitre 404 sur 473 · LE CHRISTIANISME CONVERTI A L'ART ET A L'ÉCOLE · texte numérisé non relu

LE CHRISTIANISME CONVERTI A L'ART ET A L'ÉCOLE

tolérants des fidèles les enfouissaient sans les détruire1, se doutant que bien de ces figures étaient de belles choses, dignes du respect des regards; mais les vrais évangélistes, les plus passionnés des apôtres, les brisaient avec joie, et j'imagine que saint Martin en fît rompre un très grand nombre2. Personne en tout cas, parmi les Chrétiens, ne songea à laisser dans sa demeure la parure séculaire d'une Vénus de marbre ou d'une Minerve de bronze, et les plus nobles ouvrages qu'eût encore produits la main des hommes disparurent de leurs yeux pour de longs siècles.

Mais d'autre part, beaucoup d'entre ces mêmes Chrétiens souhaitèrent que le Christ, lui aussi, reçût de cette main des hommes l'hommage d'une beauté de pierre ou de métal. Ils ne purent se résoudre à la cellule du moine ou à la paresse du mendiant. La parole du Sauveur sur la fleur de lis, plus somptueuse que toutes les parures humaines3, leur sembla sans doute la gracieuse image d'un propos de poète, qu'il n'y avait pas à appliquer au cadre de la vie et pas davantage à celui de la mort. Mosaïques, peintures et tapisseries d'art ornèrent les villas des pieux sénateurs ; et les demeures des évêques eux-mêmes 5 ; ils eurent des tombeaux de marbre où les derniers adeptes de la

1. Je le suppose d'après la façon dont elles sont arrivées dans bien des cas.

2. Cf. I. VII. p. 267 et s. 11 va sans dire que l'autorité impériale, sous Théodose et ses fils, aida singulièrement à la destruction des statues, en ordonnant successivement la fermeture, puis la démolition des temples (lois de 391-395, C. Th., XVI, 10, 10-13: loi de 399, qui ordonne la démolition des temples ruraux, id., 16). Et c'est sans doute en vain qu'un prescrivit de respecter les objets d'art : Sicut sacrijicia prohibemus, ita volumus piiblicoriiin operuin oriiamenta servari (loi de 399, adressée au vicaire des Cinq Provinces, autrement dit du Midi de la (iaule, p. 20, n. 1: XVI, 10, 15). Et la pensée qu'on eut un instant, de transformer les temples en musées de statues (loi de Théodose, id., 8), fut vite abandonnée, et les empereurs contribuèrent de plus en plus au mal en faisant enlever les statues sans rien spécifier sur leur sort ((</., 19). De leur côté, les conciles en ordonnaient la destruction systématique (jubeantur omnino destrui; Mansi, NI, c. 766, etc.).

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