‹ Histoire de la Gaule (volume 3)Chapitre 408 sur 473 · Marc, Évangile · texte numérisé non relu

Marc, Évangile

sur sa tombe était d'avoir « aimé les pauvres », amans pauperum1 . Sur ces épitaphes où l'Antiquité païenne avait surtout inscrit le sentiment étroit de la piété familiale, plus in suos2, la religion du Christ gravait l'amour de tous les hommes, la charité envers les misérables, l'aide aux malheureux : et ce sera, tout compte fait, son plus beau titre de gloire dans l'histoire *.

Mais les conditions profondes de l'âme et de la société n'en furent point troublées. A côté de l'élite morale qui sacrifia vraiment ses biens terrestres à l'amour des pauvres, il resta le plus grand nombre, pour qui cet amour ne fut que la formule des heures de culte. Le siècle qui va suivre verra autant de déclassés, de miséreux, de révoltés, qu'aucun des siècles antiques4. Beaucoup de ces évêques de Gaule qui répétaient les paroles du Christ, eussent été joyeux de vivre en Lucullus5; et nous avons vu la médiocrité morale des prélats de cour au temps de Constance II ou de Maxime 6. Prêtres aux mains sanglantes et à la langue empoisonnée, vieilles femmes et léopards tout à la fois, corrompus par la richesse et par l'envie, cruels dans la victoire et lâches devant le souverain, rendus hypocrites et orgueilleux7 par le prestige de la communion divine, ils

1. A ce titre, et comme l'une des dates souveraines dans l'histoire de la civilisation occidentale, il faut placer la fondation à Rome, à la fin du siècle, du premier hôpital, où Fabiola recueillait œgrotantes de plateis (Jérôme, Epist., 77, § 6, XXII, c. 694).

2. Corp. inscr., XII, 2089 (carus paupcribus), 2091 (pauperibus pia), 2150 (pater pauperorum), 5352, etc. — Remarquez que Julien (p. 337, n. 7) reconnaît que les Chrétiens nourrissent non seulement « leurs pauvres », mais « les nôtres ».

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