Cf. t. VI, p
religion était redevenue un principe social qui groupait et gouvernait les hommes aussi étroitement que l'avaient fait, dans les siècles de la Grèce, le sentiment de la patrie et l'obéissance à la chose publique1. — Je dis redevenue, car je me demande si dans les temps ligures, chaque tribu n'avait pas eu son grand prêtre et son dieu souverain, et si la religion n'était pas alors le lien essentiel de cette tribu, et le druide son vrai roi 2. Par suite, si la dévotion ne fut pas plus opérante dans l'âme de chacun, si le Chrétien ne pensait pas plus à son Dieu que le métroaque à la Mère ou l'Arverne à son Mercure, le fait que tous les hommes d'une cité s'adressaient ensemble au même Dieu, célébraient ensemble ses anniversaires, admiraient ensemble la vertu de ses saints, cette unanimité immédiate et volontaire dans tous les incidents de la vie dévote donnera désormais à cette vie une importance, un éclat et une ardeur qui rejetteront dans l'ombre de l'ennui ou de l'indifférence tous les événements de la vie politique. La cathédrale d'une cité est souvent bâtie assez grande pour recevoir tout son peuple3 : c'est aujourd'hui la vraie place publique de ce peuple, l'héritière à la fois de son forum et de ses arènes. Aux rassemblements sur les gradins de l'amphithéâtre ont succédé les rendez-vous des fêtes chrétiennes : et ces fêtes sont si passionnantes, que le populaire en oublie même le danger, et que les Barbares forcent sans peine les portes d'une ville à l'heure d'une solennité religieuse4. Au