‹ Histoire de la Gaule (volume 3)Chapitre 437 sur 473 · Concile de Rome en 386; Hefele-Leclercq, II, p · texte numérisé non relu

Concile de Rome en 386; Hefele-Leclercq, II, p

7. Voyez ce que l'évêque Paulin écrit à un officier (Epist., 25 = 39, P. L., LXI, c. MO et s., en particulier § 8) : Disrumpe omnia vincula tua, quxcumque in hoc sœculo te implicatum tenent; commuta in melius militiam, ut Mterno Régi incipias militare. Quoique l'expression militia s'entende également du service au palais, le personnage en question doit être un comte militaire (§ 3, qui militai gladio; § 8, in comitiva Dei militare). — On dira même que le moine, vivant de l'esprit, ne doit pas payer l'impôt (Basile, Ep., 284, P. Gr., XXXII, c. 1020).

8. Cf. Orose, Historié advcrsus paganos, V, 1, 1. Voyez en particulier sa description de la Gaule vaincue par César (VI, 12) : il y a là un tableau tics pathétique dos misères subies par suite de la conquête. A la lin do ce tableau, Orose interpelle la Gaule de son temps (haut nationem), pour lui demander ce qu'elle pense do sa défaite et do ses vainqueurs; et il lui faii répondre, qu'elle souffre encore des maux qu'a entraînés la perte de sa liberté, et qu'il no lui en reste même pas la

de ses crimes ', ces prédictions de nouveaux malheurs et de ruines prochaines?2 Dans ce monde que tant de dangers menaçaient, une vision apocalyptique n'était qu'un danger de plus : elle ne pouvait que démoraliser les âmes, énerver les volontés, préparer les cœurs aux lâchetés des pires résignations.

Mais l'élite intellectuelle des païens ne fut ni moins sotte ni moins imprudente.

Tout d'abord, elle attribua à cette valeur intellectuelle une trop large importance3. A trop célébrer dans l'Empire romain l'éclat de sa « lumière », le charme de ses poètes et l'éloquence de ses orateurs, elle finit par s'imaginer que l'esprit suffirait à gouverner le monde, et que l'admiration de Virgile et l'imitation de Cicéron assureraient un empire éternel aux héritiers d'Auguste et de César. Une belle parole de rhéteur paraissait à ces clarissimes un talisman aussi efficace que le signe de la croix à l'évoque Paulin. Ils mettaient l'art de la rhétorique sur le même rang que le maniement des armes à l'effet de dominer les hommes. Je ne dis pas qu'ils eussent tort en principe, mais l'heure n'était pas à la prépondérance de la toge ou de la trabée; et quand un rhéteur félicitait Julien de choisir pour gouverneurs des hommes éloquents4, il jugeait

force de se lever contre les Goths, ita me Romani inclinaverunt, ut nec ad Gothos surgam (VI, 12, 7). Et ce passage est encore remarquable en ceci, qu'il nous montre comment dans l'Empire, après près de cinq siècles de vie latine, un écrivain romain pouvait envisager « la nation » de Gaule et parler de sa défaite. Et c'est peut-être un des rares textes (cf. p. 356, n. 4) où un écrivain de l'Antiquité semble prendre un instant parti pour les vaincus de Gaule contre les conquérants romains. — On a du reste très justement remarqué l'apparition ou réapparition, chez Orose, de cette idée de grandes nationalités, Gaule, Espagne, Italie (par exemple, V, 1, 6 et 7 : Edat Hispania sententiam suam... Quid dicat Italia...); cf. Boissier, La Fin du paganisme, II, p. 469 et s. Cf. p. 359, n. 1, et p. 381, n. 6.

1. Orose, et en particulier V, 1, 1 : Victoriœ Romanx multarum gentium et civitatum strage crebrescunt, et toute la suite. Cf. t. III, p. 566-9.

2. Sub apparitione Antichristi; Orose, I, prol., 15. Cf. t. Vil, p. 9.

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