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monde gaulois tout imprégné maintenant de manières civiles et de mœurs paisibles, le royaume des Saliens s'oppose en Etal militaire, toujours prêt à fournir à l'Empire des soldats et des généraux.
Enfin, il est situé, non pas au milieu de la Gaule, mais à sa frontière, et, ce qui vaut mieux encore pour lui, à l'angle de cette frontière, à l'un des lieux vitaux de la contrée. Par suite, il ne risque pas de se laisser envelopper et pénétrer par les lamentables illusions du pacifisme impérial i ; il reste fidèle à ses traditions d'audace et à ses usages guerriers; en contact permanent avec la Germanie d'où il est sorti, il renouvelle à ce contact les vigoureuses facultés de sa nature originelle. Et en outre, tenu à combattre cette Germanie pour le compte de Rome, le devoir de demeurer sur le qui-vive de guerre lui donne une valeur militaire à toute épreuve, son rôle de gardien maintient et surexcite son aptitude au combat2.
Les Francs Saliens ne devaient compter que quelques milliers d'hommes : mais ces milliers d'hommes valaient, en tant que soldats, plus que les millions de Gaulois3. A eux seuls, en ce moment, ils ferment la Gaule à l'invasion du côté des basses terres; mais à eux seuls aussi, le jour où ils le voudront, ils pourront soumettre cette Gaule à leur domination, et transformer leur royaume de cité en royaume universel. D'être, à la frontière d'une vaste contrée, un petit État toujours en armes, éveille ou suscite en cet Etat une force ou une volonté de conquête; et en outre, défenseur attitré de cette frontière, il prend, auxyeuxdes peuples de l'intérieur, l'allure du champion naturel et du chef nécessaire. C'est ainsi que la Savoie devint maîtresse en Italie et la Prusse en Allemagne; et c'est ainsi que le petit-fils du roi salien de la ïoxandrie, Clovis, deviendra le maître de la Gaule.