‹ Histoire de la Gaule (volume 3)Chapitre 70 sur 473 · MANUFACTURES, ENTREPOTS ET POSTE D'ÉTAT · texte numérisé non relu

MANUFACTURES, ENTREPOTS ET POSTE D'ÉTAT

sous le contrôle permanent du préfet du prétoire1. Elle fut d'ailleurs tenue à la perfection, et, dans une certaine mesure, c'est elle, plus même que l'armée, qui prolongea la vie de l'Empire romain. Assurément, elle pouvait fort souffrir durant les crises qui désolaient le monde. Mais le premier acte qui marquait le rétablissement de l'ordre, était le retour des maîtres et des équipages de poste en ces centaines de relais et de stations qui s'alignaient sur les routes de la Gaule2. On eût dit que la puissance du prince et la marche générale de l'Etat étaient liées à cette chaîne de chemins et à ce mouvement de bêtes et d'hommes, comme la santé du corps et l'action de l'âme dépendent du va-et-vient du sang dans le réseau des veines et des artères. — Je ne parle que du prince et de l'Etat, parce que la poste n'appartenait qu'à l'empereur, et qu'elle ne pouvait transmettre que ses ordres et transporter que ses agents. Elle était, comme l'armée et la justice, le privilège du droit souverain. Des règlements rigoureux en fixaient l'usage : sans une pièce authentique émanant des autorités impériales, nul ne pouvait l'utiliser3. Le jour où on concéda aux évêques des chevaux de

1. Chose étrange, et qui marque bien l'état incohérent de la Aotitia, il n'y est question de ce service qu'incidemment, et le mot cursus publicus n'y apparaît qu'à propos des curiosi (p. 63, n. I). — Un autre service de camionnage public, et qui parait avoir été distinct de celui de la poste d'État, est celui de la bastaga, chargée du transport des objets appartenant au lise ou au Domaine, et peut-être surtout des produits des villas et manufactures impériales : il y a, semble-t-il, deux prœpositi baslagœ dans toute la Gaule, l'un pour les largitiones (11, 85, avec deux entreprises dites Prima et Quarto), l'autre pour les privâtes (12, 29), chacun dépendant de son comte.

2. Ce serait une question à résoudre, quelles sont les routes sur lesquelles était établie à titre permanent la poste impériale. Car elle ne devait fonctionner que sur certaines routes, sans doute celles que les auteurs appellent vise militares (Paneg., VIII, 7), les seules peut-être qui fussent marquées par des bornes au nom de l'empereur : agger, cujus per spatium satis vetustis nomen Cœsareum viret columnis (Sidoine, Car mina, 24, 6-7); stratarum operam tUulis magnorum principum dedicatam (Code Tkéod., XV, 3, 6); vias, pontes, per quos itinera celebrantur (Code Th., XV, 1, 36). Cf. p. 181, n. 2 et 5, p. 204, n. 4.

3. La pièce se nomme evectio. Voyez du reste : le De cursu publico du Code Théodosien, VIII, 5, avec les commentaires deGodefroy; l'article Cursus publicus dans le Dict. des Antiquités (Ilumbert, 1887; article demeuré très utile); le même dans la Real-Enc. (Seeck, 1900).

S6 LAUTORITÉ PUBLIQUE.

l'État, ils purent se sentir devenir des fonctionnaires1. Car on ne les employait que pour des personnages officiels ou des entreprises publiques, civiles ou militaires : l'idée ne vint jamais à un empereur de faire servir la poste aux relations entre les hommes ou aux échanges de marchandises. En revanche, le cas échéant, elle était assez bien outillée pour voiturer une armée entière ; et c'est par elle que Constance expédia ses troupes à la rencontre de celles de Julien 2. C'est se tromper que de l'appeler un monopole d'Etat : elle était davantage encore, un organe de gouvernement.

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