Cf. Paneg., VIII
même en face d'un empereur, Autun voulait qu'on rappelât les souvenirs de son Diviciac, protecteur de Jules César, et de ses Eduens, frères du peuple romain1. Car il n'était pas de « noble cité » 2 dans l'Empire qui n'eût, à côté de ses magistrats, son rhéteur attitré, porte-parole de ses désirs et évocateur de ses gloires. En Orient, Antioche avait Libanius 3, Cyrène Synésius4, et en Gaule Autun eut Eumène5 et Bordeaux eut Ausone6. A des heures de grand danger, ce sont les délégués des villes, qui ont eu le mérite d'indiquer aux empereurs leur devoir et les remèdes : ceux de l'Orient ont invité Constance à maintenir Ursicin à la tête des armées 7 ; ceux de la Gaule ont conseillé à Valentinien de ne point s'éloigner du Rhin et de monter la garde à la frontière8. Et je ne sais rien de plus énergique et de plus franc, dans les dernières années de l'Empire, que les paroles d'un orateur municipal, Synésius de Cyrène, exposant devant Arcadius Auguste l'idéal nécessaire du citoyen et du prince, et lui répétant les deux formules qui seules sauveraient l'État,
1. Paneg., VIII, 3 (cf. V, 21). Cf. t. III, p. 28. — Voyez la noble façon dont Synésius rappelle l'antique célébrité (rcaXatôv ovo^a) de Cyrène (De regno, § 1 et 2, Patr. Gr., LXVI, c. 1053 et 1056).
2. C'est l'expression d'Ammien à propos, je crois, de cités de la Gaule (t. VII, p. 237, n. 1 ; ici, n. 8), laquelle se retrouve dans la fameuse poésie d' Ausone, Ordo urbium nobiliam. — Il est possible que ce titre ait remplacé, sans s'appliquer aux mêmes villes, ceux de colonie, cité libre ou de droit italique, dont on ne trouve plus trace en Gaule (cf. t. IV, p. 261-263). La poésie d'Ausone semble bien indiquer qu'il n'était nullement propre aux métropoles. On en dira autant des expressions urbes clariores ou splendidissimm qu'on trouve dans les lois (C. Th., XV, 1, lois 32, 26, 14). — Autun semble avoir reçu ou souhaité le titre de colonia Flavia jEduorum sous Constantin (Paneg., VIII, 14) : c'est la dernière trace, d'ailleurs incertaine, de nobilitas coloniale que je trouve en Gaule. L'appellation par vocable de fondateur impérial (Gratianopolis, t. VII, p. 244, n. 3; Constantia, t. VII, p. 88, n. 5, p. 89, n. 4) ne comporte aucune distinction particulière.
3. Voyez la vie de Libanius par Eunape, Vitœ, p. 495-0, Didot; et sa Vie par lui-même, Oraliones, I (Fœrster, I, p. 79 et s.).