T. Vil, p
5. Pour ce dernier, t. VII, p. 288 et s. Voyez ici, p. 73-74.
LE ROMAIN S ELOIGNE DE LA VIE MILITAIRE. 7a
liberté, une obligation de citoyen. Remarquez que ces hommes, et les empereurs comme les autres, connaissaient l'histoireromaine, ils savaient que la grandeur de l'Etat avait été l'œuvre d'une armée d'hommes libres et de patriotes, et ils déploraient à leurs moments de franchise que la jeunesse romaine ignorât le Champ de Mars et le maniement des armes1. Parfois, une voix éloquente se faisait entendre dans le palais même, auprès du prince, et menaçait l'Empire delà ruine, si tous les Romains ne s'offraient pour le défendre, le professeur quittant sa chaire, le clarissime sa villa, et l'artisan son atelier2. Autant en emportait le vent du siècle. On applaudissait ces rudes paroles, mais nul ne voulait changer le cours des choses; et les Augustes eux-mêmes allaient bientôt donner l'exemple, en s'enfermant dans leur palais, et en laissant les combats aux maîtres de la milice3. Tous les empereurs, depuis Gallien jusqu'à Théodose, ont suivi la même politique lamentable : enfermer et pour ainsi dire enliser le citoyen romain, sénateur ou prolétaire, dans les besognes de la vie civile, et réserver les tâches des combats à des Barbares ou à des mercenaires. On s'était réjoui ouvertement, autour de Théodose, à cet afflux de Goths qui accouraient au service de l'Empire4; mais Valentinien avait peutêtre éprouvé la même funeste joie en organisant en corps militaires des troupes d'Alamans 5, et aussi Gratien en confiant sa garde à des Alains6 ou Constance en invitant les Germains de la
1. 'AaTpaxsîav te 8t5rfvai noXXoî;, dit Syaésius (De regno, § 14, Pair. Gr., LXVI, c. 1092), dont il faut lire tout le développement, très précis et très éloquent à la fois. Végèce, I, 7 : Honestiores quique civilia sectantur officia. Paneg., XI, 20 : Militix labor a nobilissimo quoque pro sordido et illiberali rejiciebatur, sous Constance.
2. Synésius, vers 397-8; cf. n. 1, et p. 68-69. Voyez également Végèce, en particulier I, 28 : on place maintenant Végèce sous Valentinien III (Seeck, Hermès,. XI, 1876, p. 61 et s.) : je ne suis pas convaincu, et je crois à la génération antérieure, celle de Valentinien II et de Théodose.