Pour ceux-ci, t. VII, ch. II
6. Y compris l'empereur ou une cité. Et peut-être ceux-ci, les tributarii (p. 85, n. 1), ont-ils surtout été dévolus à des terres de particuliers (cf. t. VII, p. 66), les Lètes et Sarmates, surtout groupés sur terres fiscales (cf. ici, p. 82 et s.).
7. Non pas fournis comme tirones par le propriétaire, mais levés d'office en vertu de la concession originelle : si ad dilectum vocelur, accurrit (Paneg., Y, 9). — Il est d'ailleurs possible que les descendants de ces colons aient été fournis comme tirones par leurs propriétaires à titre de redevance militaire (p. 75-6).
8. Peut-être indistinctement dans les légions ou les auxilia; cf. n. 9.
9. Servirese militix nomine gratulatur (Paneg., V, 9), ce qui semble bien l'assimiler aux tirones gallo-romains.
Lètes1, qui, eux, étaient enrôlés à titre de Barbares ou d'étrangers, et groupés sous leurs noms nationaux, Francs, Suèvesr Alamans ou Bataves. On désignait par ce mot de Lètes des hommes que les bandes d'outre-Rhin avaient jadis réduits en captivité et que les généraux romains avaient délivrés dans leurs campagnes victorieuses2. — De ces captifs libérés, quelquesuns étaient des vagabonds, des paysans, non pas de Germanie, mais de Gaule, emmenés comme butin par les Barbares aux journées de leurs grands pillages, ramassis de misérables à demi assauvagis par leur captivité en terre ennemie 3 : l'Empire crut bien faire en ne leur rendant qu'une liberté précaire, et, en vertu d'un titre de vainqueur plutôt que de libérateur, il les garda à son service, et, de père en fils, il en
1. Le mot parait d'origine germanique, et signifier quelque chose, au point devue militaire, comme « serf de la glèbe » au point de vue social.
2. Ceci n'est qu'une hypothèse, mais c'est la seule qui, d'une part, explique pourquoi il y a des Lètes d'obédience romaine, Bataves ou autres (n. 3, p. 83, n. 4), et qui, d'autre part, permette d'interpréter les textes détaillés qui les concernent :: Nerviorum et Trevirorum arva jacentia Lœtus postliminio [le mot désigne précisément le retour après captivité] restitutus, et receptus in leges [désigne une autre catégorie, sans doute la même que les « déditices » du texte suivant] Francusexcolait (Paneg., V, 21); Julien offre à Constance (t. VII, p. 224, n. 1) adulescentes Lsetos quosdam, cis Rhenum éditant barbarorum progeniem, vel [et ce qui suit désigneune autre variété de Barbares, celle des domiciliés à titre spontané, p. 83, n. 4] certe ex dediticiis qui ad nostra desciscunt (Ammien, XX, 8, 13); nous retrouvons les Lœti dans l'armée de Julien (Ammien, XXI, 13, 16); Zosime (II, 54, 1) appelle Aeto'j; eôvo; FaXaTtx^v (à propos de l'origine de Magnence; t. VII, p. 152, n. 4), parce qu'ils étaient installés en Gaule; les Lœti barbari qui menacèrent Lyon en 357 (t. VII, P- 192, n. 1), étaient domiciliés quelque part en Gaule.
3. Qu'il y ait des sujets originels de Rome parmi les Lètes, cela me parait résulter : 1° de l'expression postliminium employée à leur propos (n. 2); 2° de la mention en particulier (42, 37 et 39) de Lœti Lingonenses per diversa dispersi Belgicœ Primse[ce sont des Lingons emmenés jadis par les Alamans, peut-être sous Valentinicn, t. VII, p. 236], de Lœti Nervii, ceux-ci installés dans leur civitas, à Famars (Fanomurtis) ; dans la même catégorie, les Lœti Balavi dits Contraginnenses (Gondren, au nord deNoyon, sans doute leur premier cantonnement), à Noyon ou Noviomagus (cf. p. 83, n. 5), ceux dits Nemetacenses ou installés à Arras, et ceux, domiciliés à Bayeux ou à Coutances (42, 41, 40 et 34); dans la même catégorie encore, ceux des Suèves et autres qui ont pu venir des terres romaines des Champs Décumates (p. 83, n. 4). Je reconnais du reste qu'on peut donner une autre interprétation de ces dénominations, et songer par exemple à des Lètes Alamans ou autres qui, à la suite d'un séjour prolongé dans la cité de Langres, auraient pris le surnom de Lingonenses, et qu'on aurait ensuite transférés ailleursen Première Belgique.
fit des laboureurs et des soldats aux ordres de l'État1. — Les autres étaient de vrais Barbares, vaincus et mis aux fers par leurs voisins, Francs par les Alamans 8, Alamans par les Francs3 ou Suèves par les Burgondes'; et de tous ceux-là, après une victoire au delà du Rhin, Rome rencontrait et ramassait parfois des troupeaux énormes, de quoi faire de véritables tribus. Mais elle ne consentit point toujours à les laisser rentrer chez eux, et peut-être n'y tenaient-ils pas outre mesure. Ils ne furent le plus souvent délivrés que pour passer sur la terre gauloise; et là, parqués en villages 5, surveillés
1. Ceci, en ce qui concerne l'origine, est hypothétique d'après le texte du Panégyrique (p. 82, n. 2). Mais les faits d'organisation sont certains; voir p. 81, n. 4 et 7.
2. Ou par d'autres Francs. Je ne trouve que les Lseti Franci de Rennes (42, 36) : mais la liste de la Notitia paraît incomplète.
3. La Nolitia n'indique aucun groupe de Lètes Alamans (je sépare les deux mots dans C. Th., VII, 20, 12); mais il parait y en avoir eu sous Constant et Constance (t. VII, p. 152, n. 4), et on a dû s'en débarrasser à la suite de leur attitude de révoltés (t. VII, p. 192, n. 1).
4. Ou les Alamans; ces Suèves d'ailleurs peuvent avoir été en grande partie des sujets de Rome établis dans les Champs Décumates (t. IV, p. 469, n» 2; ici, p. 82, n. 3). Je trouve les Gentiles Suevi [sans le mot Lseti] à Bayeux ou Coutances (42, 34), les Lœti Gentiles Suevi au Mans et à Clermont (42, 35 et 44), les Lœti Gentiles [sans Suevi] à Reims et Senlis (42, 42). — L'expression de Gentiles, qui ne s'applique qu'aux Suèves (avec ou sans Lœti) et aux Sarmates et Taifales, semble, je crois, indiquer que ces Barbares sont venus dans l'Empire moins en prisonniers libérés et ramenés qu'en fugitifs ramassés ou accueillis, et j'incline de plus en plus à croire que ce sont les « déditices » d'Ammien, p. 82, n. 2. Cf. Code Théod., XIII, 11, 10, loi de 399 : Ex multis gentibus sequentes Romanam felicitatem se ad nostrum imperium contulerunt quibus terne Lœticœ administrandœ sunt; et voyez l'expression d'Ausone, deditione gentilium (Grat. actio, 2, 8), et l'inscription de 232 {Corpus, XIII, 6592), qui associe les Brittones, Gentiles et dediticii. — A ces Suèves, je n'hésite pas à rattacher les Lœti Teutoniciani de Chartres (42, 33), descendants sans doute des Toutoni du limes (Corp. inscr., XIII, 6610; t. IV, p. 463), et peut-être les énigmatiques Lseti Acti d'Ivoy-Carignan (Epuso, position importante sur la route de Reims à Trêves ; 42, 38) et Lœti Lagenses près de Tongres (42, 43).
5. En réalité (voyez p. 82, n. 3, ici, n. 4), les uns sont établis dans des campements ou des hameaux au voisinage immédiat d'un chef-lieu de civitas, les autres, attachés à des bourgades de pagi, d'autres, dispersés dans des villages ou des écarts. — La répartition des terres entre les familles paraît être faite par les autorités impériales (loi du C. Th., XIII, 11, 10, sur les terrx Lœticœ administrandse, ce qui semble bien indiquer qu'il s'agit de domaines fiscaux). — Il est probable que, dans bien des cas, ils avaient la mission militaire de protéger les grandes routes à des points importants (de même que les Gentiles; n. 4) : les Lètes de Condren et de Noyon (p. 82, n. 3) gardaient les passages de l'Oise par la route de Soissons à Saint-Quentin et Cambrai (t. V, p. 90, n. 1; t. VI, p. 455, n. 1) et par la grande route postale de Bretagne, entre Soissons, Noyon et Amiens (cf. t. V,
par un préfet impérial *, ils attendaient, en labourant la terre2, l'heure où on ferait appel à leurs services de soldats 3. Je ne vois pas de différence essentielle 4 entre ces Lètes d'origine prisonnière et les Sarmates 6 et Taïfales 6 qui en si grand nombre, sous Dioclétien, Constantin, Constance ou Valentinien même, s'étaient réfugiés dans l'Empire7, et qu'on avait dispersés, mais en troupes assez fortes, un peu partout sur les terroirs d'Orient ou d'Occident8. Ces troupes, en temps de paix, formaient de paisibles villages d'agriculteurs9. Mais elles
p. 89); et voyez les Lèles d'Ivoy (p. 83, n. 4). — Il est possible que les castello du iv" siècle qu'où trouve en Gaule aient parfois servi de résidence ou de villa au préfçt et par suite de lieu de ralliement aux Lètes ou autres colons, par exemple le castellum de Famars (cf. p. 82, n. 3) et même celui de Jublains (cf. p. 183, n. 2) : ce serait l'équivalent, sous le Bas Empire, du soi-disant « palais du légat » légionnaire dans les villes militaires du Haut Empire (cf. à Xanten, Mylius, Bonner Jahrbucher, CXXVI, 1921, p. 22).
1. Chacun des groupes que nous avons énumérés (p. 82, n. 3, p. 83, n. 4) a son prœfectus, dont nous ne pouvons dire s'il était pris parmi les Barbares sur place ou envoyé par l'empereur : en tout cas, le titre indique que c'était l'État romain qui le choisissait. 11 y a, dans la Notitia {Occ, 42), 12 préfets de ce genre, dont, par exception, un seul préposé à 2 groupes (ceux de Bayeux et Coutances). Cf. prsepositus Lxlis; Code Théod., VII, 20, 10.