XV. — CONSÉQUENCES DE LA GUERRE POUR L'H4ST0IRE DE ROME
Les « nations errantes » n'existaient plus. A leur place, plus de deux cent mille cadavres gisaient dans les plaines des deux Gaules, et cent cinquante mille esclaves s'en allaient peupler en Italie les ateliers, les fermes et les écoles de gladiateurs \ Eux et leurs fils n'oublieront jamais les temps glorieux de leur liberté et de leur vie vagabonde; dans trente ans, sous les ordres de Spartacus, ils se retrouveront réunis en armée, et ils essaieront une dernière revanche -.
Pour le moment, Rome est toute à la joie. Ces deux victoires ne lui ont sans doute pas donné un pouce carré de terrain, mais elles lui ont procuré la plus riche moisson d'esclaves qu'elle ait encore faite. La Ville Éternelle recouvrait sa gloire dans le monde : elle le sauvait des Germains, comme elle l'avait délivré des Gaulois \ Tout péril paraissait écarté des frontières de son empire. Elle saluaMarius comme un nouveau fondateur \
Il y avait de l'exagération dans cette joie et dans ces dithyrambes : chevaliers et démagogues tenaient à transformer Marius en grand homme. Ces Cimbres et ces Teutons faisaient plus de bruit que de besogne. Nulle part, ils n'étaient parvenus à fonder un État et à prendre des villes, pas même dans la Celtique, pourtant si misérable. Ils avaient reculé devant les Celtibères d'Espagne et les Belges des Ardennes^ Eux qui
1. Oroso parle de 340 000 morts et 140 000 esclaves, sans les femmes (V, lli, 21; cf. Paul, 6(1. Droysen, p. 85).
2. Cf. p. 117-8. Oq a supposé (Mullenhoff, H, p. 13G-7) que les révollés de Spartacus n'avaient aucun rapport avec les Cimbres et Teutons, et que c'étaient des esclaves razziés en Germanie par les marchands. Outre que la chose est invraisemhiable, César {De b. G., I, 40, 5) semble bien rattacher la guerre servile à celle des Cimbres et Teutons.
3. Cf. t. I, p. 203-0. Avec cette réserve (juc jus(|u'en 5S, à propos des Cimbres et des Teutons, on jiarluit toujours, non du |)éril f^ermanitiue, mais du péril jraulois : voyez Cicéron, De piov. cous., 13, 32. appelant encore celte j^uerre bclluin Gullicuin.
4. l'iut.. M., 27; Tile-I.ive, IJp., 08; Cic, De prov. cons., 13, 32.