III. — SERTORIUSt
En 80, il y a un demi-siècle, depuis Tibérius Gracchus, que dure la lutte des partis. Les deux dernières crises, celles des revanches de Marius et de Sylla, ont provoqué les plus ignobles scènes qui puissent déshonorer une nation. Tout sentiment de
1. Entre autres : von Bienkowski, Kritische Studien, etc., Wiener Stadien, XIII, 1891; Slahl, De bello Sertoriano, Erlangen, 1907.
dignité et d'humanité avait disparu de Rome. Le Capitole, symbole de son empire, fut détruit dans un incendie (83). Les vaincus avaient le droit de ne plus respecter un tel peuple.
Tour à tour, les sujets de ce peuple et les victimes du sénat exigeaient et obtenaient de nouveaux avantages. Tibérius donna une part des terres aux misérables, et Gains une part de l'autorité aux chevaliers; les affranchis luttaient pour renverser le& barrières qui limitaient leurs pouvoirs d'électeurs*; les Italiens entrèrent dans la cité, et même les Gaulois de la Cisalpine, Insubres et Cénomans, furent admis au nom latin (89) ^ L'idée d^une égalité de droits et de titres entre vaincus et Romains se propageait en Occident ^ La province était amenée à moins craindre ses maîtres, et à leur réclamer ou son ancienne liberté ou une condition meilleure.
Or, vers ce même temps, deux Romains de haut mérite, Sertorius et Pompée, s'inquiétèrent de la province autant que de Rome et de l'Italie. Ils comprirent quelles réserves de forces renfermait le monde barbare de l'Occident, et ils tentèrent, pour s'emparer du pouvoir, de l'attacher à leur fortune. Ges hommes n'appartenaient pas au même parti, ils se combattirent sur les champs de bataille, ils n'avaient pas le même degré d'intelligence ni la même valeur morale. Mais ils ont travaillé à une œuvre semblable.
Sertorius apparut le premier. C'était un des chefs du parti équestre, que la victoire de Sylla chassa de l'Italie. Il passa les Alpes malgré l'hiver, traversa la Gaule (82?)*, gagna l'Espagne, en fut expulsé % y revint, et, grâce à l'appui des Lusitans (80),
1. Depuis 88, Tite-Live, Ep., 77; cf. Mommsen, Slaatsrccht, III, p. 439 et suiv.
2. Lex Pompeia (du père de Pompée), Asconius m Pisonianatn, p. 3, KiessliDg.