HELLÉNISME ET LATINITÉ DANS LA PROVINCE ROMAINE
table que Syracuse et Carthage. Comme elle unissait à sa force beaucoup d'adresse et d'orgueil, elle put faire illusion aux Italiens eux-mêmes, et s'imposer à la bienveillance des proconsuls les plus intraitables '.
Jusqu'à l'arrivée des Romains, elle s'était refusée à conquérir sur terre : des domaines à l'intérieur, c'eût été des garnisons à entretenir et la brouille avec les Gauloise Avec la création d'une province, ces craintes n'existaient plus. Les Marseillais ne se firent plus faute de solliciter ou d'accepter des terres; et s'ils étaient si complaisants à l'endroit d'un proconsuP, c'est qu'ils attendaient de lui quelque récompense de ce genre. Ils reçurent de Sextius des domaines le long du rivage*, Marius leur abandonna son canal % Pompée les installa chez les Helviens de l'Ardèche et les Volques de Nîmes ^ Marseille devenait le plus riche propriétaire de la Gaule romaine.
Mais ces progrès nouveaux n'étaient que des gains d'affaires. Marseille. n'en sentait pas moins peser sur elle l'irrémédiable lassitude de l'hellénisme. — Certes, elle était maintenant la plus intacte des gloires de la Grèce. L'une après l'autre, toutes les cités de l'Hellade avaient été violées par le Barbare de l'Italie, Tarente, Syracuse, Corinthe et Athènes elle-même, que Sylla venait de réduire. Seule, sur cette Méditerranée qui avait été une mer hellénique, Marseille montrait l'intégrité de ses lois, la pureté de son indépendance et la virginité de ses