I. — BURBISTA ET ARIOVISTE
Ce qui augmentait les dangers de la Gaule du côté Larbare, c'est que Daces et Suèves ne furent pas, comme les Cimbres et les Teutons, des peuplades errantes, cherchant des domaines, isolées au milieu des hommes. C'étaient de véritables nations,
1. Sur la Gaule au temps de César et sur les campagnes du proconsul, outre les livres généraux (t. I, p. 4, n. 1), et les livres sur l'organisation militaire (p. 175, n. 1) : Les Faicts des Romains, f" 20 et suiv., ms. du xni' s., Bibl. nat., fr. 2.3 08-3 (à titre de curiosité, mais intéressant pour montrer les recherches faites au Moyen Age sur la topographie de la Gaule; cf. Meyer, Romania, XIV); Dupleix, Mémoires des Gaules, 5' éd., 1639, p. IT.j et suiv.; duc de Rohan, Le parfaict Capitaine, ûtdremenl l'Abbregé des guerres de Gaule, etc., 4° éd., 1643; de Bury, Hist. de la vie de Jules César, I, 1758; [Pecis] : 1" Essai sur les qualités, etc., ou Dissert, préliminaire aux campagnes de Jules César, Milan, 1738; 2° Les Campagnes, etc., I (seul paru?). Milan, 1760; Davon, Analyse critique des Faits Militaires de César, Genève, 1770; de W[arnery], Mélange de remarques, sur-tout sur César, Varsovie, 1782; Rœsch, Commentar uber die Commenlarien des Cœsar, Halle, 1783 (réponse très intelligente à de Warnery); de Vaudrecourt, Les Commentaires, 2 v., Paris, 1787-8; Turpin de Crissé, Commentaires, etc., I et II, 1783; Napoléon, Précis des guerres de César, écrit par .M. Marchand, 1836 (la plupart des questions bien résolues, surtout d'après d'Anville); Drumann, 2* éd., par Groebe, in, p. 209 et s.; R. G. P.. The Commentarics of Cxsar considered as apocryphal, dans Colburn's United Service Magazine and IS'aval and Military Journal, 1830, I, p. 512 et suiv., II, p. 437 et suiv. (fort curieux, pour montrer ce que peut amener l'excès de critique militaire et topographique de l'œuvre de César); Mommsen, Rœmische Geschichte, III,
rayonnant autour du foyer de leur race dans une activité continue; rien n'interrompait les terres soumises à leur nom; et,
ch. 7; Kiehl, Cxsars Veldtogten in Gallie, I (seul paru), Leyde, 1853-4 (programme); Kœchly et Riistow, Einleitiing zu C. Julius Cœsar's Commentaricn, Gotha, 1857; A. von Gœler, Cœsar's GalUscher Krieg, 1858 {in ... 58 bis 53), 1859 (m ... 52), 1860 (... im ... 51), réunis et complétés après sa mort par son fils sous le même titre, 1880; de Saulcy, Les Campagnes de César dans les Gaules, 1862; Fallue, Analyse raisonnéedes Commentaires, 1802; Sarrette, Quelques pages des Commentaifes de César, 1863; Creuly, Carte de la Gaule sous le proconsulat de César, 1804 (extrait de la Revue archéologique); Maissiat, Jules César en Gaule, 3 vol., 1805-81; Eichheim, Die Kcimpfe ... gegen C. J. Cœsar, Neuburg, 1866 (cf. p. 193, n. 1); [Napoléon III], Histoire de Jules César, II, 1800, et vol. de planches (préparé par Maury, Creuly, de Saulcy, Desjardins, Stoffel, trop injuste souvent pour von Gœler; je renvoie à l'éd. in-8); Heller, Jahresberichte dans le Philologus, XIII, 1858, XIX, 1803, XXII, 1805, XXVI, 1867, XXX, 1872; Thomann, Der franzœsische Atlas, 3 fnsc, Zurich, 1868, 1871, 1874; Long-, The Décline of the Roman Republic, IV, 1872; van Kampen, Quindecim ad ... Commentarios tahulœ, [s. d.]; Froude, Cœsar, Londres, 1879, p. 194 et suiv. ; Jœhns, Cœsars Commentaricn, 1883, Beiheft z. Militur-Wochenschrift; Dodge, Cœsar, Boston, 1892; Warde Fo\vler, Julius Cœsar, 1892; von Peucker, Wanderung uber die Schlachtfelder, 2" éd., 1893, p. 59 et suiv.; Rice Holmes, Cœsar's Conquest of Gaul, 1899 (très utile; une 2" éd. va paraître); Delbriick, Gcschichte der Kricgskunst, I, 1900, p. 417 et suiv.; Ferrero, Grandeur et Décadence de Rome, II, Jules César, 1905 (trad. fr.); Veith, Gcschichte der Feldziige C. Julius Cœsars, Vienne, 1906; OEhler, Bilder-Atlas zu Cœsars Biichern, 2" éd., 1907; les édit. avec commentaires, parmi les plus anciennes, celle de de Vigenere (trad.), 1584, parmi les récentes, celles de Schneider, 2 v., 1840-9, de Kraner (cf. plus bas), de Benoist (p. 175, n. 1). — Nous n'avons pas voulu, en ce qui concerne les questions de topographie locale, donner une bibliographie complète; on en trouvera les éléments dans les livres généraux cités t. II, p. 9, n. 1, p. 449, n. 1. A ces livres il faut ajouter le fameux Index locorum in Commentarios, etc., de Marlianus, le premier essai d'ensemble (jui ait été tenté sur la géographie de César, et qui, sur plus d'un point, a touché la vérité (à la suite de la plupart dos anciennes éd. de César à partir de 1477, et à part, p. p. Buonaccorso da Pisa, in-4, s. d.). — La source essentielle est César, Commentarii de bello Gallico, livre VIII par Ilirtius (cf. p. 530, n. 1). Deux classes de mss., a et p (sur ces doux classes, voyez, en dernier lieu, R. Richtcr, Krilische Demerkungen, etc., programmes de Slargard, 1889 et 1907, et KIolz, Rh. Mus., LXIV, i!)09, p. 224 et suiv.). Principales édit. crili(]ucs : Nipperdey, 1847; Holder, 1882 (index très utile); Kraner, 16- éd., par Ditlenberger, 1898 (avec coninienlairos); Kiibler, 1893; Meusel, 1894 (la plus sobre et la plus claire); voyez aussi Meusel, Lexicon Cœsarianum, 2 v., 1887-93 (à la lin, tabula conjecturarum). — On connaît le reproche, d'ailleurs vague, fait à César par Asinius Pollion {ap. Suét., 50), parum intégra veritatr. Et (iuel(|ucs modornos sont partis de là pour révoquer on doute chiiïros et résultats dos cami^agnos : Monetus un des premiers (Galliœ geoyraphia, 1634, p. 337-343), puis de W'arncry ((jui a dit tout l'essentiel ù ce sujet), Eirhhoim (p. 193, n. 1), en dernier lieu et surtout Rauchenslein (ici, j). 193, n. 1) et Di-lbriick, dont le but est sich von der Auloritnl des geschriebcncn Wurtcs zu befrcien (p. 442), ce (jui fait do son livre une sorte de reconstruction souvent arbitraire; en outre : Kyssonhardt, IS'euc Jahrbiicher, LXXXV, 1802, p. 755 et suiv.; Potsch, Die hislorische Glaubwilrdiiiheil der Comm., etc., 2 fasc., Glucksladl, 1885-6; SutnplT, Cœsars Heurlcilung srincr Ofjiziere, 2 fasc, Qu(;dlinburg, 1892 et IS'J,}; etc. Mais n'oublions pas, à propos ^l^' Pollion, qu'il semble avoir critiqué surtout le De bello civilL- irvidemmenl jilus sujet h
BURBISTA ET ARIOVISTE. 151
en ce moment, leur force de cohésion était encore accrue par la gloire surnaturelle de leurs chefs.
raution (p. 572, n. 11). J'avoue ni'ôtre presque toujours fié à César, dont l'œuvre nie paraît, le plus souvent, témoigner, d'abord d'une réelle e.xactitude, résultat des habitudes intellectuelles de sa vie de chef militaire, et, ensuite, d'une sorte de franchise peul-élre affectée, en tout cas d'assez belle allure : 1° il n'est jamais en opposition fondamentale avec les autres auteurs; 2° je ne l'ai jamais vu dissimuler un danger, des mécomptes ou une défaite (p. 2C3 et suiv., 285-7, 295-6, 312-3, 341-5, 358, 377 et suiv., 400-7,441 et suiv., 474 et suiv., 480, 501, 528, 550); 3" il a toujours rendu justice à ses lieutenants (p. 264; le jeune Crassus, p. 23i), 273 et suiv., 303 et suiv.; Sabinus même, p. 300 et suiv.; Décimus Brutus, p. 293 et suiv., 587 et suiv.; Caninius et Fabius, p. 553 et suiv.; Quintus Cicéron, p. 383 et suiv.; Labiénus, p. 248, 267, 311, 346, 395, 398-9, 460 et suiv., 528 et suiv., 563; Sumpff est absolument inexact et injuste à l'endroit de César, comme l'a montré Rice Holmes, p. 217-220); 4° il a, en écrivant, rendu justice à ses adversaires, peuples (p. 268) et hommes (p. 455); 5° il donne, quand il s'agit de gros chiffres d'armées gauloises, sa source (I, 29, p. 197, n. 8 ; II, 4, p. 248 ; VII, 75, p. 516). et il en détaille môme le total, ce qui montre bien qu'il est allé au-devant du reproche d'exagération (nominadm ratio, I, 29, 1 ; certiun numerum, VII, 75, 1 ; nunierus inibatur, VII, 76, 3; cf. t. Il, p. 7). Ce qu'on peut lui reprocher, c'est : 1° de ne pas exposer les motifs, surtout les motifs politiques, qui le font agir (p. 201 et suiv., 224 et suiv., 243-4, 481 et suiv., 349 et suiv., 335, 401 et suiv.) ; 2° de ne pas préciser sur les routes suivies et les lieux de bataille (p. ex. : p. 495 et suiv., campagne d'avant Alésia; p. 303 et suiv., marche en Aquitaine; p. 312-3, contre les Morins). Mais son livre a été improvisé, je crois, au cours de l'hiver de 52-51 (il s'arrête à l'indication des quartiers d'hiver, automne 52, p. 540, n. 2); il avait des motifs politiques pour ne pas expliquer tout, motifs tirés de sa situation à Rome et tirés de la situation de la Gaule; l'habitude de ne point nommer les lieux est assez générale dans l'Antiquité (cf. t. I, p. 455, note). Voyez les excellentes remarques de Rice Holmes, p. 173-244. — L'existence d'un journal de César, 'E?ri(A£p!5sç, distinct des Commentaires (cf. Servius ad Ain., XI, 743; p. 501, n. 5), est aujourd'hui complètement niée (cf. Nipperdey, éd. de 1847, p. 5 et s.). — Les autres écrivains (qu'il ne faut pas négliger) répètent d'ordinaire César, quelquefois (surtout Dion Cassius) sans le comprendre, ou, s'ils ajoutent quelques détails, ils peuvent presque toujours s'intercaler, assez utilement, dans le récit des Commentaires (cf. notes des pages 501, 530-533). Nous avons noté les contradictions, assez rares, notes des p. 207-8, 297-9, 530-533, etc. — Plutarque {Vie de César, éd. Sintenis) est souvent indépendant de César, et peut-être aussi de Tite-Live (p. 207, n. 4). — Même remarque pour Suétone (éd. Ihm). — Appien {Celtica, éd. Mendelssohn) parait plus encore indépendant qu'eux deux (cf. p. 158, n. 3, p. 207, n. 4. p. 208, n. 8), mais c'est une source bien mauvaise, où se mêlent tous les noms propres (cf. Cellica, 1, 4). — Il me paraît souvent d'accord avec Plutarque. Sur eux deux, cf. Thouret, Lcipziger Studien, I, 1878, p. 328 et suiv.; Kornemann, Die historische Schriflstellerei des ... PoUio, dans les N. Jafirbiicher fiir class. PhiL, Supplément, XXII, 1896 (qui voit dans Asinius Pollion leur source commune). — Nous ne pouvons juger Tite-Live qu'à travers ses nombreux exploiteurs : VEpitome (éd. Jahn), Orose (éd. Zangemeister), Lucain (éd. Hosius; cf. p. 572, n. il); Florus (éd. Rossbach; cL p. 533, n. 3), les scholies de Lucain (éd. Usener; p. 572, n. 11), Polyen (éd. Wœlfflin et Melber; cf. p. 203 et 470), Eutrope et Dion Cassius; tous, sauf Lucain, assez entachés d'erreurs ou de négligences. Évidemment, Tite-Live a, plutôt que changé, ajouté à César, et dans un sens • pompéien » (cf. p. 229, n. 8, p 578, n. 5). — Il semble y avoir chez Dion Cassius
4o2 AUIOVISTE ET CÉSAR. *
La fortune subite des Daces était due aux efforts d'un seul homme, leur roi Burbista' (depuis 82?-). A cette petite peuplade, perdue parmi les nations thraces, il donna l'empire du Danube. Pas une seule fois il ne fut vaincu. Ses conquêtes étaient régulières et durables, comme la récompense périodique qu'il méritait des dieux. Car les dieux l'aimaient et le protégeaient. Il avait près de lui un grand-prêtre, Dccinéos, qui ne le quittait jamais, prédisant ses victoires, multipliant les prodiges sous ses pas^ Autour de ces deux hommes, pendant trente ans, les Daces délirèrent d'enthousiasme et de confiance. Une parfaite concorde régnait dans la nation. Leur roi fit d'eux ce qu'il voulut. Gomme tous les Barbares, ils avaient goût à s'enivrer : il leur commanda de ne plus boire de vin et de détruire leurs vignobles; et ils obéirent. Ce qui prouve aussi qu'il savait les conduire vers le bien. Son empire, pareil à l'Islam \ fut l'œuvre d'une foi ardente et disciplinée '\
Tout autre paraissait son contemporain, le roi suève Ario-
(éd. Boissevain, excellente) des additions à César (surtout p. 229, n. 8, notes des p. 238-9, 297-0, 532-3), mais souvent encore ce (juc l'on croit des additions ne sont que des erreurs faites par l'auteur en lisant les Commentaires, des étourdories résultant de sa légèreté (entre mille, Arioviste est dit un AUobroge, XXXVIIl, 43, 3; autres, p. 195, n. 1, p. 198, n. 10, p. 302, n. 3, p. 493, n. 5), ou des rédcxions dues à ses préoccupations psychologiques : il a voulu expliquer les faits et gestes (jue César se bornait à raconter (p. 531, n.3). Voyez sur lui : lleller, Philologus, XXII, 1865, p. 108 et s.; Jelgersma, De (ide cl auctorilate Dionis, Leyde, 1879; Micalella, La fonte di Dione Cassio (campagnes de 58), Lecce, 1890; surtout Columba, Cassio Dione c le guerre Gallicha, Naples, 1902 (Accademia) ; la plupart des livres cités p. 193, n. 1. — Il a dû y avoir des récits de contemporains, entre autres à propos des campagnes des légats, surtout de Labiénus (p. 207, n. 4) et de Brulus (p. 293, 588-590); voyez le poème auiiucl pensait Cieéroa sur la Bretagne (p. 349). — Sur Asinius PoUion, voir plus liaut, Kornemann. — Sur l'hypothèse d'écrits de C. Oppius, Thouret, Leipziger Sludien, I, 1878 (De Cic., etc., C. Oppio). — Cf., à propos de chaque campagne, p. 193, n. 1, p. 221, n. 1, p. 242, n. 1, p. 319, n. 1, p. 305, n. 1, p. 418, n. 1.
1. Jordanès, XI, 07 (Buruista, IJoroista); Strabon, VU, 3, 5 et 11; XVI, 2, 39 (B-jpeotdTa;, Ujp^lidTa;, BoipsêisTa;) ; Trogue-Pompéc, Proiojucs, 32, 10 (niss. iî(/6obusles).
3. Jordanès, Getica, XI, 07 (Dicincus); Strabon, VII, 3, 5 et il; XVI, 2, 39 (Aexxt'vîo;, Ae/îveo;).
4. Le rapprochement est de Mommsen (K. G., III, [>. 304), ([ui a bien marqué la grandeur v.l l'étrangeté de l'Kmpire dacc.