Suét
1G8 AllIOVISTE ET CÉSAR.
hommes des différents partis, pour mettre à profit n'importe quelle révolution*, des dettes énormes^, d'étranges débauches % un bon talent d'avocat et d'écrivain* : en tout cela César ressemblait à la plupart des ambitieux qui pullulaient dans Rome.
En réalité, il n'y avait aucun citoyen romain, pas même Pompée, il n'y avait personne au monde en ce temps-là, ni roi d'Orient, ni despote barbare, qui portât dans son âme une ambition plus profonde que celle de César. Agir sur la terre et dominer sur les hommes, occuper de son nom la pensée des peuples et imposer son œuvre à la postérité, être plus fort que tous les vivants et plus illustre que tous les morts, l'ambition était chez lui sans repos et sans mesure, et elle le dominait aussi forte et tenace que le plus impérieux des instincts \ Et je ne sais si nul héros dans l'histoire, et même Alexandre ou Napoléon, a été à ce point l'esclave d'un tel sentiment, la victime continue d'une force inexorable : César, à de certains moments, souffrait de son ambition comme d'un mal qui fait pleurer ^ Quand, en Espagne, parvenu à l'extrémité de l'Occident, il vit que tout était soumis à Rome, qu'il ne lui restait rien de grand à conquérir, et qu'il avait atteint l'âge vécu par Alexandre, des larmes de douleur lui vinrent aux yeux'.
Car, à l'âge de quarante-trois ans, il peut se demander s'il lui restera assez de vie pour devenir un Alexandre ou simplement un Pompée. Que l'occasion s'offre à lui de les égaler en gloire, de vaincre, déposséder, de découvrir l'inconnu, il se jettera à corps perdu dans les aventures, et, pour réparer le temps gâté dans sa vie, il voudra aller très vite, toujours plus loin, il
i. Suét., César, 3, 9, 11, 12.