‹ Histoire de la Gaule (volume 4)Chapitre 262 sur 776 · LA DÉFAITE DES HELVÈTES · texte numérisé non relu

LA DÉFAITE DES HELVÈTES

(près de Montmort? '). — La rencontre était inévitable, et pour la journée môme.

Dès que César sentit les Helvètes sur ses talons ^ il fit rebrousser cbemin à ses cavaliers, et les envoya sur la route tenir tête à l'avant-garde ennemie'. Cela lui donna quelques

1. Pour trouver le Heu du combat, il faut chercher : 1° d'abord le point où les Helvètes ont passé et où César les a quittés afin de gagner Bibracte; ce point doit être à 18 milles (20 ou 27 kil.) du Beuvray (I, 23, 1), au carrefour de la route de la Saône (I, IG, 3), d'une route vers l'ouest de la Gaule (I, 23, 3), d'une route vers le Beuvray (I, 23, 1), d'une route vers les Lingons (I, 26, 5, p. 218); et ce point ne peut être par suite que Toulon; 2° ensuite, pour le lieu môme de la bataille, un point très près de Toulon, à une heure de marche tout au plus (puisque les Helvètes rejoignent les Romains avant midi, 26, 2), et sur la route directe de Toulon au Beuvray (23, 1 et 3), c'est-à-dire au nord de Toulon; 3° enfin, pour localiser les détails topographiques concernant la bataille, il faut chercher, dans la direction du Beuvray, au nord de Toulon, deux collines se longeant, à droite ou à gauche de la route par laquelle reviennent les Helvètes (25, 2, 5 et 6); l'une de ces collines, où s'établirent les Romains, dominant la route et présentant à son sommet la place d'un camp, sur son flanc, face à cette route, un bon terrain de combat (24, 2 et 3); l'autre colline, où se réfugient les Barbares, à 1500 mètres de là (25, 5 ; 26, 1) et sans doute de l'autre côté de la roule (25, 6) et de la vallée. — Étant donné que la route du Beuvray remontait la rive droite de TArroux, sans^ doute en se tenant sur la hauteur, il est bien difficile de placer la bataille ailleurs qu'aux environs de Montmort, à 5 kilomètres de Toulon- sur cette route. Toute la difficulté est de savoir par où les Helvètes étaient partis, sont revenus et ont attaqué : était-ce au nord-ouest, par Luzy et le val d'Auzon? ce qui les menait à Decize (système de Garenne) ; était-ce à l'ouest, par la montagne? ce qui les menait à Bourbon-Lancy et Moulins; était-ce au sud, par l'Arroux? ce qui les menait à Digoin [voyez aujourd'hui le carrefour de ces trois routes au faubourg d'Arroux] : j'ai préféré la première (comme tous les partisans de Montmort), parce que la direction de Decize est le prolongement de la direction suivie par les Helvètes depuis Màcon, et que Decize est l'endroit où l'on passait la Loire pour se rendre chez les Bituriges et vers l'ouest (VU, 32, 2). — Le système de Montmort, déjà soupçonné par Monnier (p. 32), a été développé par Garenne, qu'a reproduit Stoffel {César, Guerre civile. H, p. 441; Arioviste, p. 36), accepté par Rice Holmes (p. 33, 614 et suiv.), et, avec une variante (p. 215, n. 4), par Bircher {ap. Frœhlich, p. 34; Bibracte, p. 22 et suiv.). — Les autres hypothèses ne me paraissent pas correspondre aux données générales du problème : L Au sud-ouest de Bibracte : l'hypothèse de Napoléon HI, près de Luzy (p. 75), a le tort d'être trop près de Bibracte, et il ne semble pas que nous soyons sur un chemin naturel vers le Beuvray; d'après lui, avec variantes, van Kampen, Die Helvetierschlacht, p. 11 et suiv. IL Au nordouest de Bibracte : vers Château-Chinon, von Gœler, 1" éd., p. 23, Kœchly et Riistow, p. 115. III. Au nord-est de Bibracte (hypothèses provoquées en grande partie, et au moins dès 1600, par la fameuse colonne de Cussy [Espérandieu, III, p. 144], du reste fort postérieure) : à Ivry, de Saulcy, p. 345, et, d'après lui, Ferrero, p. 17, etc. ; vers Arnay-le-Duc, Rosny, Hist. ... d'Autan, 1802, p. 99, de Vaudoncourt, p. 328 et suiv. IV. A l'est : près de Dennevy, Monnier, p. 33 et suiv., Aubertin, 2" art., p. 127 et suiv. V. Au sud-est de Bibracte : au Creusot, Creuly, p. 47.

2. 11 ne s'y attendait pas, dit Plutarque, 18 : Ka6' ôSbv àirpoaSoxrixwç ÉTiiôciiîvwv.

3. I, 24, 1 ; Dion, XXXVIII, 33, 3. Le combat a pu avoir lieu sur la petite croupe qui sépare de la gare la colline de Montmort.

instants de répit, pendant lesquels il put ramasser ses troupes sur un terrain favorable, une vaste colline qui dominait le chemin par où revenaient les Barbares (la colline de Montmort?)'. Au sommet, il installa les deux légions de conscrits, et les mit à construire des retranchements; sur le flanc, face à l'ennemi qui approchait, il développa ses quatre vieilles légions en ordre de bataille ^ — Les Helvètes comprirent la manœuvre et y répondirent. Ils groupèrent derrière eux tous leurs chariots, comme en vue d'un campement ^ et ils laissèrent sur la route, pour les garder, une réserve de quinze mille hommes*; puis, les lignes prises, les rangs serrés, la phalange refaite, repoussant sur les côtés la cavalerie romaine ^ ils montèrent à l'assaut de la colline de César ^

C'était la première grande bataille que le proconsul livrait en Gaule, et même de sa vie. Ni lui ni ses soldats n'avaient jamais aperçu un tel nombre d'ennemis. S'il était battu, tout espoir de conquérir la Gaule serait perdu, et peut-être se verrait-il couper la retraite. Bien des Romains souhaitaient son échec et sa mort, et il ne manquait pas de traîtres autour de lui, apostés par ses ennemis \ Ses ambitions, son prestige

1. 1, 24, 1 : In proximum (de la route) collein subduxit [je crois que subduccre a le sens de faire rétrograder, sans impliquer celui de faire monter]; 2 : In colle, in summo jugo; 3 : Tolum montem; Dion, XXXVIII, 33, 3 : MsTÉcopôv -ri .... opôtov; Plut., 18 : Xwpîov xapTcpdv. C'est évidemment la colline dont la croupe est marquée par le chemin d'Armecy à Monlmort. Les retranchements ont pu être construits, soit sur la partie qui domine Armecy (StolTel et Garion : cela serait certain si les fossés et les tombeaux découverts appartenaient à l'époque), soit sur celle qu'occupe Montmort.

2. Sur trois lig-nes, aciem triplicem : I, 24, 2 et 3. StolTel les range face au nord-ouest. Bircher, plus justement, face au sud-ouest et au vallon (cf. p. 215, n. 4), c'est-à-dire suivant les chemins (jui descendent à la gare et au Buisson-Borget.

3. I, 24, 4; 20, 1, 3 et 4. Au plateau de La Bretache, près de Montmort, StolTel (p. 448); plutôt dans le vallon au delà de l'élang (cf. p. 210, n. 2). Cf., sur co campement, Klizahelh H(!e(I, The Classical Journal de Chicago, 1908, 111, p. 192-3.

4. Formée par les Boiens et les Tulingiens, I, 23, 0; cf. 7 et 20, 1. Dion, XXXVIII, 33, 4, qui dit que cette arrière-garde n'eut pas le temps d'arriver. Je la placerais en bas, devant l'étang, vers le moulin.

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