I, 43, 1; àMerxbeim
pour "venir se battre. Il était venu, et s'était acquitté de son office de soldat. Puis, on l'avaittracassé et combattu : il s'était trouvé le plus fort, et, maintenant, il usait de son droit de vainqueur. Si César ne s'en allait pas, il l'attaquerait, et il le tuerait peut-être, à la grande joie des sénateurs : précisément, il avait reçu des messages de certains d'entre eux, et on lui promettait toutes les bonnes grâces du peuple romain, quand il l'aurait débarrassé de son proconsul. Si, au contraire, le Romain lui concédait l'empire de la Gaule, il se faisait fort, lui, Arioviste, d'accompagner César où il voudrait, de se battre partout pour son compte, et de lui donner la victoire sur tous ses ennemis*.
En d'autres termes, le Suève proposa au proconsul le partage du monde : à lui et à ses Germains, le Nord et la Gaule; et à César, l'Empire romain.
C'était là une vision grandiose, et qui montre chez le Barbare une imagination puissante et une foi superbe en lui-même. Mais la confiance et les rêves de César étaient plus vastes encore que ceux du Germain : il espérait n'avoir pas à partager le monde, et ne le tenir que de lui-même. — Il écarta sans réponse les avances de ce formidable auxiliaire, et le ramena à la question présente. Le peuple romain avait jadis vaincu la Gaule en la personne de Bituit; il lui avait laissé la liberté : elle resterait libre, parce que telle était sa volonté, et que lui seul avait des droits sur elle^
Là-dessus, on vint dire à César que les cavali^^is suèves jetaient des pierres et des traits aux légionnaires. Il rompit l'entretien, rejoignit ses hommes, et, sans répondre à l'attaque, ils galopèrent vers le camp^
1. Quœcumque bella geri veUcl, sine iillo ejiis (abore et periculo coiifecturum; Cc^sar, 1, 44, 13. — J'ima^-ine que César n rapporté ces propos pour inonlror à Rome qu'il n'avait pas sacrifié h ses intérêts in dignité de l'Empire romain.
LA nKKAITI': D'AHIOVISTI-]. 235
Le lendemain, Ariovisto demanda une nouvelle entrevue ; il tenait, paraît-il, à son idée, et désirait l'expliquer plus amplement; si César ne voulait pas venir, qu'il envoyât un de ses légats'. — Le proconsul n'osa pas exposer ses lieutenants au Barbare : il se borna à lui expédier un de ses amis de Gaule ^, accompagné d'un simple ofïicier romain*. Arioviste, saisi de colère, les fit mettre aux fers et réserver pour le supplice*.
C'était la rupture. Le jour même, Arioviste leva son camp, et, le soir, s'arrêta, au pied des Vosges, à six milles des légions*. Les armes décideraient sur l'empire des Gaules.