Le marais du ruisseau de la Miette
•2. Bibrax est : I " à 8 milles, 12 kilomètres (M, 6, 1), du camp de César à Berrvau-Bac; 2° sur la route que suivent les Belges pour venir à César (II, 6, 2; cf. p. 2.jl); 3° au centre d'un pays riche, où se trouvent villages et fermes (H, 7, 3); 4" in extremis Reinorum finibus (II, 5, 4) ; 5° ce ne peut pas être un oppidum considérable, étant à la frontière. C'est ce qui me fait préférer Beaurieux, qui peut répondre à ces cinq conditions. Au reste, le mont de Beaurieux, isolé, campé droit sur la route (du camp de Mauchamp on l'apergoit fort bien barrant l'horizon), présente sur son plateau et dans sa situation toute l'apparence d'un oppidum gaulois. — Mais Vieux-Laon, près de Berrieux, n'est pas non plus impossible (cf. p. 251, n.o), quoique répondant moins bien aux dernières conditions. — Beaurieux a été proposé par von Gœler (2° éd., p. 67). — Vieux-Laon, par Thillois avant 1832 {Bull. de la Soc. ac. de Lnon, XIX, 1869-"0, p. 263-76), Napoléon III (II, p. 114), de Saulcy {Campagnes, p. 110). — Le moulin de Vauclerc sur Craonnelle, par Mercier; Pont- Arcy, par Fallue; Bièvres, par Lebeuf {Diss. sur l'état des anciens habilans du Soissonnois, 1735, p. 20), d'Anville {Notice, p. 160) et bien d'autres; Corbeny, par Lefèvre {Bull, de la Soc. de Laon, XIII, 1863, p. 187 et suiv.); Laon, par de Valois {Not., p. 291), Jacob {Mém. ... des Antiquaires de France, I, 1817, p. 328 et suiv.), Melleville {Passage, p. 14 et suiv.; etc.); Fismes, par Sanson (§ 40); Braisne, par de Vigenere (p. 527); Brienne près de Neufchàtel sur l'Aisne; Bray en Picardie; Bruyères (Uousselle-Derocquigny, Aotice sur la ville de Bibrax, Noyon, 1861) et Braye près de Laon; Barby et Braye en Réthelois [?] ; etc. — Je n'attache pas grande importance aux textes qui donnent le nom de Bibrax à Laon, et je n'y vois un argument ni en faveur de Laon ni en faveur de Vieux-Laon (dont les habitants, suppose-t-on, se seraient transportés à Laon avec leur vieux nom) : ces textes me paraissent l'œuvre d'érudits médiévaux, qui auront voulu identifier Laon et le Bibrax de César {Acta sanct., 20 juin, V, p. 21 ; 8 octobre, IV, p. 219; Guibert de Nogent, De vita sua, III, 9, p. 172, Bourgin; Dudon, De gestis Normannix ducum, 3, .Vligne, P. L., (^XLI, e. 673; anonyme ap. Martene et Durand, Amplissima colleclio, I, c. 662; Pardessus, I, p. 123, diplôme de Chilpéric 1°', 562 [la mention apud Bibrax est un bon argument contre l'authenticité]; etc.).
Je crois l'emplacement du camp de César à Berry-au-Bac, sinon évident, du moins à peu près certain : 1° c'est le passage naturel de l'Aisne et le point stratégique de la vallée; 2° la présence d'un pont gaulois (II, 5, 6) suppose une grande route, celle de Reims vers la Belgique septentrionale, et c'est en effet là qu'elle passait; 3" nous sommes dans le voisinage de la frontière des Rèmes (II, 5, 4); 4" on y constate la présence d'une colline parallèle à l'Aisne (colline de Mauchamp; 11, 8, 3; cf. 5, 5), et d'un étroit marais parallèle à cette colline et par suite à l'Aisne (marais de la .Miette; 11, 9, 1); 5° de gués en aval du pont et de
Les Belges n'arrivèrent que lorsque l'œuvre de bâtisse fut terminée. Ils assiégèrent d'abord Bibrax, qui résista'. Pendant la nuit, le proconsul y fit entrer ses cavaliers numides, ses archers Cretois, ses frondeurs baléares '. L'ennemi abandonna la partie pour marcher à César ^ et il vint s'établir sur les collines qui regardaient le camp romain, de l'autre côté des marécages. En face de la ville des légions, droite, régulière, ramassée dans l'enceinte continue de son rempart et de son fossé, s'étalait le campement des Gaulois, immense, désordonné, allongeant sur huit milles de profondeur la ligne incohérente de ses tentes et de ses feux *.
César ignorait la valeur réelle de cette espèce d'ennemi, qu'il voyait pour la première fois. Il se borna, les premiers jours, à faire sortir ses cavaliers et à risquer quelques escarmouches ^ Quand il eut reconnu à quels hommes il avait affaire, il rangea
cette coUine, (gués de Gernicourt, de La Pêcherie; II, 9, 4); 6° l'exacte conformité de la colline à la description de César (8, 2 : in fronte, du côté regardant Beaurieux); 7° les découverles de fossés et levées faites en 1802 (Hull. de la Soc. acad. de Laon, XIII, 1863, p. 141 et suiv., et plan;Poquet, travaux cités; Napoléon, 11, p. 114, pi. 9). — Berry-au-Bac a été soupçonné par Le Long, indiqué par Thillois, repris par von Gœler (T* éd., p. 59 et suiv.), Pielte, Bull, de la Soc. acad. de Laon, VU, 1858, p. 184 et suiv. (Voies romaines, etc.), conlirnié par Napoléon 111 (p. 113), préféré depuis (Rire Holmes, p. 045 et suiv.). — Autres hypothèses, d'ailleurs aux ahords de Berry : 1. Pontavert et la colline de Chaudanies(Sauson, § 150, et Disquisiliones, B, p. 158 et suiv.; d'Anville, ISolice, p. I3i; Napoléon, Précis, p. 43; Melleville, Passai/e. p. 18et suiv., avec le camp à Vieux-Laon; Fallue, Revue, p. 396 et suiv.; Lehmann; etc.); IL Pont-Arcy (.Moét de La Forte-Maison, p. 45; de Saulcy, Campagnes, p. 111 ; Mercier). Mais il n'est pas sur qu'une grande route passât par là, et je ne retrouve pas dans ces localités les descriptions de César.
1. La place était commandée par Iccius, un des ambassadeurs rémcs re(.us par César (II, 6, 4; cL p. 249, n. 3).
2. 11, 6; 7, 1-2. On a objecté contre Beaurieux que César n'y aurait pas introduit des secours, la colline de l'oppidum pouvant être investie de toutes parts (Napoléon 111, p. 114). Mais on oublie que ces secours sont onlrès de média nocte (11, 7, 1), et (|ue les Belgcss n'ont pas dû garder toute la nuit les lignes d'investissement, d'autant plus qu'ils ont voulu, non pas bloquer la ville, mais l'enlever ex itinere magno impelu (11, 6, 1).
3. Non sans avoir i)illé et brûlé tout, omnibus vicis œdijiciisque (11, 7, 3) : le bas pays, si riche, que longe l'Aisne de Pont-Ar<-y à Borry.
4. Il, 7, 3 et 4. — L'année a du s'étendre depuis la Miette juscju'aux sommets (le (^raonne et Vauclerc. Le gros des troupes campent, face à César, sur le vaste plateau de Juvincourt, ii moins de deux milles du canip nunain (II, 7, 3).