‹ Histoire de la Gaule (volume 4)Chapitre 36 sur 776 · Cf. Arniiiien, XV · texte numérisé non relu

Cf. Arniiiien, XV

3. Le i)riiic.i])al auteur d'où éinanenl les reiiseipnonients, Tite-Livo. a pu s'inspirer de Vaiérius Antias ou de L. Cornélius Siseuna, peul-étre aussi de Q. Claudius (Juadrifrarius. Mais je erois que ces évènemcnis ont été surtout racontés par les écrivains forces des ciioses romaines : Aiioiludore d'Aliiénes, dont la Cbroniiine paraît avoir été continuée jus(iu'on 119 (cf. Scluvarl/ up. Wissowa, 1, c. 2858; ici, |). 28, n. 1, p. 10, n. 3), Arténiidore d'IJplièse, dont les connaissances j^éograpliiques doivent provenir en i)artie des canipajines de 12r)-HS (l. 1, p. 405: ici, p. 15, n. 7), (!t |irinci|)alenient l'osiilonins d'Apainée, .luiiucl Tite-Live doit heau- Cou|) (.Miillciilniirj /U7(/.st/(c Allerlinn:iliiiiidi\ IL p. 12'.»).

LH DKC.LIN l)K LA CIVILISATION (iAULOlSK. 31

temps que traversait Koino, temps de querelles politiques, de guerres civiles, d'ambitions désordonnées et de révolutions continues, il était imprudent d'abandonner à autrui le souci de sa renommée. La nécessité de glorifier Marins d'abord et César ensuite réduisit chaque jour la part de leurs précurseurs '. Déjà, de leur vivant, on parla assez peu de ces événements de Gaule, et ils passionnèrent beaucoup moins les orateurs et la jeunesse de Rome que les batailles du forum et le drame de Caius Gracchus. Une autre malchance leur est arrivée, en ce que tous les livres d'histoire qui ont raconté cette première guerre des Gaules, ceux de Tite-Live, d'Appien et d'autres, ont entièrement disparu ; et nous sommes toujours tentés de juger l'importance des faits d'après la longueur ou l'éloquence des récits que le hasard nous a conservés. Et enfin, cette guerre a été vraiment trop facile, trop peu dramatique, pour inspirer ces légendes ou ces poèmes qui ornent et perpétuent le souvenir des plus grandes choses. Elle s'est déroulée sans surprises ni dangers, et sans ces nombreuses péripéties qui ont fait de la guerre de César une prodigieuse épopée.

Mais la rapidité des triomphes de Fabius et de Domitius doit être une raison de plus pour admirer leur œuvre. Qu'on se •rappelle ce que fut cette œuvre, achevée en un an, par deux batailles, avec une perte presque nulle de sang romain : — le plus puissant des empires occidentaux détruit pour toujours ; la contrée disloquée en deux tronçons, qu'un millénaire ne parviendra pas à rapprocher, et qui n'ont pu aujourd'hui encore se départir de leurs habitudes séparées; les nations celtiques livrées aux révolutions et à leurs jalousies réciproques; la ruine, en un mot, de toutes les espérances patriotiques ou orgueilleuses que pouvaient former les hommes du nom gaulois. Il n'y avait

1. Cola est visible chez Cicéron, De prov. cons., 14, 32-33. Et les amis de César ont longtemps empêché le triomphe de Pomplinus (cf. p. 122-4, 411, n. 1), parce que oinncin laudem pacis atque victorix sludebaiit ad neininem alium nisi ad Cxsarein perlinere (Scholia Bobiensia, p. 121, Ilildobrandt).

pas un siècle que les dieux avaient permis à la race de fonder une grande et belle nation, et déjà ils lui envoyaient la décadence. Vaincue, mutilée et déchirée, il ne lui restait plus qu'à décliner jusqu'à la mort.

Plus d'une fois sans doute, après la fin de Bituit, elle essaiera de réagir contre le mal qui l'accable, et des hommes énergiques ou ambitieux, comme Celtill* et Vercingétorix^, tenteront de lui rendre l'unité, la force et la confiance. On verra que tous ces efforts seront inutiles. Quand, soixante ans plus tard. César se présentera au pied des Cévennes pour lui porter un dernier coup, la misère morale de la Gaule sera plus grande encore qu'après l'année de Domitius. Les divisions intestines, les relations avec les politiques et les marchands de Rome, auront accéléré son déclin. Au temps où César la combattit, comme l'a dit un historien, « la Gaule avait dès lors atteint le degré de culture qui lui était départi, et elle s'enfonçait vers l'autre penchant de la vie » '\

Mais ce que cet historien ne rappelle pas, c'est que ce déclin de la Gaule est l'œuvre d'une main étrangère. Nul ne peut dire ■ce qui serait advenu de la nation, si les proconsuls n'avaient point franchi les Alpes, et si le sénat de Rome avait laissé vivre la royauté de Bituit et l'empire des Arvernes. Il y avait chez ces peuples d'abondantes ressources en courage et en intelligence. Aucune tare physique n'en faisait une espèce inférieure aux Italiens et aux Grecs eux-mêmes*. La contrée était aussi bien douée que les hommes; elle possédait, comme la race qui s'était formée chez elle, ses facultés et sa physionomie propres ; la terre de France, quelle que soit l'origine de ses

Page 1