T. I, p. 393 et suiv
des victoires sur la Gaule restreignit le champ de son influence et de son trafic, La défaite d'Hannibal et les guerres de Cisalpine et d'Espagne l'avaient réduite à l'horizon de la Gaule propre * ; après les campagnes du Rhône, Marseille se trouva cernée par les domaines du peuple romain-.
En apparence, il multiplia les flatteries à l'endroit de sa précieuse alliée. Après la défaite des Ligures et des Salyens, Sextius donna aux Marseillais l'entière propriété du rivage, terres et plages ^ Les Barbares reçurent l'ordre de se tenir éloignés de la mer, à une distance qui varia de quinze cents à deux mille mètres*. Sur les eaux de la Provence, il ne pouvait y avoir que des barques grecques ou romaines, et sur ses côtes, que des comptoirs ou des villas marseillaises. Mais ce présent, au fond, valait peu de chose, et comportait plus de charges que de profits. Il fallait faire la police de ce domaine, et c'était une bande longue de cent trente-cinq lieues, pleine de retraites et de repaires. Le long de ce rivage, les Romains allaient ouvrir une large route, de Vintimille à l'Argens, qui réunirait l'Italie à Aix et à la vallée du Rhône' : et en définitive, c'était pour leur compte que Marseille surveillerait la terre et la mer. Encore si cette zone côtière était riche et fertile! mais ce n'est guère que rochers nus, pinèdes incultes, calanques secouées par le Mistral, terrasses au sol maigre que la pluie ravine, et le principal bénéfice que les Marseillais pouvaient en retirer, était dans l'exploitation des carrières de l'Estérel, de Cassis et du cap Couronne". Les vraies bonnes terres de la Provence s'étalaient
3. Fc!iit-ôlre depuis le Petit RiiAne jusqu'à Monaco, mais peut-être Sextius no llt-il (|u'('ten(lre au rivage salyeii une zone do concession (]ui aurait déjà olo fornioo, en 154, autour de Nico et d'Anlibes (t. I, p. 522).
4. I)()UZ(! stades où il y avait dos i)orts, huit ailleurs; Strabou, l\', 1, "> Sans doutfî un mille et demi ou une lieue gauloise, et un mille.
G. Ces dernières sont nienliunuoes par Slrab(ui, IV, 1, G; cf. t. I, p. 82.
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dans ranière-pays, autt)ur de la Durancc et du lUiùne, et c'étaient celles que Sextius avait réservées pour le peuple romain.
Même sur la nier, Marseille n'était plus souveraine. Au delà du Petit Hhône, à l'ouest, le rivage celtique des Volcjues, leurs étangs et leurs salines appartenaient à Rome. Si Agde restait aux Grecs, Narbonne et Port-Yendres passaient aux Italiens. Au sud des Pyrénées, les îles Baléares avaient été conquises par Quintus JMétellus en 123, au moment de la fondation d'Aix, et cette conquête avait été plus profonde qu'on n'eût pu le penser. Des colons romains y furent installés en grand nombre, et les îles devinrent le centre principal de la domination maritime de Rome dans la Méditerranée occidentale ^ Les consuls de ces temps, en Espagne comme en Gaule, ont marqué la même volonté d'assurer la grandeur romaine, et ce fut, sur mer et sur terre, au détriment de l'hellénisme.
Sur terre, en efîet, la gêne croissait chaque jour pour Marseille. La guerre terminée, le consul Fabius était retourné à Rome pour triompher de Bituit-. Domitius resta en Gaule pour organiser la nouvelle province (121) ^ et il s'acquitta de sa tâche en vrai Romain, voyant très vite la chose à faire, et la faisant aussitôt, sans autre souci que l'intérêt de l'Empire. Sauf Jules César, Marseille n'eut point de pire ennemi que ce proconsul vaniteux et décidé.
Les terres des Allobroges, des Cavares, des Volques et des Salyens étaient à la merci des citoyens de Rome et de leurs alliés d'Italie : les nobles, les chevaliers et les marchands purent y acquérir des domaines, acheter, vendre et transiter des marchandises, payer en deniers et compter en sesterces,
1. Tite-Live, Ep., 60; Florus, I, 43 [III, 8]; Orose, V, 13, 1; Slrabon, 111, 5, 1; C. /. L., 1, I, 2" éd., p. 49.