XII. — LA BATAILLE D'AIX
Les Cimbres rejoignirent en Gaule les Teutons, les Ambrons et les Tigurins eux-mêmes'. Contre cette multitude, les légions de Marins eussent été peut-être insuffisantes ^ Mais à peine réunie, elle se disloqua de nouveau^.
Il est vrai que ce fut après avoir arrêté une attaque d'ensemble contre l'Italie, le plan le plus intelligent et le plus grandiose qu'ait jamais conçu une imagination de Barbare; et, pour l'avoir formé, il faut que les cliefs de ces hommes aient connu le pa}'s où ils allaient, les routes qui y conduisaient, les armées qui leur seraient opposées.
La frontière italienne, autrement dit la chaîne des Alpes, se présente sous trois lignes, bordant chacune un côté de l'horizon : le couchant vers la Gaule, le nord vers l'Allemagne, le levant vers l'Autriche. Les émigrants se partagèrent en trois armées, et chacune eut sa ligne d'attaque et d'invasion \ Les moins nombreux, les Tigurins, furent envoyés à l'est, dans leNorique, pour occuper les Alpes Juliennes ^ : c'était là en effet, près de
1. Tite-Live, Ep., 67 (Obséquens, 43) : Beversique in Gallium in [sic mss.] bellicosis se Teutonis conjunxerant. Mommsen (II, p. 183) remplace bellicosis par Vellocassis; on a songé aussi à Bellovacis (Mûllenhoff, II, p. 289). Je doute que la source de Tite-Live ait connu les Bellovaques ou les Véliocasses : il est vrai que le mot a pu être ajouté par l'auteur latin. On peut songer aussi à in Bclgica. Il est d'ailleurs fort possible que la réunion aux Teutons ait eu lieu vers Paris, Beauvais ou Rouen, et que l'installation des bagages sur la Meuse (p. 69-70) se rattache à cette concentration. Et ce nouveau détour des Cimbres nous explique pourquoi Marius, revenu précipitamment vers déc. 103 à la nouvelle de leur retour (p. 76, n. 7), ne vit plus reparaître les Barbares qu'en été (p. 85, n. 2).
2. Marius devait avoir la même armée qu'à Verceil, 32 000 hommes (Plutarque, M., 2ô\
3. Peut-être en Franche-Comté, d'où les Teutons pouvaient descendre vers la Provence, et les autres gagner la Suisse et le Brenner; cl. Plut., M., 15. — Orose . V, 16, 9) et Florus (I, 38, 6) placent la dislocation après l'attaque du camp de \Iarius (cf. p. 79-80) : l'un et l'autre ont dû mal comprendre le texte de Tite-Live, •lui, semble-t-il, tout comme Plutarque, ne parle que des Teutons autour de ce camp (Ep., 68).
4. Florus, I, 38 [III, 3], 6 : Nec segnius quam minati fucrant, triperlito agmine in Alpes, id est claustra Italiœ, ferebaniur; Orose, V, 16, 9 : Tribus agminibus.
5. Florus, ib., 18 : Tertia Tigurinorum manus, quce quasi in sabsidio Noricos inse-
l'Adriatique, qu'étaient les seuils les plus bas et les cols ïes plus faciles'. La troupe la plus aguerrie, les Cimbres, choisirent la route la plus pénible, celle du centre, qui va d'Innsbruck à Vérone par le Brenner et le défilé de l'Adige'. Pour les Teutons, ils iraient droit devant eux, le long- du Rhône et du littoral ligure'. Rendez-vous était donné dans les plaines du Pô*, vers lesquelles convergeraient bientôt les bandes qui s'écartaient maintenant. Et pour cet extraordinaire projet, si vaste et si simple, les Germains ne s'embarrassèrent ni des montagnes, ni des distances, ni des chemins, ni des saisons ^ se préparant à circuler dans le chaos de l'Europe centrale, guerriers, femmes et bestiaux, avec la même aisance que s'il s'agissait de manœuvrer sur un terrain de manège.
Rome leur opposa deux principales armées : celle du consul Catulus fut installée en Yénétie, contre les Cimbres et les Tigurins, celle de Marins attendit les Teutons en Provence. On pouvait espérer que celui-ci, qui allait prendre tout de suite contact avec l'ennemi, s'en déferait assez tôt pour rejoindre son collègue en Italie avant l'arrivée des Cimbres. Et il fallait a\ oir cette espérance : car, disait-on, si j\Jarius était battu, c'en était fait de Rome *.
Marins attendait lennemi au confluent de la Durance et du Rhône, au carrefour de toutes les routes du Midi, à la portée de Marseille et de ses convois (près de Barbentane?) ^ Son camp
deral Alpiuin tuinulos. Le mot subsidio semble indiquer que les Tigurins avaient été placés là pour couvrir une retraite, et en eflet, c'est surtout par ces cols qu'une retraite est possible. C'est probablement à cette marche par le Norique que Plulanjue fait allusion (Sià Nwpixfov, M., 15), mais en l'appliquaut aux Cimbres : car je doute fort qu'on ait pu attribuer au Norique les Alpes du Brenner.