CAUSES DU TRIOMPHE DE L EMPIRE ROMAIN
SOUS le règne des empereurs. Ce qu'il fallait aux prolétaires, c'était du travail à l'atelier et des jeux dans les villes : et jamais, de mémoire d'homme, on n'avait rien vu en Gaule de plus actif qu'une colonie romaine, de plus passionnant qu'une fête d'amphithéâtre.
Ces besoins de paix, de labeur, de plaisir, la bourgeoisie et la noblesse des Gaules y furent aussi sensibles que les pauvres des villes et des campagnes. La noblesse connaissait le chemin de Rome et de la cour, et elle redouta sans doute de se le voir fermé par une révolte'. La bourgeoisie municipale tenait à l'Empire par des liens plus solides encore. Depuis un siècle, elle avait fait d'énormes progrès : c'était elle qui profitait le plus de la transformation matérielle du pays, terres défrichées, routes ouvertes, villes bâties, fondation de fabriques, organisation de sociétés financières, d'entreprises de transport, de syndicats commerciaux-. Entre la noblesse d'épée ou de cour, et les humbles traA^ailleurs esclaves de leur pain, elle était devenue la force efficace et puissante, celle qui produit et qui décide. Or, elle aussi voulait de Rome, dont elle recevait le meilleur de ses biens. A l'assemblée de Reims, ces députés qui votent tous la soumission, sont des délégués de cités, les porte-parole de la bourgeoisie ^
Gardons-nous pourtant, à propos de pareils sentiments, de n'y relever qu'égoïsme et appétits matériels. L'humanité, tout compte fait, y avait son avantage. Au prix de quelles batailles la Gaule fût devenue libre! que de guerres civiles aurait entraînées l'indépendance*! que de ruines et de meurtres à craindre
i. Que les chefs de la révolle soient des nobles et des nobles riches, cela résulte de tous les textes; cf. \^. 201. n. 4-0; ils sont de grands propriétaires : agros vUUisqiir CivUis (V. 23). villa de Sabinus (IV. 67; cf. p. 159, n. 7), Classicus nobilUale opibusque ante alios (IV, 55), nobilissinws Belgarum (IV, 71), et cela explique en partie pourquoi celte révolte dure si peu et s'imprègne si peu d'éléments indigènes.